Une lettre ouverte adressée au Premier ministre et au leader de l’opposition conteste l’inclusion de Maurice dans le programme américain imposant une caution pouvant atteindre 20 000 dollars aux demandeurs de visas B1/B2. Au regard du faible taux de dépassement de séjour des Mauriciens, Port-Louis dispose d’arguments solides pour réclamer un réexamen.
La lettre ouverte adressée au Premier ministre, avec copie au leader de l’opposition, relance le débat sur le traitement réservé aux Mauriciens souhaitant se rendre aux États-Unis. Elle demande au gouvernement et à l’opposition d’agir conjointement face à une mesure jugée disproportionnée et financièrement pénalisante.
Lancé le 20 août 2025 sous la forme d’un programme pilote, le Visa Bond Program a progressivement été étendu à 50 pays, dont 30 africains. Maurice a été ajoutée à la liste le 2 avril 2026, avec notamment les Seychelles, l’Éthiopie, le Lesotho, le Mozambique et la Tunisie.
Un nouveau changement est intervenu le 3 août. Le programme est devenu permanent et les cautions, auparavant fixées à 5 000, 10 000 ou 15 000 dollars, sont désormais de 10 000, 15 000 ou 20 000 dollars. Le montant de référence devrait être de 15 000 dollars, mais l’agent consulaire peut l’adapter à la situation du demandeur.
À Maurice, la caution maximale représente environ Rs 940 000. Elle est remboursable si le voyageur respecte les conditions de son séjour et quitte les États-Unis dans le délai autorisé. Il ne s’agit donc pas d’une taxe, mais l’argent doit être immobilisé avant le départ. Pour de nombreux ménages, cette exigence constitue une barrière quasiment infranchissable, notamment pour des parents souhaitant rendre visite à un enfant étudiant aux États-Unis ou assister à sa remise de diplôme.
Le paiement ne doit être effectué qu’après instruction de l’agent consulaire, exclusivement sur la plateforme officielle Pay.gov. Il ne garantit pas, à lui seul, la délivrance du visa.
Des chiffres qui interrogent
La contestation mauricienne repose principalement sur les statistiques du Department of Homeland Security. Pour l’année fiscale 2024, 3 509 départs de ressortissants mauriciens détenteurs de visas B1/B2 étaient attendus. Trente dépassements avaient été recensés : quatre voyageurs étaient repartis après la date autorisée et 26 étaient encore considérés comme présents aux États-Unis.
Le taux global mauricien était donc de 0,85 %, et non de 0,9 % comme indiqué dans la lettre, tandis que le taux de personnes présumées être encore sur le territoire américain atteignait 0,74 %. La conformité des voyageurs mauriciens dépassait ainsi 99 %.
Ces résultats cadrent difficilement avec l’objectif initial du programme, présenté comme un moyen de lutter contre les taux élevés de dépassement de séjour. Ils sont également très inférieurs à ceux de plusieurs autres pays inscrits sur la liste.
La nouvelle réglementation américaine ne se limite toutefois pas à ce seul critère. Washington peut aussi invoquer un taux élevé de refus de visas, des lacunes dans l’échange d’informations, la vérification des identités, l’accès aux antécédents judiciaires, la sécurité des documents de voyage ou les conditions d’octroi de la citoyenneté.
Le gouvernement mauricien doit donc demander quel critère précis a conduit à l’inclusion du pays. Si le taux de dépassement n’est pas en cause, quelle défaillance est reprochée à Maurice ? Sans explication publique, la décision paraît difficilement justifiable.
Le contexte géopolitique en toile de fond
La lettre s’interroge également sur un éventuel lien avec le dossier Chagos ou avec les relations de Maurice avec l’Inde et la Chine. Le contexte nourrit les soupçons : Donald Trump a retiré son soutien au traité mauricio-britannique sur les Chagos, entraînant la suspension du processus de ratification à Londres. Les États-Unis considèrent Diego Garcia comme une infrastructure stratégique majeure dans l’océan Indien.
Aucune preuve ne permet cependant d’affirmer que la caution constitue une sanction liée aux Chagos ou aux orientations diplomatiques de Maurice. Cette possibilité doit rester une hypothèse. Le rapprochement avec l’Inde ne peut d’ailleurs être assimilé à un alignement contre Washington, New Delhi étant elle-même un partenaire stratégique des États-Unis.
Une démarche diplomatique structurée
Port-Louis devrait transmettre une note officielle au département d’État afin d’obtenir les motifs et les données ayant justifié la décision. Il doit ensuite demander le réexamen du classement, voire une exemption nationale. Le règlement permet en effet aux autorités américaines de modifier la liste et d’accorder une dérogation lorsqu’elle sert l’intérêt national.
