Mare-aux-Vacoas et La Nicolière en chute libre — Eau rare, Ô désespoir !

Ajouter en tant que source préférée sur Google

— Une série de mesures restrictives visant les usages non essentiels lancée cette semaine

- Publicité -

Eau rare, Ô désespoir ! Le ciel a été avare en pluies durant ces deux derniers mois : une météo qui a des conséquences néfastes pour les réservoirs et les nappes phréatiques. Certes, on est encore bien loin de la crise historique de la pénurie d’eau de novembre et décembre 2022, quand le niveau global des réserves était descendu sous la barre des 30%, mais le fait est que Mare-aux-Vacoas et La Nicolière, avec des taux respectifs de 41% et 48%, sont en chute libre. Cette baisse exponentielle a de gros impacts sur l’approvisionnement du précieux liquide et contrairement à ce que chante Nitish Joganah, « Dilo Pou Arete 9-er », l’eau ne coule plus du tout, voire au compte-gouttes, dans certains villages du nord. La mince plage horaire — déjà appliquée dans certains quartiers pour avoir accès à l’eau — va se réduire comme peau de chagrin, car la Central Water Authority (CWA) dévoilera cette semaine une série de mesures restrictives visant les usages non essentiels du précieux liquide.

C’est un dossier brûlant qui laisse poindre la perspective d’une fin d’année 2026 houleuse pour les principaux acteurs du secteur. Avec le niveau de l’eau des réservoirs enregistrant une baisse de 3% à 5% chaque semaine, il serait grand temps que Dame Nature apporte de son abondance. Sauf que les prévisions météorologiques n’augurent rien de bon pour cette semaine et celles à venir. Le communiqué commun émis par la Water Resources Commission et la CWA précise que « la station météorologique de Maurice prévoyait que la saison hivernale enregistrerait environ 70% des précipitations normales. Or, à ce jour, seulement 37% des pluies attendues ont été enregistrées, soit un déficit important qui fragilise les réserves stratégiques du pays. »

- Publicité -

Les conséquences pour la population sont extrêmement lourdes… Lourds comme les bidons d’eau portés par les longues cohortes observées cette semaine en bordure de route dans certains villages du nord de l’île, comme à Triolet où les habitants ont les nerfs à vif. Il y a exactement un mois, soit le 2 juillet, La Nicolière, principale source d’approvisionnement des districts de Pamplemousses et Rivière-du-Rempart, affichait un taux de remplissage de 74%. Il est aujourd’hui rempli à 48%. La situation vire à la catastrophe en ce qu’il s’agit de Mare-aux-Vacoas, dont l’assèchement préoccupant ne serait pas uniquement dû au manque de précipitations, à en croire certaines mauvaises langues qui parlent de « détournements ». Maintenir le volume de distribution actuel conduirait le réservoir à n’afficher plus que 22 à 23% de sa capacité d’ici à fin août, un seuil en deçà duquel le pompage deviendrait techniquement impossible, les boues et sédiments accumulés au fond rendant l’extraction de l’eau hors de portée.

Encore heureux que les autres réservoirs se maintiennent à des niveaux plus ou moins confortables. Piton-du-Milieu est rempli à 85,2%, Mare-Longue à 86,3%, Midlands à 81% et Bagatelle à 72,8%. Le réservoir La Ferme affiche, pour sa part, un taux de 45,4%, restant lui aussi sous le seuil des 50%. Au global, les sept réserves pointent à un taux de 62%, contre 90% à la même période en 2025. Aux maux extrêmes, les remèdes extrêmes. Il y a fort à parier que les horaires de distribution d’eau seront réduits avec encore plus de sévérité dans les quatre coins du pays. À l’heure actuelle, de nombreuses régions du nord, du sud et du centre sont alimentées à hauteur de huit heures par jour, soit quatre heures le matin et trois heures ou quatre dans l’après-midi, alors que l’est et Port-Louis bénéficient, eux, de 10 heures.

