Aaron Beck, un grand nom de la psychothérapie du XXe siècle et de la thérapie cognitive : « You feel the way you think » (D. Burns)

 By Reynolds MICHEL

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Aaron Timkin Beck (1821-2021) est un psychiatre américain. Il est considéré comme le fondateur de la thérapie cognitive, une approche qui a révolutionné la psychiatrie dans les années 1960 et est aujourd’hui largement utilisée dans le monde pour traiter la dépression, l’anxiété, les troubles alimentaires et autres problèmes psychiatriques.

 

En transformant la psychothérapie moderne grâce à son approche cognitive-comportementale – une des premières formes de « thérapie cognitive » car il en existe aujourd’hui de nombreuses versions – Aaron Beck « a amélioré la vie d’innombrables personnes à travers le monde confrontées à des problèmes de santé physique et mentale », a déclaré sa fille Judith Beck à l’occasion du décès de son père à son domicile à Philadelphie, dans le nord-est des États-Unis, le lundi 1er novembre 2021, à l’âge de 100 ans.

 

Aaron T. Beck, c’est une vie centenaire consacrée à la recherche de la Thérapie Cognitive et Comportementale (TCC), à l’expérimentation de traitements, à l’enseignement et à l’écriture de nombreux ouvrages. Il a fait toute sa carrière comme professeur de psychiatrie à l’université de Pennsylvanie. Nous vous invitons à faire connaissance avec ce psychothérapeute, fondateur avec sa fille, d’un institut de thérapie cognitive et qualifié comme l’un des plus grands noms de la psychothérapie du XXe siècle.

 

 

De la psychanalyse à la thérapie cognitive

 

 

Aaron Timkin Beck est né le 17 juillet 1921 à Providence dans la Rhode Island aux États-Unis. Troisième d’une fratrie de quatre enfants, il est le fils d’immigrants juifs ashkénazes, originaires d’Ukraine. Son père, Harry Beck, est imprimeur et sa mère, Elisabeth Temkin, est femme au foyer. Une hospitalisation d’un mois à hôpital à l’âge de huit ans l’a orienté vers la lecture et l’écriture. Le jeune Aaron Beck a fait ses études à l’Université de Brown, où il sort diplômé en 1942, avec une mention honorifique. Il intègre ensuite l’Université de Yale en vue de poursuivre ses études de médecine, où il obtient son doctorat en médecine en 1946 et son diplôme de psychiatre en 1953. Il se marie en 1950 à Phyllis W. Beck, et ils auront ensemble quatre enfants.

 

 

Certifié psychanalyste de l’Institut Psychanalytique de Philadelphie en 1956, Beck exerce sa profession avec passion. La psychanalyse, à l’époque, était la modalité dominante de la psychothérapie, du moins le type de thérapie le plus répandu. Notre jeune psychiatre a même entrepris une analyse. Mais la vogue va, en une génération, tourner court. Au cours de l’exercice de sa profession, Beck lui-même en est venu à penser que la psychanalyse devrait, pour réduire toute contestation de son efficacité, être validée par la recherche. Son intérêt pour la science expérimentale l’a conduit à délaisser la psychanalyse au profit de la psychologie scientifique, préférant la méthode expérimentale à la théorie. Une décision qui a ouvert la voie pour Beck à l’émergence de la thérapie cognitive (R.I. