Rs 1,9 milliard de drogue saisis en six mois. Derrière ce chiffre se dessine l’ampleur du trafic auquel les autorités sont confrontées. En présentant ce lundi le bilan de ses opérations pour la période de janvier à juin 2026, l’Anti-Drug and Smuggling Unit (ADSU) a mis en garde contre l’évolution constante des réseaux criminels, marquée notamment par la prolifération des drogues synthétiques et l’apparition du « papie A4 simik ».
Au cours des six premiers mois de l’année, l’ADSU a recensé 1 232 affaires liées à la drogue et procédé à 1 156 arrestations, impliquant des consommateurs, des dealers et des trafiquants. Les chiffres révèlent également une féminisation et un rajeunissement du phénomène, avec 47 femmes et 16 adolescents âgés de 16 à 17 ans arrêtés durant cette période. Les saisies réalisées depuis janvier représentent déjà une valeur de Rs 1,9 milliard, contre Rs 3 milliards pour l’ensemble de l’année 2025.
Selon L’assistant surintendant de police (ASP) Roland Dabeesing, plusieurs saisies importantes ont été réalisées grâce à une collaboration renforcée entre les différentes unités de la police, ainsi qu’avec des partenaires régionaux et internationaux. Les opérations menées à l’aéroport, au port et dans le réseau postal demeurent parmi les principaux axes d’intervention.
Les responsables de l’ADSU ont également insisté sur la nécessité d’adopter une approche adaptée à l’égard des consommateurs de drogue. Ils ont rappelé qu’un amendement législatif adopté en 2022 et entré en vigueur en 2023 a introduit le Drug Users Administrative Panel, un mécanisme qui offre aux usagers la possibilité de suivre un programme de traitement et de réhabilitation. Cette mesure s’adresse uniquement aux consommateurs et non aux dealers ou aux trafiquants. Les autorités soulignent qu’il ne s’agit pas d’une obligation, mais d’un choix laissé à la personne concernée. Lorsqu’un usager accepte de suivre le programme et respecte les conditions imposées, des poursuites peuvent être évitées. En revanche, en cas de non-respect du traitement, le dossier est réactivé et renvoyé devant la justice. Selon l’ADSU, cette approche reflète une volonté de traiter la consommation de drogue sous un angle plus humain, les consommateurs étant souvent considérés comme des personnes souffrant d’une dépendance nécessitant un accompagnement, plutôt que comme de simples délinquants.
L’ADSU a notamment attiré l’attention sur le phénomène du « papie A4 simik ». Cette méthode consiste à imprégner une feuille de papier d’une solution de drogue synthétique avant de la découper en fines bandelettes appelées « strips ». Selon les explications fournies lors de la conférence de presse, une seule feuille A4 peut produire jusqu’à 840 strips. Revendues environ Rs 100 l’unité, ces bandelettes, généralement incorporées dans des cigarettes par les consommateurs, peuvent générer entre Rs 80 000 et Rs 100 000 de revenus pour les trafiquants.
Les responsables de l’ADSU ont également rappelé que la toxicomanie devait être considérée comme une problématique qui dépasse le cadre strictement criminel. Certains consommateurs sont ainsi orientés vers des programmes de traitement et de réhabilitation. En cas de non-respect des conditions imposées, les dossiers peuvent toutefois être transmis au Directeur des poursuites publiques (DPP).
L’accent continue aussi d’être mis sur la prévention. Créée en avril 2018, l’Education Cell de l’ADSU mène des campagnes de sensibilisation à travers le pays sous le slogan « Agir avant la répression ».
De son côté, la WPS Nandoo Dabee a mis l’accent sur le rôle de la prévention dans la lutte contre la drogue. À la tête de l’Education Cell de l’ADSU depuis sa création en avril 2018, elle a rappelé que la réduction de la demande demeure un élément essentiel du combat contre ce fléau. Les campagnes de sensibilisation sont menées à travers l’île dans les écoles, collèges, communautés et lieux de travail, avec un accent particulier sur les jeunes. Depuis le début de l’année, plus de 10 600 personnes ont été sensibilisées aux dangers de la drogue, à ses conséquences sur la santé ainsi qu’aux répercussions légales pouvant affecter leur avenir, notamment en matière de certificat de moralité. « Agir avant la répression » reste le principe qui guide les actions de cette cellule.
Sur le plan régional, Maurice poursuit sa coopération avec les pays membres du Colombo Security Conclave, qui regroupe Maurice, l’Inde, le Sri Lanka, le Bangladesh et les Maldives. Une récente opération menée dans ce cadre a permis la saisie de drogue d’une valeur de Rs 21,8 millions en 48 heures. Elle s’est soldée par 14 arrestations, tandis que 23 dealers et trois trafiquants ont été ciblés au cours des opérations.
Pour l’ADSU, ces résultats démontrent que le combat contre la drogue ne peut reposer uniquement sur les forces de l’ordre. Les autorités plaident pour une mobilisation de l’ensemble de la société, des familles, des établissements scolaires, des ONG et des institutions publiques afin de freiner la progression d’un fléau qui continue de se réinventer.

