- À Mahébourg, le nouvel Espace Savoir-faire et Dégustation d’Eco-Sud met à l’honneur les produits du terroir, les savoir-faire locaux et l’entrepreneuriat féminin, au cœur d’un projet engagé pour la souveraineté alimentaire
L’agroécologie ne se limite pas à produire autrement. Elle transforme, transmet et crée aussi des opportunités. C’est cette vision qu’incarne désormais le nouvel Espace Savoir-faire et Dégustation inauguré jeudi dernier par Eco-Sud au sein de son centre Resilient Organic Community (ROC), à Ville Noire, Mahébourg. Pensé comme un lieu de découverte, de transmission et de valorisation des produits issus de l’agroécologie, ce nouvel espace marque une nouvelle étape dans le développement de ROC, un projet communautaire lancé en 2020 pour promouvoir une agriculture régénératrice, renforcer la sécurité alimentaire et créer des opportunités économiques locales.
La cérémonie d’inauguration s’est déroulée en présence du ministre de l’Agro-industrie, Arvin Boolell, de Mary-Anne Sharon Caroline Fitz-Gibbon, Chairperson de la National Social Inclusion Foundation, ainsi que de partenaires institutionnels, d’organisations de la société civile, de membres de la communauté et des familles des participantes. Plus d’une centaine de personnes ont participé à cette journée de découverte, de dégustation et d’échanges.
Le terroir au service de l’entrepreneuriat
Ce nouvel espace est aussi l’aboutissement du parcours réalisé par les participantes du projet PLANTE, KWI, TRANSMET, soutenu par l’Organisation internationale de la Francophonie (OIF). Accompagnées par Eco-Sud, ROC et plusieurs partenaires techniques, dont le FAREI, elles ont suivi plusieurs mois de formation en agroécologie, transformation alimentaire, nutrition, entrepreneuriat et développement personnel avant de présenter les produits qu’elles ont imaginés et développés.
Valoriser les savoir-faire locaux, les produits du terroir et l’entrepreneuriat féminin
Réunis sous la nouvelle marque Dipin Soley, ces produits sont destinés à valoriser les savoir-faire locaux, les produits du terroir et l’entrepreneuriat féminin. Parmi les créations présentées figuraient notamment du pesto de moringa, du satini de manioc, de la pâte de chouchou, de l’achard de figue, de la rave safranée au lait, de l’achard de bilimbi, de la confiture de roselle ou encore de l’achard de peau de banane.
À travers ces créations, le projet met en lumière le potentiel de valorisation de ressources locales souvent sous-utilisées et ouvre de nouvelles perspectives économiques autour de la transformation alimentaire. Sur les 40 personnes initialement inscrites au programme, 28 participantes ont poursuivi l’ensemble du parcours, qui continuera jusqu’à la fin de 2027.
Une ambition qui dépasse les champs
Au-delà de la valorisation des produits locaux, l’inauguration de cet espace s’inscrit dans une réflexion plus large autour de la sécurité et de la souveraineté alimentaires à Maurice. Dans son allocution, le ministre Arvin Boolell a rappelé l’ambition nationale annoncée dans le budget 2026-27 : atteindre un modèle où 75% de l’alimentation consommée à Maurice est produite localement et 25% provient des importations. Un objectif ambitieux mais réalisable, a-t-il souligné, grâce à l’engagement collectif des citoyens, des agriculteurs, des institutions et des organisations de la société civile.
Cette vision rejoint celle portée par ROC depuis sa création en 2020, à travers la promotion d’une agriculture respectueuse de l’environnement, la transmission des savoir-faire et l’accompagnement des communautés. Prenant la parole lors de l’événement, Sébastien Sauvage, CEO d’Eco-Sud, a insisté sur la nécessité de changer le système alimentaire mauricien et sur l’importance de l’accès à la terre. « Changer le système alimentaire est une ambition sérieuse… Cela signifie retrouver la capacité de produire une partie de notre alimentation, valoriser notre terroir, préserver nos semences, nos savoir-faire et soutenir celles et ceux qui nourrissent notre pays. […] Les terres agricoles constituent une ressource précieuse qu’il nous faut protéger de la spéculation foncière si nous voulons bâtir un système alimentaire plus résilient pour les générations futures. »
De son côté, Astrid Raghoonauth, coordinatrice du projet ROC, a rappelé que la sécurité et la souveraineté alimentaires reposent sur une mobilisation collective. « La sécurité et la souveraineté alimentaires ne pourront être atteintes que si chacun y prend part. Les communautés, les institutions, les producteurs, les consommateurs et les organisations doivent travailler ensemble pour construire un système alimentaire plus résilient, plus local et plus juste. »
Des saveurs pour transmettre un savoir-faire
L’inauguration a également été marquée par la présentation de Les Saveurs de ROC, un livre de recettes réalisé par Eco-Sud. Cet ouvrage met à l’honneur les produits locaux, les techniques de transformation apprises au cours du projet et les créations culinaires développées par les participantes. Mis gratuitement à la disposition du public, ce recueil prolonge la démarche de ROC en faisant circuler les connaissances et en valorisant les pratiques développées au sein de la communauté.
Créé en 2020 à Ville Noire, Mahébourg, Resilient Organic Community (ROC) est un centre d’agroécologie dédié à la régénération des sols, à la sécurité et à la souveraineté alimentaires, à l’entrepreneuriat communautaire et à la transmission des savoir-faire. À travers des formations, des expérimentations et des projets collectifs, ROC accompagne les communautés vers des pratiques agricoles respectueuses de l’environnement et de la biodiversité, favorisant une alimentation saine, la santé des populations et le bien-être collectif, tout en développant des opportunités économiques locales.
Le projet PLANTE, KWI, TRANSMET, soutenu par l’Organisation internationale de la Francophonie (OIF), accompagne sur trois ans des femmes du Sud-Est dans un parcours de formation en agroécologie, transformation alimentaire, nutrition, entrepreneuriat et développement personnel afin de renforcer leur autonomie économique et de valoriser les produits issus de leur savoir-faire.