- Advertisement -

Le directeur général de la Central Water Authority, Shiam Thannoo, confirme que les restrictions entreront en vigueur dès la semaine prochaine. Selon lui, ces mesures sont devenues inévitables à cause de l’évolution de la situation : « Il y aura des restrictions, car nous n’avons pas le choix. À partir de la semaine prochaine, la CWA viendra avec une liste de mesures restrictives. Parmi les activités directement visées figurent les centres de lavage de véhicules ainsi que l’utilisation des nettoyeurs à haute pression, des usages considérés comme non prioritaires dans le contexte actuel. »

Concernant l’irrigation, aucune décision définitive n’a encore été arrêtée. Shiam Thannoo précise toutefois qu’un comité a déjà été constitué afin de travailler avec les planteurs des régions concernées. « Un comité a été mis sur pied pour discuter avec les planteurs et trouver les solutions», dit-il. Le patron de la CWA insiste sur le fait que ces mesures ne sont pas prises à la légère : « Ce n’est pas de gaieté de cœur, mais les données météorologiques montrent que, depuis le début de l’année, nous n’avons reçu que 37% des pluies attendues et les choses ne vont pas s’améliorer de sitôt. » Les modalités précises des restrictions et leur calendrier d’application seront communiqués au cours de la semaine prochaine. Les autorités appellent d’ores et déjà la population à adopter une consommation responsable afin de préserver les réserves disponibles avant l’arrivée de l’été, période durant laquelle la demande en eau augmente traditionnellement.

Pour pallier le casse-tête de cette chute, plusieurs initiatives peuvent être prises, dont le captage de l’eau des nappes phréatiques. Or, celles-ci sont également dans un état critique. « Les nappes phréatiques nous fournissent en eau à hauteur de 45% à 50%. Vu qu’elles sont aussi dans le rouge, nous exploitons en ce moment des cours d’eau avec des stations de traitement mobiles. Nous tentons aussi de trouver de nouvelles nappes phréatiques exploitables », confie une source à la CWA.

HT

Fuite d’eau à Rivière-Noire

L’Internal Pipe Replacement Programme pointé du doigt

Il ne se passe plus une semaine sans que les médias ne glose sur l’ampleur de l’impact des pertes d’eau non facturées (PNF) sur le réseau de distribution. La série noire s’est poursuivie cette semaine avec une importante fuite d’eau survenue à Rivière-Noire, à proximité de la station-service Shell. Alertée, une équipe technique de la CWA a été déployée sur le terrain afin de procéder aux réparations dans les meilleurs délais et de limiter les pertes d’eau. Face aux critiques qui pullulent sur les réseaux sociaux face à ces fléaux persistants, l’instance régulatrice de l’eau soutient que cet « incident met une nouvelle fois en évidence les défaillances de l’Internal Pipe Replacement Programme, un projet d’environ Rs 700 millions réalisé en 2023 et 2024 sous l’ancienne direction générale de la CWA. »

Plus de 18 mois se sont écoulés depuis que la Financial Crimes Commission (FCC) a ouvert une enquête — apportant de l’eau au moulin aux lacunes signalées le 4 janvier 2024 dans le rapport de conformité rédigé par l’ex-Chief Internal AuditorYousra Lalmohamed, sur une affaire alléguée de corruption et de mauvaise gestion de projets d’infrastructure d’un montant estimé à Rs 700 millions qui implique l’ex-General Manager de la CWA, Prakash Maunthrooa. On ne sait pas si cet item est toujours rangé dans le tiroir des dossiers fantômes de la FFC, mais toujours est-il que ce sont les consommateurs qui doivent aujourd’hui en payer les pots cassés.

C’est du moins ce qu’affirme la CWA qui, dans un communiqué, laisse comprendre que « les conduites auraient dû être installées sous terre conformément aux normes techniques, plusieurs d’entre elles ont été posées à même le sol. Cette négligence les expose directement au soleil, aux intempéries ainsi qu’aux contraintes mécaniques, accélérant leur détérioration et augmentant considérablement les risques de rupture. »

La CWA ajoute que « la fuite observée à Rivière-Noire illustre les conséquences directes de cette mauvaise exécution des travaux liés à l’Internal Pipe Replacement Programme qui a entraîné un gaspillage inacceptable d’eau potable et des coûts supplémentaires pour les finances publiques. Face à cet héritage, on a déjà entrepris un vaste programme de travaux correctifs consistant à replacer progressivement ces conduites sous terre, conformément aux normes d’ingénierie, afin de renforcer la fiabilité du réseau, réduire les pertes d’eau et protéger les investissements publics. La compagnie demeure pleinement engagée à moderniser durablement ses infrastructures et à assurer une gestion responsable des ressources en eau, particulièrement dans le contexte actuel où chaque litre d’eau compte. »

Légendes

1. Maintenir le volume de distribution actuel conduirait Mare-aux-Vacoas à n’afficher plus que 22 à 23% de sa capacité d’ici fin août

2. La Nicolière affichait un taux de remplissage de 74% il y a un mois. Il est aujourd’hui rempli à 48%

EN CONTINU
éditions numériques