Le 29 juillet au Sant ABAIM : Honneur à celles qui font vivre le sega tipik

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Elles ne sont pas toujours sous les projecteurs. Pourtant, sans elles, une partie de la mémoire mauricienne risquerait peu à peu de s’effacer. Chants, rythmes, gestes, paroles et savoir-faire… Depuis des décennies, à travers leurs voix, leurs mains, leurs souvenirs… elles perpétuent un héritage qui ne s’apprend dans aucun manuel. Elles transmettent bien plus qu’une tradition : elles entretiennent un patrimoine vivant. Le lundi 29 juillet, le Sant ABAIM leur ouvre grand ses portes pour une soirée exceptionnelle consacrée aux femmes qui, souvent, dans l’ombre, portent le sega tipik de génération en génération. Une rencontre placée sous le signe de la mémoire, du partage et de la sauvegarde d’un patrimoine vivant.   

Il existe des patrimoines que l’on restaure pierre après pierre. D’autres se préservent dans les vitrines d’un musée ou entre les pages d’un livre. Le sega tipik, lui, suit une tout autre logique. Il ne se conserve ni derrière une vitre ni dans une archive. Le sega tipik ne se résume ni à un rythme, ni à une danse, ni à un simple spectacle. Il est une mémoire collective, une manière de raconter l’histoire d’un peuple, de transmettre des savoirs, des émotions et une identité qui se construit au fil des générations. Il continue d’exister parce qu’il est chanté, joué, dansé, raconté. Parce qu’il passe d’une voix à une autre, d’une famille à une autre, d’une génération à la suivante. Sa richesse ne tient pas uniquement à sa musique ou à ses rythmes, mais aux femmes et aux hommes qui continuent, année après année, de lui donner vie.

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Transmission de génération en génération

C’est cette transmission, discrète mais essentielle, qu’ABAIM, accrédité à l’UNESCO depuis 2020, a choisi de mettre à l’honneur. Depuis plusieurs années, l’association multiplie les initiatives autour du patrimoine culturel immatériel, convaincue que la sauvegarde des traditions passe avant tout par la rencontre entre ceux qui les vivent au quotidien. Fidèle à cette démarche, elle accueille régulièrement des artistes, des chercheurs et des passionnés venus de Maurice comme d’ailleurs, tous animés par la même volonté de comprendre, documenter et partager les héritages culturels de la région.

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Échanges régionaux

Le mois dernier, un échange musical réunissait ainsi la chanteuse comorienne Nawal Mlanao autour d’un feu de camp, donnant naissance à une petite co-création nourrie des traditions des deux îles. Peu auparavant, la linguiste mauricienne Fabiola Henri, aujourd’hui professeure à l’Université de Buffalo, aux États-Unis, était venue avec huit doctorants en linguistique pour explorer la richesse de la langue et du patrimoine mauriciens. Cette fois, le regard se tourne vers celles qui assurent, souvent loin des projecteurs, la continuité du sega tipik.

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« Femmes tisseuses de savoirs »

Ainsi, suivant l’invitation à Marousia Bouvery à participer au tournage du projet « Femmes tisseuses de savoirs », porté par la Commission de l’océan Indien (COI) et mis en œuvre par Lalanbik, une soirée entièrement consacrée aux femmes praticiennes du sega tipik mettra celles qui font vivre le sega tipik à l’honneur. Organisée au Centre ABAIM, cette rencontre réunira également les membres de l’Association des Praticiens du Sega Tipik autour d’un objectif simple : mettre en lumière le rôle fondamental joué par ces femmes dans la sauvegarde et la transmission de cette pratique inscrite au patrimoine culturel immatériel.

Car si les projecteurs se tournent souvent vers les artistes qui montent sur scène, ce sont aussi les femmes qui, dans les familles, les quartiers et les communautés, transmettent les chants, les rythmes, les histoires et les gestes qui permettent au sega tipik de traverser le temps.

Pour cette soirée, plusieurs figures reconnues de cette tradition seront réunies au Centre ABAIM : Mimose Ravaton, Corinne Zamala, Rosemonde Verloppe, Ginette Nankoo ou encore Magda Joseph, fille du célèbre Fanfan, partageront ce moment aux côtés des membres de l’Association des Praticiens du Sega Tipik et des jeunes participants aux ateliers musicaux d’ABAIM. À leurs côtés, des praticiens de tous âges issus d’ABAIM viendront rappeler que cette tradition continue d’évoluer sans jamais rompre le fil qui la relie à ses origines.

