Julie Philogène, Double Life : « Grandir tout en restant fidèle à son identité »

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Double Life s’impose comme le fer de lance de la mode circulaire à Maurice. L’ouverture de la boutique à Pointe-aux-Canonniers est un tournant pour la marque et confirme l’ancrage de la seconde main dans les habitudes d’achat. Ce qui anime Julie Philogène aujourd’hui, c’est de réfléchir à la manière dont Double Life peut continuer à grandir tout en restant fidèle à son identité.

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Comment est née l’idée de Double Life et quel a été votre rôle dans la mise en place de ce projet novateur ?

Double Life est né il y a maintenant cinq ans, à mon retour de mes études d’Australie. Pendant ces années à l’étranger, ma façon de consommer la mode avait énormément évolué. J’achetais de plus en plus en seconde main, non seulement pour l’aspect économique ou environnemental, mais surtout parce que j’aimais l’idée de trouver des pièces différentes, de qualité, parfois uniques, et de leur donner une nouvelle histoire.
À mon retour à Maurice, je me suis associée à mes deux partenaires avec l’envie de tester ce concept localement. Nous avons commencé très simplement, avec des pop-up stores d’un mois. L’objectif était de tester le marché et de voir comment les Mauriciens allaient réagir à une nouvelle manière de consommer la mode. L’engouement a été bien plus important que ce que nous avions imaginé et nous avons rapidement compris qu’il existait une véritable demande. C’est ce qui nous a poussés à transformer l’expérience en un projet permanent et à ouvrir notre première boutique à Saint-Pierre. Depuis le début, mon rôle a été extrêmement polyvalent, avec une forte implication dans toute la partie opérationnelle : développement du concept, sélection et prix des pièces, expérience client, management des équipes, événements et, plus globalement, l’évolution de l’image de Double Life. Au fil des années, ma mission a naturellement évolué vers le développement et la vision de la marque. Ce qui m’anime aujourd’hui, c’est de réfléchir à la manière dont Double Life peut continuer à grandir tout en restant fidèle à son identité.

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Le marché de la seconde main est en plein essor. Les Mauriciens adhèrent-ils à cette tendance ?

Je pense que Maurice avait effectivement quelques années de retard par rapport à certains marchés étrangers, où acheter de la seconde main est depuis longtemps complètement intégré aux habitudes de consommation. Au lancement de Double Life, il existait encore beaucoup d’a priori. Certaines personnes associaient la seconde main à des vêtements démodés, de mauvaise qualité ou à une consommation uniquement motivée par le prix. Nous avons vu cette perception évoluer considérablement en cinq ans. Aujourd’hui, nos clientes comprennent qu’elles peuvent trouver en seconde main des pièces très actuelles, parfois quasiment neuves, de belles marques. On y trouve de la qualité, à des prix beaucoup plus accessibles. Il y a aussi cette notion de plaisir. Car, on ne sait jamais exactement ce que l’on va trouver. Chaque arrivée est différente et chaque pièce est disponible en quantité très limitée.

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Quels sont les avantages qui en découlent ?

L’avantage est également économique pour les deux côtés : une personne peut récupérer une partie de la valeur des vêtements qu’elle ne porte plus, tandis qu’une autre peut accéder à une pièce qu’elle n’aurait peut-être pas achetée neuve. Évidemment, il y a l’impact environnemental. Remettre en circulation un vêtement déjà existant permet de prolonger sa durée de vie et d’éviter qu’une pièce encore parfaitement portable ne devienne prématurément un déchet.

Quelles sont les marques acceptées pour le dépôt chez Double Life?

Chez Double Life, nous ne sélectionnons pas une pièce uniquement parce qu’elle porte une certaine marque. Notre sélection repose avant tout sur son état, sa qualité, son style, sa coupe et son potentiel de revente. Nous acceptons donc une très grande variété de marques, avec toutefois certaines exclusions, notamment les enseignes d’ultra-fast fashion telles que Shein, Temu, Zaful, Boohoo ou Jennyfer. C’est une décision cohérente avec notre volonté de privilégier des pièces qui ont une qualité et une durée de vie suffisantes pour pouvoir réellement connaître plusieurs vies.

Le style doit-il correspondre aux tendances actuelles ?

La tendance est effectivement un critère important. La seconde main reste avant tout de la mode. Si nous voulons qu’une pièce soit remise en circulation plutôt que de rester sur un portant, elle doit correspondre aux envies et aux usages actuels. Cela ne signifie pas nécessairement suivre toutes les tendances. Une très belle pièce intemporelle peut avoir énormément de potentiel. Notre travail consiste justement à faire cette sélection et à imaginer comment une pièce peut trouver sa prochaine propriétaire.

