Économie bleue — Pêche et aquaculture : D’ici à 2029, Boolell entend tripler la production locale de poisson

Ajouter en tant que source préférée sur Google

Faire passer la production locale de poisson de 5 000 à 15 000 tonnes par an au cours des trois prochaines années, tel est objectif affiché par le ministre de l’Agro-industrie et de la Pêche, Arvin Boolell. Cette ambition s’inscrit dans une stratégie plus large visant à accroître la sécurité alimentaire, réduire la dépendance aux importations et donner un nouvel élan à la pêche et à l’aquaculture.

- Publicité -

Arvin Boolell fait de l’augmentation de la production locale de poisson l’une des principales priorités de son ministère. Le cap est clairement fixé : tripler la production annuelle, actuellement estimée à quelque 5 000 tonnes, pour atteindre 15 000 tonnes dans un délai de trois ans.

Cette stratégie repose sur plusieurs leviers : modernisation de la pêche artisanale, développement de la pêche semi-industrielle, relance des pêcheries industrielles des bancs, exploitation du potentiel thonier, amélioration du débarquement des prises accessoires et accélération du développement de l’aquaculture. L’objectif est à la fois d’augmenter l’offre disponible sur le marché intérieur et d’améliorer les conditions de vie des pêcheurs.

- Publicité -

La pêche côtière, qui compte environ 2 500 pêcheurs inscrits, demeure confrontée au problème de la surexploitation du lagon. Le gouvernement entend donc poursuivre le déplacement progressif de l’activité vers des zones de pêche plus productives, notamment autour des dispositifs d’agrégation de poissons (FAD).

Le programme Canotte, mis en œuvre avec la Development Bank of Mauritius depuis 2015, constitue l’un des instruments de cette politique.  Le ministre de l’Agro-industrie explique que ce projet permet aux pêcheurs enregistrés d’acquérir des embarcations en fibre de verre de 7 à 12 mètres, mieux équipées pour la navigation, la communication, la sécurité et la pêche hors lagon. L’État prend en charge 50 % du coût du bateau et du moteur, jusqu’à un maximum de Rs 300 000.

- Advertisement -

Depuis le lancement du programme, environ 250 pêcheurs ont bénéficié de subventions totalisant quelque Rs 53 millions. Pour l’exercice 2026-27, une enveloppe de Rs 24 millions permettra de financer environ 80 nouvelles Canottes. D’après les estimations du ministère, ces embarcations supplémentaires devraient contribuer à une hausse d’environ 10 % de la production de la pêche artisanale, actuellement autour de 800 tonnes.

Le deuxième axe concerne la pêche semi-industrielle. Quarante-cinq bateaux produisent actuellement environ 1 400 tonnes de poissons. Le gouvernement veut porter cette flotte à 65 navires d’ici à 2027. Douze bateaux sont déjà en construction tandis que huit autres doivent être acquis au cours de l’exercice 2027-28. Une enveloppe de Rs 48 millions est prévue en 2026-27 pour soutenir l’acquisition de huit nouveaux navires.

Avec une prise moyenne estimée à 42 tonnes par bateau et par an, les nouveaux navires pourraient ajouter quelque 840 tonnes à la production existante. Le ministère reconnaît toutefois que cette activité nécessite des investissements importants, évalués à environ Rs 12 millions par bateau, ce qui justifie la poursuite du soutien financier de l’État.

Le gouvernement envisage également de relancer la pêche industrielle des bancs, une activité qui avait cessé en 2015. « À l’époque, environ six bateaux opéraient dans cette pêcherie et débarquaient quelque 5 000 tonnes de poissons. La relance passerait notamment par l’attraction d’investissements directs étrangers et l’immatriculation de navires à Maurice. Cinq bateaux pourraient produire environ 1 000 tonnes de poissons démersaux par an », estime Arvin Boolell.

Le ministre constate que le thon constitue une autre réserve de croissance. Alors que l’océan Indien dispose d’un potentiel important en thon albacore, Maurice n’a jusqu’ici que modestement développé cette activité. Des navires étrangers débarquent déjà environ 10 000 tonnes de thon dans le port. Le ministère propose la constitution d’une flotte de cinq palangriers semi-industriels qui pourraient produire environ 1 500 tonnes supplémentaires par an. Des incitations fiscales et réglementaires sont envisagées pour attirer les investisseurs.

Autre piste identifiée : les prises accessoires des navires opérant dans la zone économique exclusive de Maurice. Le ministère estime qu’environ 5 % des prises totales pourraient être débarquées à Maurice, soit près de 2 500 tonnes par an. La révision du règlement sur les prises accessoires, avec des prix alignés sur les marchés internationaux, doit rendre le débarquement à Maurice plus attractif pour les opérateurs.

L’aquaculture comme 2e moteur

Arvin Boolell veut parallèlement accélérer le développement de l’aquaculture. Le secteur est présenté comme un moyen de diversifier la production en mer, de réduire la pression exercée sur les ressources sauvages, de créer des emplois et de favoriser la substitution aux importations.

Deux nouvelles écloseries de grande capacité sont en construction au centre de recherche halieutique d’Albion, avec une enveloppe de Rs 41 millions. Elles doivent permettre d’accroître la production de juvéniles et de soutenir notamment les programmes de repeuplement et de développement aquacole.

Le ministère compte également exploiter davantage les barachois. Sur les 21 recensés à Maurice, neuf sont confiés au ministère pour des activités piscicoles. Trois ont déjà été attribués à des promoteurs privés pour l’élevage d’espèces telles que le concombre de mer, les crabes et les huîtres. Les six autres sont disponibles pour de nouvelles activités aquacoles.

La production actuelle de l’aquaculture marine est estimée à environ 2 000 tonnes, dont 90 % sont exportées. Le ministère souhaite notamment encourager les opérateurs à réserver une partie de leur production au marché local. Un nouveau projet porté par Abagold prévoit, à lui seul, la production d’environ 1 000 tonnes de « red drum », avec un investissement annoncé de Rs 300 millions.

La stratégie ne s’arrête pas à la production. Le gouvernement travaille également sur le concept d’un nouveau port de pêche et d’un centre intégré de transformation des produits de la mer. Le projet pourrait comprendre un port moderne, un marché aux poissons, des chambres froides, une usine de glace, des unités de transformation, des installations de récupération des déchets, des services logistiques et un terminal d’exportation.

L’ambition du ministre de l’Agro-Industrie consiste à faire de la pêche et de l’aquaculture des composantes à part entière de la stratégie de sécurité alimentaire de Maurice. En multipliant les sources de production — pêche artisanale, semi-industrielle, bancs démersaux, thon, prises accessoires et aquaculture — le gouvernement veut réduire la vulnérabilité du pays face aux importations tout en créant de nouvelles opportunités économiques.

Il souligne que le passage de 5 000 à 15 000 tonnes en trois ans dépendra de la capacité à mobiliser les investissements privés, à moderniser la flotte, à assurer la disponibilité des infrastructures et à développer durablement les ressources marines, a observé Arvin Boolell. Le pari est désormais de transformer le potentiel maritime de Maurice en une production accrue, créatrice de valeur et davantage orientée vers la sécurité alimentaire nationale.

 

EN CONTINU