Le procès consacré à la vente controversée de cinq Boeing 777 à l’Iran, dans le cadre d’une opération de Sanction Busting s’est ouvert, mardi, à Madagascar. Au total, 33 suspects sont poursuivis dans cette affaire, parmi lesquels figure l’homme d’affaires Mamy Ravatomanga, en détention provisoire à l’Eastern High Security Prison, à Melrose, depuis novembre de l’année dernière.
D’après les informations recueillies, aucun dispositif n’a été prévu pour permettre à Mamy Ravatomanga de participer aux audiences par visioconférence. Lors de l’enquête menée à Maurice, il n’avait d’ailleurs pas dit grand-chose aux enquêteurs de la Pôle Anti-Corruption (PAC) malgache, dont une équipe avait fait le déplacement dans l’île en février dernier. L’homme d’affaires avait alors rejeté les accusations portées contre lui.
À Maurice, la Financial Crimes Commission (FCC) a collaboré avec les autorités malgaches afin de retracer les activités et les différents intérêts liés à Mamy Ravatomanga. Toutefois, la vente des cinq appareils ne constitue pas le principal axe de travail de la commission, cette partie du dossier relevant davantage des autorités malgaches. Les enquêteurs mauriciens s’intéressent surtout au volet financier, notamment aux soupçons de blanchiment d’argent susceptibles d’être liés à des sociétés de l’homme d’affaires enregistrées à Maurice.
Dans le cadre de cette enquête, la FCC a également sollicité la coopération de plusieurs organismes internationaux, notamment à Dubaï et en Chine, en raison de ramifications qui dépassent les frontières mauriciennes et malgaches. Les investigations s’annoncent longues et complexes. C’est dans ce contexte que les enquêteurs se sont opposés à la remise en liberté conditionnelle de Mamy Ravatomanga, évoquant notamment le risque d’interférences avec des témoins et de disparition d’éléments de preuve.
L’affaire concernant les cinq Boeing 777 avait éclaté l’année dernière. En juillet 2025, les cinq appareils, immatriculés auprès de l’aviation civile malgache, avaient été localisés en Iran. Or, depuis 2018, les États-Unis interdisent la vente à l’Iran d’avions fabriqués aux États-Unis, notamment ceux de Boeing. Le Federal Bureau of Investigation (FBI) avait alors été sollicité dans le cadre des investigations. Une équipe du FBI s’était même rendue dans les locaux de la FCC en juillet 2025, mais peu d’informations avaient filtré sur cette visite à l’époque.
Les cinq avions se trouvaient initialement en Chine et devaient transiter par le Kenya pour y subir une inspection technique avant d’être exploités à Madagascar par la société UDAAN Aviations. Leur parcours aurait toutefois été différent, car les appareils seraient passés par le Cambodge et l’Afghanistan avant de rejoindre l’Iran.
Les enquêteurs malgaches soupçonnent également la falsification de documents dans le cadre de cette transaction. Plusieurs protagonistes ont été interrogés par la PAC, parmi lesquels l’homme d’affaires indien Khushwinder Singh d’UDAAN Aviations, qui s’était notamment rendu en Iran. Ce dernier aurait mis en cause plusieurs hauts responsables malgaches dans cette affaire, dont Mamy Ravatomanga.
La FCC suit de près le déroulement du procès, qui s’est ouvert mardi à Antananarivo. La décision que rendra la justice malgache pourrait être déterminante pour la suite du dossier concernant Mamy Ravatomanga sur le plan local.

