Les autorités réunionnaises ont livré à la police mauricienne une série de noms décryptés des téléphones des deux interpellés avec les colis de drogue le 26 juillet dernier à Rivière-du-Mât
L’enquête sur la saisie de 155,7 kilos de zamal, d’une valeur marchande de Rs 234,5 millions, saisis à La-Réunion continue de générer des éléments susceptibles de faire avancer le volet mauricien. Depuis déjà deux semaines, les autorités réunionnaises ont transmis à leurs homologues mauriciens des informations concernant plusieurs suspects et contacts identifiés dans le cadre de leurs investigations. L’exploitation des téléphones de deux hommes arrêtés le 26 juillet à Bras-Panon est au cœur de ces nouveaux développements.
Les enquêteurs de l’île sœur ont procédé à une analyse minutieuse des appareils appartenant aux deux suspects interpellés après la découverte de cette importante cargaison de zamal, qui était destinée à Maurice. L’examen des communications et des données contenues dans les téléphones a permis de faire ressortir plusieurs contacts mauriciens.
Parmi les noms qui apparaissent dans le dossier figurent Ravindra (Kris) Chimajee, Gulshan Govind, Daniel José Auguste, alias Bobo, et Shaan Kumar Choolun, connu comme Mithun. Les informations recueillies à La-Réunion ont été communiquées aux autorités mauriciennes, qui tentent désormais de déterminer la nature exacte des liens entre ces différents protagonistes.
Les renseignements disponibles indiquent que certaines identités n’ont pas encore été établies car ne comportant qu’un prénom et pas le nom complet de la personne. Ainsi, l’ADSU tente d’établir le lien avec certains suspects déjà dans leur collimateur pour leur relation avec le monde de la drogue. Cet exercice requiert du temps pour l’identification.
Quant aux enquêteurs, l’enjeu est de taille. Ils veulent déterminer les différents complices et partenaires derrière l’organisation de cette opération et quel rôle chacun aurait joué. Les deux suspects arrêtés à Bras-Panon sont soupçonnés d’avoir participé à la préparation de la cargaison. Celle-ci devait, selon la thèse actuellement examinée, être récupérée par une embarcation venue de Maurice.
À Maurice, l’ADSU s’attelle à rapprocher les informations provenant de La-Réunion des éléments déjà recueillis localement. Les téléphones de Gulshan Govind, Kris Chimajee et Daniel Auguste sont également exploités afin de vérifier les contacts, les communications et les éventuels échanges ayant précédé ou suivi l’opération.

Les limiers mauriciens cherchent ainsi à reconstituer le parcours complet de la cargaison : de sa préparation à La-Réunion jusqu’à sa récupération présumée en mer et son éventuelle arrivée à Maurice.
Les investigations ne se limitent pas aux téléphones. Les enquêteurs passent également au crible les images du réseau Safe City et celles des caméras CCTV. Ces images doivent permettre de retracer les déplacements de Gulshan Govind, Ravindra Chimajee et Shaan Choolun durant les 25 et 26 juillet, soit la période correspondant à la traversée maritime présumée.
Les recoupements effectués jusqu’ici par l’ADSU tendraient également à situer l’intervention de Daniel Auguste à une étape postérieure aux mouvements enregistrés durant cette période.
Mithun au centre des interrogations

Le cas de Shaan Choolun, alias Mithun, occupe une place particulière dans le dossier. Recherché depuis le 19 août, le quadragénaire s’est finalement constitué prisonnier le vendredi 28 août. Il s’est présenté aux locaux de l’ADSU à Rose-Belle, accompagné de son avocat, Me Raouf Gulbul.
Il a par la suite comparu devant la Weekend Court, sous le coup d’une accusation provisoire d’entente délictueuse en vue de l’importation de drogue.
Selon les éléments dont disposent les enquêteurs, Mithun aurait joué un rôle dans la préparation de l’expédition maritime vers La Réunion. La police lui reproche notamment d’avoir conduit Kris Chimajee jusqu’au lagon de Le-Morne entre le 25 et le 26 juillet.
Le skipper aurait ensuite pris son speedboat avant de mettre le cap vers La Réunion, où la cargaison de zamal devait, selon l’hypothèse policière, être récupérée.
À ce stade, les enquêteurs tentent surtout de faire coïncider les différentes pièces du puzzle : les informations transmises depuis La-Réunion, les données extraites des téléphones, les images de vidéosurveillance et les éléments recueillis auprès des suspects arrêtés à Maurice.
Après deux semaines de coopération et de transmission d’informations entre les deux îles, les enquêteurs disposent désormais de plusieurs noms et pistes. Reste à établir le rôle précis de chacun et, surtout, à déterminer jusqu’où remontent les ramifications de ce trafic présumé.

