Suraj : L’art de fabriquer l’introuvable

Dans son atelier, Suraj nous accueille avec un grand sourire et un visage lumineux. Depuis près de trente ans, il est tourneur-ajusteur. Un métier exigeant où l’on ne se contente pas de fabriquer : on imagine, on invente, on redonne vie à ce qui semble irréparable. Les machines tournent avec une précision presque hypnotique. Les copeaux de métal s’accumulent au sol et sur les établis pendant que, dans son esprit, Suraj imagine déjà la prochaine pièce qui prendra forme.

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Marié et père de deux enfants, il consacre ses journées à réaliser toutes sortes de pièces mécaniques. Souvent, il s’agit de composants introuvables sur le marché mauricien. Alors il observe, mesure, réfléchit, puis recrée la pièce avec une précision qui ne laisse aucune place à l’à-peu-près. Chaque demande est différente. Chaque commande représente un nouveau challenge.
Son parcours dans ce métier, il le doit beaucoup à son frère, soudeur. Il a été « obligé d’aller dans l’atelier » dans lequel son frère travaillait, raconte-t-il avec nostalgie. Ce qui avait commencé presque par nécessité est transformé par la suite en une véritable passion pour le métier de tourneur-ajusteur. Aujourd’hui encore, il aime relever les défis techniques et trouver des solutions là où d’autres verraient une impasse.
Pour exercer son métier, il faut aussi savoir investir. Il se rend parfois en Inde pour acheter certaines machines et certains outils spécialisés, conscient que la qualité de son travail dépend aussi de celle de son équipement.
Mais derrière la satisfaction du travail bien fait se cachent aussi des réalités moins visibles. Le risque de blessure est permanent. Comme dans tout atelier, les machines imposent le respect : la moindre inattention peut avoir de lourdes conséquences. Suraj ne laisse donc rien au hasard. Prudence, concentration et rigueur accompagnent chacun de ses gestes.
Une autre difficulté le préoccupe : le manque de main-d’œuvre. Les jeunes sont peu nombreux à s’orienter vers ce type de métier, pourtant indispensable à de nombreux secteurs de l’économie.
L’histoire de cet homme accueillant commence pourtant loin des machines. Il grandit dans une famille de sept enfants qui connaît des périodes de misère. Dernier de la fratrie, il garde un souvenir reconnaissant d’avoir été protégé par ses aînés. Il quitte l’école après la Form IV, sans imaginer le chemin que la vie lui réserve.
Aujourd’hui, même lorsqu’il rentre chez lui, son esprit continue souvent de travailler. Il réfléchit à la pièce du lendemain, à la meilleure manière de résoudre le problème technique d’un client, à une solution qu’il n’a pas encore trouvée. Son métier ne s’arrête pas à la porte de l’atelier : il l’accompagne jusque dans ses pensées.
En quittant son atelier, on comprend que Suraj ne travaille pas seulement le métal. Il façonne aussi des solutions. Avec patience, précision et ingéniosité, il donne une seconde vie à des machines que l’on croyait parfois condamnées.
Merci, Suraj.

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