Le président du Mauritius Labour Congress (MLC), Haniff Peerun, est monté au créneau cette semaine pour dénoncer ce qu’il qualifie de démantèlement progressif de l’État-providence mauricien. Dans une tribune diffusée sous sa signature, le syndicaliste s’inquiète d’une dégradation « presque imperceptible » des services publics, qui finirait par rendre normal ce qui ne l’était pas : payer pour des prestations autrefois garanties à tous.
Le président du MLC pointe d’abord le secteur de la santé, marqué selon lui par le manque de personnel, l’indisponibilité récurrente de médicaments, les retards dans les soins et les opérations, ainsi qu’une flotte d’ambulances partiellement hors service. Il évoque ensuite l’éducation, où le manque d’enseignants, les retards de distribution des manuels scolaires et les difficultés d’organisation nourrissent, selon lui, l’essor du privé au détriment du public.
Mais c’est sur la question des pensions que le propos rejoint le plus directement l’actualité sociale des derniers mois. Haniff Peerun estime que la réduction de la valeur réelle des pensions de vieillesse fait porter le poids des difficultés économiques sur ceux qui sont le moins en mesure de l’assumer. L’avertissement s’inscrit dans la continuité de ses prises de position répétées contre le report de l’âge de la pension de base à 65 ans, une réforme que le MLC combat depuis plusieurs mois aux côtés de la Platform Komun Sindikal.
Le syndicaliste met en garde contre l’émergence d’une « société à deux vitesses », où l’accès à des soins et à une éducation de qualité dépendrait de plus en plus des moyens financiers de chacun. Il précise ne pas remettre en cause la place du secteur privé dans l’économie, mais refuse que son développement serve de prétexte à l’affaiblissement des services que l’État a, selon lui, le devoir de garantir à tous.
Haniff Peerun conclut son texte par un appel à un débat national sur le modèle de société que le pays souhaite léguer aux générations futures, entre un service public fort assumant sa responsabilité collective et une société où chacun paierait individuellement pour compenser les insuffisances de l’État.
Cette sortie s’ajoute à une série d’interventions du président du MLC ces derniers mois, où il a tour à tour réclamé une convocation urgente du comité tripartite sur la compensation salariale, demandé au président de la République de bloquer le Finance Bill, et interpellé le gouvernement sur la transparence des consultations prébudgétaires.

