En plaçant les hommes au centre de l’analyse, l’angle devient particulièrement intéressant : ils conservent l’essentiel du pouvoir économique et politique, mais affichent des fragilités croissantes dans l’éducation, la santé et certains comportements sociaux. Plus présents sur le marché du travail, à la tête des entreprises et dans les lieux de décision, les hommes conservent une position dominante dans la société mauricienne. Le rapport Gender Statistics 2025 révèle cependant l’autre face de cette réalité : des résultats scolaires inférieurs, une espérance de vie réduite, une mortalité plus élevée et une forte surreprésentation parmi les auteurs d’infractions juvéniles.
Les hommes occupent toujours la majorité des postes de pouvoir à Maurice. Ils sont davantage présents dans la population active, dirigent plus souvent une entreprise et demeurent largement majoritaires au gouvernement comme dans la haute fonction publique. Pourtant, lorsqu’on examine les données de Statistics Mauritius sous un autre angle, cette domination institutionnelle masque plusieurs vulnérabilités.
En 2025, Maurice comptait 614 962 hommes contre 628 449 femmes. Les hommes restent majoritaires jusqu’à l’âge de 49 ans, notamment parce qu’il naît légèrement plus de garçons que de filles. Mais la situation s’inverse après 50 ans. Chez les personnes âgées de 80 ans ou plus, on ne compte plus que 56 hommes pour 100 femmes.
Un écart de sept années d’espérance de vie
La première grande fragilité masculine concerne la santé. L’espérance de vie des hommes atteint 70,7 ans, contre 78 ans pour les femmes. L’écart est ainsi de 7,3 années, alors qu’il était de 6,8 années en 2005. Malgré l’amélioration générale des conditions de vie et des soins, les hommes ne réduisent donc pas leur retard.
Cette différence se retrouve dans la mortalité. En 2025, Maurice a enregistré 7 237 décès masculins contre 5 448 décès féminins. Le taux brut de mortalité atteint 11,8 pour 1 000 chez les hommes, contre 8,7 chez les femmes.
Les maladies cardiaques et le diabète constituent les principales causes de décès pour les deux sexes. Mais les hommes sont davantage touchés par les maladies respiratoires, les maladies du foie ainsi que les blessures, accidents et autres causes extérieures. Ces données soulèvent la question de la prévention, du dépistage et du rapport des hommes à leur propre santé.
Les chiffres sur le VIH constituent un autre signal préoccupant. Sur les 491 nouveaux cas enregistrés en 2025, 328 concernaient des hommes, soit les deux tiers du total. La moitié des nouvelles infections masculines était associée à l’usage de drogues injectables, tandis que 39,6 % résultaient d’une transmission hétérosexuelle.
Les garçons distancés à l’école
La deuxième faiblesse apparaît dans l’éducation. Dès la fin du primaire, les garçons obtiennent des résultats inférieurs à ceux des filles. Au Primary School Achievement Certificate, leur taux de réussite était de 76,2 % en 2025, contre 82,9 % pour les filles.
Le même écart se maintient au Higher School Certificate : 76,2 % de réussite chez les garçons contre 81,1 % chez les filles. Les garçons sont également moins nombreux à poursuivre leurs études secondaires et supérieures.
Le taux brut de scolarisation dans l’enseignement tertiaire atteint seulement 47,6 % chez les hommes, contre 63 % chez les femmes. Sur les 52 300 étudiants recensés dans les établissements tertiaires locaux, privés ou étrangers, les hommes ne représentaient que 42,6 % des effectifs.
Ils conservent toutefois une nette majorité dans certaines disciplines scientifiques et techniques. On compte environ 1 300 hommes contre 400 femmes en ingénierie, et 2 800 hommes contre 1 500 femmes dans les technologies de l’information. Les hommes sont également légèrement plus nombreux aux niveaux doctorat, MPhil et DBA.
