Projet de rénovation du musée de Trou Chenille, au Morne : Le grand coup d’accélérateur

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Évalué à Rs 124 millions sur trois ans, le projet de rénovation du musée à ciel ouvert de Trou Chenille, au Morne, est sur les rails. Il vise à améliorer les infrastructures du site, tout en préservant sa valeur historique et culturelle. J’ « ai effectué une visite des lieux au Paysage Culturel du Morne, afin de prendre connaissance des importants travaux de réaménagement qui seront bientôt entrepris sur ce site emblématique inscrit au patrimoine mondial de l’UNESCO. Grâce à l’allocation annoncée dans le Budget 2026-2027, le site bénéficiera d’infrastructures modernes et mieux adaptées aux visiteurs, tout en préservant son authenticité et sa valeur universelle exceptionnelle », soutient le ministre des Arts et de la culture, Mahen Gondeea.

Trou Chenille est l’un des premiers villages où des esclaves et leurs descendants ont vécu avant d’être relogés dans les années 1950 vers L’Embrasure et ses environs. La riche histoire de ce « berceau de la colonie dans la région sud-ouest » mérite d’être préservée et transmise aux générations futures. Reconstitué par Le Morne Heritage Trust Fund en février 2020 pour marquer le 185e anniversaire de l’abolition de l’esclavage, il ne remplit plus, hélas, sa mission de préservation et de transmission de la mémoire, étant délaissé, en l’absence d’un entretien régulier et compte tenu du je-m’en-foutisme dont font preuve les politiques.

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Le ministre de tutelle, Mahen Gondeea semble déterminé à redonner au site ses lettres de noblesse. Cette semaine, il a effectué sa troisième visite, depuis sa prise de fonction, sur ce site censé reconstituer le premier village d’esclaves en fuite (marrons) à Maurice. « Chaque pas au pied de cette montagne rappelle le courage, la dignité et la mémoire de nos ancêtres. Malgré son importance universelle, ce site a été complètement négligé par l’ancien gouvernement, alors qu’il est reconnu mondialement comme symbole de liberté et de résistance. Nous avons le devoir moral de changer cela. C’est un crime envers l’Histoire. C’est pourquoi nous avions enclenché des mesures concrètes, dont la mise en place d’enseignes claires pour mieux orienter les visiteurs, la reconstruction du parcours avec drains pour éviter toute dégradation, une évaluation des risques de la montagne par la SMF, et la reconstruction de ce site mémoriel », confie Mahen Gondeea.

La suite du projet de réhabilitation du Trou Chenille Open Air Museum a été dévoilée en grande pompe, cette semaine. L’architecte Salim Pokun souligne que les travaux visent à améliorer l’expérience des visiteurs, tout en limitant l’impact sur l’environnement. Le projet prévoit notamment une entrée dédiée, de nouvelles toilettes, des espaces de repos, ainsi que des aménagements destinés à faciliter l’accès aux personnes à mobilité réduite. La présidente du (Le) Morne Heritage Trust Fund, Diana Bablee, a rappelé que le site accueille entre 6,000 et 7,000 visiteurs par mois. Les nouvelles infrastructures devraient permettre d’améliorer l’accueil du public, l’accessibilité et la préservation de ce lieu chargé d’histoire.

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Pour le député de la circonscription No 14, Shridhur Jugurnauth, cette réhabilitation représente également une opportunité économique pour les villages avoisinants, avec la création potentielle d’emplois et une meilleure intégration des communautés locales dans la mise en valeur du patrimoine.

Arrmaan Shamachurn, président de l’ONG SOS Patrimoine en Péril :

« On espère qu’une provision a été faite pour son entretien régulier »

Le projet de rénovation du musée à ciel ouvert de Trou Chenille semble constituer une priorité pour le ministre de tutelle. De quoi réjouir l’organisation non gouvernementale (ONG) SOS Patrimoine ?

Ce n’est pas la première visite du ministre sur ce site, et il semble qu’il accorde une attention particulière à ce dossier, ce qui est déjà très bien. Cependant, il faut comprendre que les illustrations sont des plans d’architecte et ne reflètent pas nécessairement le visuel final. Je constate que les plans montrent un espace ouvert où il serait question de suppression d’arbres. D’après les explications de l’architecte, ce ne sera pas le cas. Attendons voir. En ce qui concerne le design, chacun l’appréciera à sa façon. Pour ma part, à première vue, il présente une ressemblance avec l’entrée du Casela Nature Park. On dit que l’UNESCO a donné son approbation. Si tel est le cas, alors, pena problem.

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Ce site avait été délaissé en l’absence d’un entretien régulier. Il y a la crainte qu’on revive le même scenario…

L’État dépensera Rs 124 millions pour ce projet, ce qui est excellent. On espère qu’une provision a été faite pour son entretien régulier, sinon, comme il est de coutume pour une longue liste d’infrastructures publiques, le site tombera dans un état déplorable quelques années après la construction. Alors, il faut peut-être aussi réfléchir à la manière de le rendre rentable et financièrement autonome. Le ministre a fait référence à des guides qui touchent de gros montants pour la visite du site, sans que le Trust Fund ne touche quoi que ce soit. Tout cela demande, donc, une réflexion qui ne se limite pas à la simple introduction d’un droit d’entrée. Voyez ce qui se passe au Jardin de Pamplemousses qui dispose d’un système de billetterie, qui n’a pas empêché sa dégradation. Le fait que l’État a alloué un budget de Rs 124 millions démontre que, ces dernières années, le Trust Fund n’a peut-être pas bénéficié du soutien dont il avait besoin, surtout pour un site qui possède des spécificités qui lui sont propres et qui n’a rien de comparable avec l’Aapravasi Ghat qui ne se trouve pas sur une montagne.

Il y a aussi le rôle joué par les fonctionnaires qui n’ont pas été épargnés par les critiques…

Il n’est pas correct de porter des critiques publiques contre des fonctionnaires des corps paraétatiques, sélectionnés sur la base d’un appel d’offres, au risque de donner l’impression qu’on les pousse vers la sortie pour créer des postes vacants destinés à des nominé(e)s politiques. Par conséquent, nous invitons le ministre à procéder à une évaluation des moyens dont disposent les Heritage Institutions, à donner l’occasion aux administrations de présenter leurs différents projets ainsi que leurs rapports sur l’état de conservation (State of Conservation reports). De se pencher sur les raisons pour lesquelles le ministère n’a pas été en mesure d’accorder les ressources nécessaires dans le passé, alors que d’autres projets – comme la statue érigée à la mémoire de SAJ – passent comme une lettre à la poste les différentes étapes administratives, y compris sa désignation comme patrimoine national, tandis que d’autres attendent plus d’une décennie.

 Le mot de la fin ?

SOS Patrimoine en Péril saisit l’occasion pour suggérer que, pour le bien du secteur du patrimoine culturel, une zero-based review soit mise en place, d’autant que le Budget fait mention que « a major reorganisation & rationalisation exercise will be carried out by the Ministry which currently oversees 34 parastatal and affiliated bodies, with overlapping mandates, fragmentation and weak coordination. »

Propos recueillis par

ANDY SERVIABLE

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