Certains ont repris à leur compte le terme « fizet », celui qu’affectionnaient particulièrement, en leur temps, les Bobby Hureeram, Deepak Balgobin et autre Kailesh Jagutpal pour ne citer que quelques-uns des animateurs de la shouting brigade du MSM à l’Assemblée nationale, et ce, pour commenter la première Private Notice Question du nouveau leader de l’opposition. Tous ces chahuteurs patentés ont fini, eux, par sauter comment de véritables fusées aux dernières élections générales.
C’est un fait que Chetan Baboolall a manqué d’audace et de répartie pour sa première, qu’il n’a pas usé la totalité du temps qui lui était imparti pour ses questions supplémentaires, mais il va sans doute s’améliorer avec le temps. Du moins, on l’espère. Toujours est-il que le « fizet » a eu une conséquence gravissime. Il a coulé le ministre de la Santé, Anil Bachoo.
Le Premier ministre a démoli la thèse du ministre qui, prompt à réagir à une information — publiée en primeur par Week-End et présentée en mode confidentiel — avait soutenu, dans un communiqué, que son médecin personnel n’était qu’un simple observateur et que cela était permis par le service public. Il croyait que c’était la fin de l’histoire. Le Premier ministre a, comme avancé par notre titre, déclaré que c’est bien son spécialiste de la chirurgie mini-invasive qui a procédé à l’intervention en utilisant la logistique de la santé publique. Ce que Navin Ramgoolam a tout simplement admis, c’est que son ministre a menti.
Navin Ramgoolam a bien essayé de trouver une pirouette pour ne pas trop accabler son ministre en soutenant que ce sont les effets de l’anesthésie qui ont pu confondre Anil Bachoo. Mais ce n’est pas seulement sur celui qui a effectué l’opération que le ministre a été pris en flagrant délit de maquillage de la vérité.
S’il avait présenté son passage à l’hôpital Jeetoo comme d’une pratique ordinaire, là aussi, le Premier ministre a dû finalement admettre qu’il n’existait pas de protocole pour de telles intrusions du privé en dehors des spécialistes étrangers qui visitent le pays dans le but précis de procéder à des opérations délicates. Il a ajouté qu’il fallait peut-être établir un protocole bien défini qui soit appliqué à tous, pas seulement au ministre de tutelle, qui considère les établissements publics comme une propriété personnelle qu’il peut utiliser à sa guise.
À ceux qui tentent par tous les moyens de banaliser l’affaire, il faut leur rappeler que profiter d’un avantage personnel lié à sa responsabilité publique est un délit. Le mensonge, lui, n’est plus accepté dans la sphère politique. La découverte d’une déclaration inexacte ou d’un désir délibéré et orchestré de cacher la vérité a souvent entraîné les démissions de ceux qui ont été confondus et confrontés aux faits. Voilà pourquoi la demande de démission du ministre et de l’institution d’un comité d’enquête sur le Jeetoogate n’ont rien de démagogique ou d’excessif.
Des exemples abondent de ces ministres ou personnalités publiques contraintes à la démission après la découverte de leur petit jeu de cache-cache avec la vérité. Boris Johnson avait dû quitter son poste de Premier ministre en 2023 après que la presse a étalé les faits réels autour des partygates organisées au 10 Downing Street en pleine pandémie du COVID.
Toujours au Royaume-Uni, Damian Green, ministre, avait dû débarrasser le plancher à la demande de la Première ministre Teresa May après avoir reconnu des déclarations publiques inexactes sur ce qui avait été découvert sur son ordinateur de fonction, à savoir des images plus que coquines. En France, Jérôme Cahuzac, ministre du Budget, avait démissionné après avoir menti au Parlement sur son compte caché en Suisse.
Lorsqu’il s’agit de mensonge délibéré, il n’y a pas de petit ou de grand, de degré ou de proportion. Un mensonge est un mensonge. Il dit beaucoup de ceux qui croient ainsi tromper l’opinion sur les avantages qu’ils s’octroient en raison de la position qu’ils occupent dans l’espace public.
Le Jeetoogate est désormais devant la Financial Crimes Commission. Ici, on avance que cela fait suite à la déposition formelle de l’ancien ministre MSM Deepak Balgobin et là, pour probablement donner un peu de crédit à une commission qui a récemment connu de grosses secousses, on prétend qu’elle avait déjà initié une investigation de son propre chef.
Sauf que la commission, qui aime bien les communiqués lorsque cela l’arrange, ne s’est pas encore précipitée pour afficher le moindre articulet sur son site sur ce qui est quand même une première : une enquête ouverte sur un membre du gouvernement depuis l’avènement de l’alliance du changement. Il n’est pas trop tard et on suivra de près la communication de la FCC sur ce dossier pour voir si les limites de la manipulation et de l’information orientée ont été atteintes.
Autre haut fait de la séance parlementaire de mardi dernier qui fut un bref intermède au milieu de longues vacances parlementaires, le vote des toutes nouvelles dispositions radicales touchant aux délits routiers. Il y a comme un peu de panique dans l’air, la séquence des mesures toujours plus restrictives se multipliant à grande vitesse.
Le permis à points qui n’a pas encore prouvé pleinement son efficacité, sa réintroduction étant récente, voilà un nouveau durcissement des textes précipités apparemment par un bilan toujours plus meurtrier sur nos routes, le cap des 100 morts ayant été dépassé à fin août, comparé aux 85 enregistrés à la même période l’année dernière.
Toujours plus, des amendes à la hausse, les saisies de véhicule, très bien, mais quid des autres mesures toutes aussi urgentes pour épargner des vies? Un conducteur de 20 ans testé positif à l’alcootest a provoqué la mort d’un de ses passagers sur la route du Morne. Une étudiante de 19 ans a été impliquée dans la collision de sa voiture avec une moto : le conducteur du deux-roues est décédé après plusieurs jours passés à l’hôpital.
Et c’est pour quand le permis probatoire et la conduite accompagnée pour jeunes conducteurs ? Et les utilisateurs de scooters ou de quads qui continuent de se balader à toute heure sans aucun casque de protection ? Qu’on se le dise : la lutte contre l’insécurité routière ne saurait se résumer à plus d’infractions, plus de répression, plus d’amendes et plus d’argent.
Josie Lebrasse