Cette spécialisation ne doit cependant pas masquer le problème général : une proportion croissante de garçons semble quitter plus tôt le système éducatif ou renoncer aux études supérieures. À terme, ce décrochage pourrait modifier profondément la composition de la main-d’œuvre et des élites professionnelles.
Toujours majoritaires dans l’économie
Sur le marché du travail, l’avantage reste largement masculin. Le taux d’activité des hommes atteint 69,6 %, contre 49,6 % chez les femmes. Ils représentent 56,4 % de la population active et sont 317 300 à occuper un emploi, contre 236 400 femmes.
Le chômage touche également moins fortement les hommes : 4,3 %, contre 7,6 % chez les femmes. Parmi les moins de 25 ans, il atteint néanmoins 15,9 %, ce qui montre que les jeunes hommes ne sont pas épargnés par les difficultés d’insertion.
Les hommes disposent surtout d’une plus grande autonomie économique. Environ 24,2 % des hommes en emploi sont employeurs ou travaillent à leur propre compte, contre seulement 11,1 % des femmes. Ils sont quatre fois plus nombreux, en proportion, à avoir le statut d’employeur : 6 % contre 1,5 %.
Le marché du travail reste également très divisé. Plus du tiers des hommes travaillent dans les secteurs primaire et secondaire, contre seulement 13,1 % des femmes. La construction, l’industrie, l’agriculture et certains métiers techniques demeurent donc fortement masculinisés.
Le pouvoir reste une affaire d’hommes
La domination masculine apparaît encore plus clairement dans les lieux de décision. En 2025, le gouvernement comptait 22 hommes pour seulement deux femmes. Quatre des cinq municipalités étaient dirigées par des hommes.
Dans les postes les plus élevés de l’administration publique, les hommes représentaient 62,8 % des responsables, contre 37,2 % de femmes. Ils demeurent donc majoritaires parmi les secrétaires permanents, directeurs, managers, juges et magistrats.
Cette situation révèle un paradoxe : alors que les femmes sont désormais plus nombreuses et réussissent mieux dans l’enseignement supérieur, les hommes continuent à occuper la majorité des positions donnant accès au pouvoir, aux ressources et aux décisions.
Une forte surreprésentation dans la délinquance juvénile
Les données relatives aux infractions commises par les mineurs révèlent une autre fragilité. En 2025, 471 garçons ont été signalés comme auteurs d’infractions, contre seulement 34 filles. Les garçons représentaient ainsi plus de 93 % des jeunes concernés.
Le taux de délinquance juvénile atteignait 10,2 pour 1 000 garçons, contre 1,1 pour 1 000 filles. Ce déséquilibre appelle une réflexion sur le décrochage scolaire, l’encadrement familial, les modèles de masculinité, la violence et les perspectives offertes aux adolescents.
Les hommes sont également plus nombreux parmi les victimes d’homicides : 49 victimes masculines contre 24 féminines en 2025. Pour les agressions, en revanche, les chiffres sont presque identiques, avec 5 135 victimes masculines et 5 170 victimes féminines.
Des privilèges qui ne protègent pas de toutes les vulnérabilités
Le portrait masculin dressé par Statistics Mauritius est donc contrasté. Les hommes conservent les principaux avantages économiques, professionnels et politiques. Ils sont plus actifs, moins touchés par le chômage, davantage présents dans l’entrepreneuriat et largement majoritaires dans les lieux de décision.
Mais ces privilèges ne les protègent pas d’autres difficultés. Ils vivent moins longtemps, meurent davantage, réussissent moins bien à l’école et sont fortement surreprésentés dans la délinquance juvénile.
L’égalité entre les sexes ne peut donc pas se limiter à faire progresser les femmes dans les secteurs où elles restent défavorisées. Elle doit également prendre en considération les vulnérabilités masculines, notamment la santé, l’échec scolaire et l’intégration sociale des jeunes garçons. Le véritable enjeu consiste à corriger les déséquilibres des deux côtés, sans opposer les difficultés des hommes aux discriminations encore subies par les femmes.


