Michaël Toocaram (ASCR) : « La discrimination dure depuis trop longtemps »
L’Association socio-culturelle rastafari (ASCR) est montée au créneau pour dénoncer « le mépris et l’injustice » envers les membres de la communauté au sein de la société. Leurs requêtes pour une parcelle de terre, leur permettant de cultiver et de contribuer à l’autosuffisance alimentaire, ont été ignorées, et ils sont constamment ciblés par la police, en raison de l’utilisation du cannabis dans leur culture. Ils plaident pour la reconnaissance et le respect.
« Le rastafarisme ramène l’humanité vers la culture de la terre. » Michaël Toocaram, président de l’ASCR, a déploré les « palabres infondés » sur les rastas, plaidant pour le respect. Il regrette que les demandes de l’association soient toujours ignorées alors que ce n’est pas le cas pour d’autres : « Il y a des associations socioculturelles qui bénéficient de beaucoup de choses et même de faveurs. Mais nous, nos demandes vont à la poubelle », dit-il.
La situation reste inchangée pour les rastas, a-t-il fait remarquer, en dépit des changements de gouvernement. Il a indiqué que l’ASCR a soumis une demande au ministère des Terres pour un terrain en vue de cultiver « de manière raisonnée et écologique ». L’association veut apporter sa contribution à l’autosuffisance alimentaire, précise Michaël Toocaram. « Nous sommes déjà en train de le faire de manière autonome, mais nous aurions aimé que cela se fasse de manière officielle. »
Les différentes demandes auprès des autorités concernées n’ont pas été prises en considération, a-t-il constaté. « Le ministère des Terres ne nous a jamais répondu. Nous attendions un retour positif, voire une rencontre, afin de démontrer que les rastas, qui sont des afro-ascendants, sont sérieux et qu’ils veulent participer au développement du pays. Mais personne ne réagit à notre demande », a-t-il ajouté.
Par ailleurs, l’ASCR a souhaité les aménagements sanitaires nécessaires à Le-Morne afin que la communauté puisse effectuer son pèlerinage annuel et commémorer la lutte des esclaves marrons dans des conditions appropriées. « Cela fait 22 ans que nous faisons notre pèlerinage à Trou-Chenille, le 1 er février chaque année. Pour l’édition 2026, nous avions érigé des toilettes, mais la police et ceux qui gèrent le site nous ont demandé de les démolir. Nous avons collaboré. Nous souhaitons toutefois que Le Morne Heritage Trust Fund respecte sa parole et fasse les aménagements nécessaires pour l’année prochaine », estime-t-il.
Parlant du gandia, l’ASCR affirme que cela fait partie intégrante du rituel du rastafarisme. « Mais il y a beaucoup de stéréotypes à notre sujet, à cause de nos cheveux et de notre manière de vivre. La discrimination dure depuis trop longtemps. » De même, a-t-il ajouté, le gandia est une plante sacrée au même titre que l’est l’encens pour d’autres religions. « Nou pa pran sa pou gagn nisa, ni pou pran nisa. Ena mafieux ki pe pran sa plant-la, pe servi li pou komersial », s’insurge-t-il.
L’association a soumis un plaidoyer à la National Agency for Drug Control. « Nous demandons des garanties afin que les rastafaris ne soient plus victimes de discrimination en raison de l’usage, de la consommation, de la plantation, du transport ou du partage du cannabis. Les rastafaris du monde entier utilisent le cannabis dans le cadre de rituels, de cérémonies et pour ses différentes vertus. De plus, notre Constitution garantit la liberté de religion à Maurice, mais l’illégalité du cannabis pénalise notre intégration sociale et culturelle », a fait valoir Rudy, un autre membre de l’association.
De son côté, Lovena témoigné des discriminations systématiques et l’acharnement dont sa famille et elle-même sont souvent victimes à cause de leur culture.

