Les plaidoiries ont lieu, hier, concernant le Bail Hearing de Mamy Ravatomanga devant la Bail & Remand Court (BRC), après la clôture des auditions des témoins. Ce qui a retenu l’attention : la déposition de Mamy Ravatomanga par voie de visioconférence depuis la prison de haute sécurité de Melrose, où il est détenu.
Mamy Ravatomanga a dit qu’il niait toutes les allégations formulées et maintient que la FCC a logé à son encontre de « fausses accusations ».
Il a expliqué qu’il fait des affaires à Maurice depuis plus de 30 ans, et qu’il a toujours dévoilé aux banques mauriciennes son statut de Politically Exposed Person (PEP). Ses transactions bancaires ont toujours été soumises à l’examen des autorités mauriciennes.
Concernant le trafic allégué de bois de rose, qui est l’un des volets d’enquête de la FCC, il a expliqué que le Parquet national financier (PNF) français l’avait interrogé à ce sujet mais avait clos ce dossier sans aucune suite, et ne l’a jamais rouverte, contrairement à ce qui avait été affirmé par le directeur intérimaire des enquêtes de la Financial Crimes Commission (FCC) antérieurement en Cour.
Concernant l’exportation de litchis depuis Madagascar vers les pays européens, et le rôle de la société Litchi Trading, un autre volet d’enquête de la FCC, Mamy Ravatomanga a expliqué qu’il détenait des actions dans cette société à hauteur de 20 %, et a démenti qu’il a agi comme signataire des transactions bancaires ou qu’il a siégé comme le directeur de cette société. Il va opposer ce même démenti concernant plusieurs autres sociétés qui font l’objet d’enquêtes de la FCC.
L’homme d’affaires malgache a maintenu qu’il n’a jamais reçu USD 500 000 sur son compte personnel, et a mis au défi le directeur intérimaire des enquêtes de la FCC de venir prouver cela. Il n’a également jamais reçu en espèces 5 millions de dollars américains à Dubaï, selon lui.
Ravatomanga est aussi revenu sur ce qui l’a poussé à quitter Madagascar. Selon lui, sa vie et celle de sa famille étaient en danger dans la Grande île. Il s’est décrit comme la victime d’une « vendetta politique ». Toujours selon lui, ce serait la ministre malgache de la Justice, qu’il aurait poursuivi en 2022, qui serait à l’origine de cette vendetta, en logeant de fausses accusations contre lui.
Il a nié que le groupe Sodiat possède des bateaux. Il a admis que ce groupe possédait des avions mais ces derniers ont été placés sous séquestre par les autorités malgaches. En outre, les sociétés de ce groupe ont été placées sous administration judiciaire à Madagascar. Il a nié qu’il a communiqué avec.
Pour prouver sa bonne foi en ce qui concerne l’appréhension de la FCC à ce qu’il ne prenne la fuite, Mamy Ravatomanga a expliqué qu’il a demandé à sa fille de remettre tous ses passeports aux autorités mauriciennes, ce qui aurait déjà été fait. Il a pris l’engagement qu’il resterait à Maurice et respecterait toutes les conditions qui lui seront imposées par la cour. Il compte se disculper et laver son honneur et celui de sa famille devant la justice mauricienne, en qui il a entièrement confiance.
Ravatomanga remet en cause le service médical de la prison de Melrose
Ravatomanga a aussi mis en avant son état de santé, dont une grave occlusion de ses artères, et des complications tel que le cholestérol, le diabète et l’hypertension. Selon lui, le service médical de la prison de Melrose ne pourrait pas le prendre adéquatement en charge, et maintient qu’il n’arrive à survivre en prison que grâce à ses médicaments.
Sur ce plan, un représentant du service pénitentiaire, Jean Alex Casimir, a été appelé comme témoin par la FCC. Il a mis en avant les facilités du service médical de la prison de Melrose, dont un service d’urgence fonctionnant sur une base 24/7 et doté d’un appareil ECG et d’une ambulance. Il a également expliqué que les détenus pouvaient prendre des médicaments prescrits à l’extérieur de la prison.
Toutefois, Me Khushal Lobine, l’avocat de Ravatomanga, a voulu confronter le témoin au rapport de la commission d’enquête présidée par Paul Lam Shang Leen dans le sillage du décès du détenu Andy Selmour, qui faisait état de graves défaillances du service médical de la prison de Melrose. Mais à la suite d’une objection de la poursuite, le magistrat Mohammad Nathire a retenu que ce rapport était déjà dans le dossier de la Cour.
La fille de Mamy Ravatomanga, Lovania, appelée à la barre des témoins, a expliqué qu’elle hébergerait son père chez elle si jamais il était remis en liberté conditionnelle. Cette dernière loue une maison dans une closerie sécurisée à Belle-Vue Harel avec son mari, leurs deux enfants et sa mère. Son bail a récemment été renouvelé pour deux ans, jusqu’à juillet 2028. Elle a expliqué qu’elle s’était établie à Maurice et que sa fille est scolarisée ici.
La défense a également appelé à la barre des témoins Me Hector Bernardini, avocat au barreau français qui avait agi comme le conseil légal de Ravatomanga quand le Parquet national financier (PNF) français avait ouvert une enquête en 2016 portant sur le trafic du bois de rose. Après l’arrestation de Ravatomanga à Maurice en octobre 2025, Me Bernardini avait pris contact avec un procureur du PNF qui lui avait confirmé que l’enquête de cette instance avait été classée sans suite en 2023 et n’avait pas été rouverte, vu l’absence de preuves objectives qu’il y ait eu un quelconque trafic ou un délit financier.
La défense a également appelé à la barre des témoins un expert-comptable, Shakeel Fakeermamode, qui a affirmé qu’il connaissait Mamy Ravatomanga depuis plus de dix ans et à qui il avait fourni ses services. Il était disposé à se porter garant en ce qui concerne toute caution ou reconnaissance de dette que la cour pourrait imposer à Ravatomanga. Il a pris l’engagement de veiller que Ravatomanga respecte toutes les conditions que la Cour pourrait lui imposer, et de le rapporter à la police ou à la FCC en cas de toute infraction de la part de Ravatomanga. Il a expliqué qu’il n’était ni actionnaire ni directeur des compagnies liées à Ravatomanga et qui sont dans le giron de la FCC.
Shakeel Fakeermamode a admis qu’il était considéré comme un suspect par la FCC dans toute cette affaire mais a fait ressortir que depuis le 12 octobre 2025, soit la date d’arrivée de Ravatomanga à Maurice, la FCC n’a jamais consigné de Statement de lui, et n’a jamais logé de charge provisoire contre lui. Shakeel Fakeermamode a toutefois confirmé avoir été interrogé par le Federal Bureau of Investigation (FBI) américain et la FCC le 27 novembre 2025. Il a également été dans le giron de la Financial Services Commission (FSC) en 2016 par rapport à une société offshore.
Mamy Ravatomanga était arrivé à Maurice le 12 octobre dernier, dans le sillage du changement de régime à Madagascar, à bord d’un jet privé, avec ses proches et l’ancien Premier ministre malgache. À Maurice, le Malgache répond de deux charges provisoires de blanchiment d’argent et d’une charge d’entente délictueuse par rapport au délit de trafic d’influence, qui ont été logées contre lui par la FCC.