Maurice peut aussi proposer de renforcer l’échange d’informations sur les passeports, les identités et les antécédents judiciaires si des insuffisances sont relevées. Les chiffres concernant les demandes de visas, les refus et les dépassements devraient parallèlement être rendus publics.
Le leader de l’opposition peut soutenir cette démarche en réclamant une déclaration ministérielle et un débat parlementaire. Le pays doit savoir quelles interventions ont été effectuées depuis l’annonce d’avril et quelles réponses l’ambassade américaine a fournies.
Washington reconnaît que, durant la phase pilote, près de la moitié des demandeurs concernés ont renoncé à payer la caution et que les délivrances de visas ont chuté de 83 % dans les pays visés. Le dispositif réduit donc les dépassements, mais aussi les voyages légitimes.
Avec un taux de conformité supérieur à 99 %, Maurice dispose d’un dossier crédible. Il revient désormais au gouvernement de le défendre avec fermeté, transparence et sans surenchère diplomatique.
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OPEN LETTER TO THE PRIME MINISTER & THE LEADER OF THE OPPOSITION
An Authoritative Inquiry : The US Visa Bond, Statistical Disproportions, and the Shift in Our Diplomatic Horizon
To : The Prime Minister of the Republic of Mauritius
Cc : The Leader of the Opposition
Dear Prime Minister,
Dear Leader of the Opposition,
I am writing to you both to raise an issue of profound national concern regarding the international standing of Mauritius and the changing dynamics of our relationship with the United States. This matter transcends partisan lines and directly impacts upon the dignity, mobility, and financial realities of the Mauritian people.
The U.S. Department of State recently made its visa bond program permanent, allowing for security deposits of up to $20,000 for B1/B2 visa applicants from selected nations. This stringent financial mandate is ostensibly aimed at penalizing countries with high rates of immigration non-compliance. However, a closer look at empirical data reveals a striking discrepancy when it comes to Mauritius, making our inclusion on this list look grossly disproportionate and structurally unfair.
According to official U.S. Department of Homeland Security (DHS) Entry/Exit Overstay Reports, Mauritius maintains a negligible B1/B2 overstay rate of just 0.9%. In terms of volume, the absolute number of Mauritians traveling to the US annually is exceptionally modest. Furthermore, our traveling demographic does not fit the profile of high-risk economic migrants; indeed, the Mauritian passport ranks among the strongest in Africa, holding 26th place globally with visa-free access to Europe’s Schengen Zone and dozens of other nations. This clean international mobility track record stands as a testament to our citizens’ compliance, yet our travellers face an entirely different standard here :
- The Business Fraction : Industrialists and business travellers represent a mere decimal fraction of our travellers.
- The Tourist Fraction : Mauritians traveling strictly for leisure or holiday tourism constitute an equally minute percentage.
- The True Majority Affected : The vast majority of Mauritians utilizing B1/B2 visas are parents traveling occasionally to visit their children who are studying at American universities. Mauritians do not possess the disposable income to travel back and forth to the United States every six months. For an average family, securing up to 900,000 MUR as a cash guarantee simply to attend a child’s graduation or visit a relative is an insurmountable financial wall. Because our baseline compliance rate is nearly perfect (over 99%), treating Mauritian parents as « default over stayers » represents a deep statistical injustice.
This brings us to a critical inflection point. If the official justification of « preventing overstays » does not align with the actual data, we are compelled to look at reasons beyond immigration. There are questions within the public sphere as to whether these policies correlate with broader geopolitical shifts. Specifically, academic and diplomatic observers query whether this is a quiet diplomatic reaction to:
- The complex ongoing bilateral and international discussions surrounding the sovereignty of the Chagos Archipelago.
- The perception in Washington that Mauritius has realigned its strategic and economic proximity too closely with regional powers like India and China. While we recognize the complexities of high-level diplomacy, the public wonders how actively Mauritius is engaging with Washington to clarify these assumptions during bilateral engagements. We must query what steps are being taken behind closed doors to counter these narratives with the hard data provided by the U.S. government’s own agencies. Mauritius has long enjoyed a reputation as an economically stable, rule-abiding democracy. Our citizens should not have to bear the financial and psychological weight of geopolitical friction under the guise of visa enforcement.
We look to the entire Floor of the National Assembly, both Treasury and Opposition benches to bring this matter to light.
We urge the Prime Minister’s office to provide the nation with authoritative clarity on whether it intends to use high-level diplomacy to remedy this policy. We call upon the Leader of the Opposition to provide constructive support to scrutinize this matter in parliament. Our leaders must work to restore the prestige of the Mauritian passport and ensure our foreign policy accurately reflects the impeccable record of our people.
Respectfully yours,
Ram Anand Bheeroo (PhD)


