Le leader de l’opposition, Joe Lesjongard, a soutenu le projet de loi sur les violences domestiques tout en appelant le gouvernement à l’améliorer sur plusieurs points essentiels. Selon lui, ce texte, initié sous le précédent gouvernement, aurait dû figurer parmi les premières priorités de l’exécutif actuel. « Nous avons perdu du temps. Nous avons perdu des vies », regrette-t-il, estimant que le pays fait face à « une crise silencieuse, mais meurtrière. »
Pour illustrer l’ampleur du phénomène, Joe Lesjongard indique que plus de 4 127 cas de violence conjugale ont été signalés depuis novembre 2024, dont plus de 3 000 impliquant des violences physiques. Il a également souligné qu’une Mauricienne sur quatre a déjà subi des violences fondées sur le genre et que ces violences coûtent environ 0,6 % du PIB en soins, pertes de productivité et souffrances humaines. Plus inquiétant encore, moins de 40 % des victimes, soit deux sur cinq, solliciteraient de l’aide.
Rendant hommage aux victimes et aux survivantes, le leader de l’opposition a déclaré : « je me tiens aux côtés de chaque femme à qui on a déjà dit de se taire, de patienter, de préserver l’honneur de la famille ou de faire des efforts. » Il a également assuré que les femmes ont le droit de vivre sans peur. Tout en saluant plusieurs avancées du projet de loi – notamment la reconnaissance du contrôle économique, du harcèlement numérique ou encore l’obligation pour la police de transmettre certains dossiers au Directeur des Poursuites Publiques, il a averti qu’« une loi sur papier n’arrête pas un geste violent ». Selon lui, « le silence nous a déjà coûté trop de vies. »
Son principal plaidoyer porte sur la reconnaissance du féminicide comme une infraction distincte. « La loi doit enfin nommer le féminicide. Quand un homme tue une femme qu’il a contrôlée, menacée ou brutalisée, il ne s’agit pas juste d’un autre homicide. C’est un meurtre fondé sur le genre », maintient-il, appelant à une modification du Code pénal afin de reconnaître et sanctionner spécifiquement ce crime.
Joe Lesjongard a également proposé plusieurs amendements, notamment pour mieux encadrer le signalement obligatoire des cas de violences, renforcer la coordination entre les institutions et les ONG, améliorer la collecte des données et publier un rapport annuel sur les violences conjugales. Il s’est appesanti sur la nécessité de consacrer des moyens financiers suffisants aux refuges, aux services de soutien et à la formation des intervenants, indiquant que « les violences conjugales ne sont pas une affaire de famille », mais bien « une urgence nationale. »