Depuis son ouverture, sur quoi repose le succès de Double Life ?

Je pense que notre plus grande force est avant tout notre communauté. Elle grandit avec nous depuis cinq ans et nous avons aujourd’hui des clientes qui viennent aussi bien acheter que revendre leurs vêtements. Elles participent directement à cet écosystème circulaire. Il y a ensuite la sélection. Une boutique de seconde main doit donner envie de faire du shopping exactement comme n’importe quelle autre boutique de mode. Nous accordons donc beaucoup d’importance à la qualité des pièces, aux tendances, aux prix, mais aussi au merchandising et à l’expérience en boutique. L’accessibilité est également essentielle. Double Life n’est pas destiné à un seul type de femme. Nous essayons de proposer une diversité de styles, de budgets, de marques et surtout de tailles. Nous voulons également mettre les femmes au centre de notre univers. Il y a quelque chose que j’aime particulièrement dans la seconde main : une femme transmet une pièce de son dressing à une autre femme qui va lui donner une nouvelle histoire. Je pense que notre succès repose sur notre capacité à constamment faire évoluer Double Life. Nous ne voulons pas simplement être un lieu où l’on dépose et revend des vêtements. Nous voulons créer une véritable expérience autour de la seconde main.

Quelles sont les étapes à suivre pour revendre des vêtements en bon état que l’on ne porte plus ?

Nous avons voulu rendre le processus aussi simple que possible. Les dépôts peuvent être effectués sans rendez-vous dans nos deux boutiques, à Saint-Pierre et à Pointe-aux-Canonniers. Notre équipe effectue ensuite une sélection parmi les pièces déposées en fonction de leur état, de leur style, de la saison, des tendances et de leur potentiel de revente. Nous nous chargeons ensuite de toute la partie opérationnelle : sélection, fixation du prix, étiquetage, merchandising, mise en vente et suivi. La période de vente est d’un mois et, pour chaque article vendu, 50% du prix de vente revient à la déposante.

Comment Double Life parvient-il à inscrire un shopping écoresponsable dans l’ADN de sa marque ?

Le cœur même de Double Life repose déjà sur la circularité : faire circuler les vêtements existants et prolonger leur durée de vie. Mais, nous essayons progressivement d’aller plus loin dans notre fonctionnement quotidien. Nous encourageons nos clientes à venir avec leur propre shopping bag afin de limiter les emballages inutiles. Nous proposons également des solutions de réparation ou de retouche pour certaines pièces de la boutique, parce qu’un petit défaut ou une coupe qui n’est pas parfaite ne devrait pas nécessairement condamner un vêtement. C’est finalement toute la philosophie de Double Life. Nous ne voulons pas culpabiliser les gens sur leur manière de consommer. Nous voulons plutôt leur montrer qu’une consommation plus responsable peut également être belle, pratique, accessible et désirable.

Quels sont les projets de Double Life pour les fêtes de fin d’année et pour 2027?

Nous préparons effectivement quelques petites choses… mais chez Double Life, nous aimons beaucoup garder l’effet de surprise! Nous aimons créer des rendez-vous et des expériences qui font plaisir à notre communauté plutôt que de tout dévoiler trop longtemps à l’avance. Ce que je peux dire, c’est que les fêtes de fin d’année sont une période particulièrement intéressante pour repenser notre manière de consommer. On peut avoir envie de se faire plaisir, de trouver une tenue pour une occasion ou de dénicher un cadeau sans nécessairement acheter neuf. Surtout que les fêtes sont une excellente excuse pour venir découvrir les trésors qui se cachent dans nos deux boutiques.

Double Life pourrait-il un jour créer ses propres designs ?

Tout à fait. C’est une réflexion qui pourrait naturellement s’inscrire dans l’évolution de Double Life, mais si nous le faisons un jour, je voudrais que cela ait réellement du sens. Nous récupérons notamment beaucoup de dons, de textiles et de chutes de tissus qui peuvent ouvrir la porte à différentes formes de création ou d’upcycling. Je n’aurais cependant pas envie de créer une collection simplement pour ajouter de nouveaux vêtements sur le marché. L’idée serait plutôt de réfléchir à une pièce intemporelle, durable et unisexe, qui puisse être portée de différentes manières, par différentes personnes et à différentes occasions.

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