La rencontre prendra également une dimension régionale avec la présence d’une délégation de la Phonothèque de l’océan Indien, conduite par l’ethnomusicologue Fanie Précourt dont le travail de collecte couvre l’ensemble de l’océan Indien ainsi que la côte est africaine. Pour les jeunes musiciens d’ABAIM, cette soirée représentera une nouvelle occasion de dialoguer avec des détenteurs de savoirs, de confronter les expériences et d’enrichir leur compréhension d’un patrimoine qui dépasse largement les frontières mauriciennes pour s’inscrire dans une histoire india-océanique commune.

Préserver notre patrimoine

Au-delà de l’événement lui-même, cette rencontre pose une question essentielle : comment préserver un patrimoine qui, par définition, ne vit qu’à travers celles et ceux qui le pratiquent ? À cette interrogation, ABAIM affirme que toute sa volonté de transmission est au cœur même de la démarche. « Li pou enn zoli transmision », résume simplement ABAIM. Une formule courte, mais qui dit beaucoup. Car transmettre, ce n’est pas seulement enseigner un chant ou apprendre à battre la ravanne. C’est aussi partager une manière d’habiter sa culture, de comprendre son histoire et de préserver ce qui fait l’identité d’un peuple.

Comme le rappelle l’association, « nou finn grandi san fer tro atansion e lemond modern ena fwa finn abim nou bann tradision. » Une réflexion qui résonne particulièrement à une époque où les mutations sociales et les nouveaux modes de vie peuvent fragiliser certaines pratiques culturelles.

Maurice est signataire de la Convention de l’UNESCO de 2003 sur la sauvegarde du patrimoine culturel immatériel. Mais cette reconnaissance internationale, aussi importante soit-elle, ne suffit pas, à elle seule, à garantir l’avenir d’une tradition. Encore faut-il que ce patrimoine continue d’être vécu, partagé et transmis au sein même des communautés qui le portent. Sans visibilité, sans relève et sans transmission, même les traditions les plus fortes peuvent progressivement s’effacer. Si des avancées ont été réalisées dans la protection du patrimoine immatériel, beaucoup reste encore à accomplir, notamment auprès des jeunes générations, afin qu’elles comprennent toute la signification des traditions et ce qu’est réellement le sega tipik, au-delà de sa seule dimension musicale. Cette réflexion rejoint les orientations défendues aujourd’hui par l’UNESCO à travers Mondiacult, initiative qui ambitionne de faire reconnaître la culture comme un véritable objectif de développement durable à l’échelle mondiale.

C’est tout le sens de cette soirée, qui ne se veut pas seulement un hommage aux gardiennes du sega tipik, mais aussi un passage de témoin vers les nouvelles générations. Marousia Bouvery le résume d’ailleurs avec conviction :  Sertin progre finn fer pou proteksion nou patrimwann imateryel, me res ankor boukou pou fer. Res ankor a nou lazeness pou konpran sinifikasion bann tradision, ki ete vremem enn sega tipik kan pa kapav sof enn lapo. Akoz samem bizin zwenn bann dimounn ki krwar dan kiltir ek servi li kouma enn dibien piblik inportan. »

À travers cette rencontre, ABAIM rappelle que le patrimoine culturel immatériel ne se conserve pas dans une vitrine. Il se chante, se danse, se raconte et se transmet. Et ce sont souvent les femmes qui, discrètement mais inlassablement, en assurent la continuité.

La mémoire

Au Centre ABAIM, le 29 juillet, il sera bien sûr question de musique. Mais il sera surtout question de mémoire. De ces voix qui refusent de se taire. De ces mains qui battent la ravanne comme d’autres tournent les pages d’un livre d’histoire. De ces gestes qui continuent de se transmettre. Et de ces femmes qui, souvent loin des projecteurs, portent sans bruit une part de l’âme mauricienne. Ces femmes qui, parfois sans le savoir elles-mêmes, font battre le cœur d’un patrimoine que Maurice ne peut se permettre de perdre.

ENCADRÉ

Le patrimoine immatériel, un héritage vivant

Le patrimoine culturel immatériel ne désigne ni des monuments ni des objets, mais des pratiques, des savoir-faire, des traditions orales, des expressions artistiques et des connaissances transmises de génération en génération. Maurice a adhéré à la Convention de l’UNESCO de 2003 consacrée à sa sauvegarde. Cette reconnaissance internationale rappelle toutefois un principe fondamental : un patrimoine ne survit que s’il continue d’être pratiqué par les communautés qui le font vivre. C’est également dans cette dynamique que s’inscrit Mondiacult, initiative portée par l’UNESCO, qui vise à faire reconnaître la culture comme un véritable objectif de développement durable à l’échelle mondiale.  

 

 

 

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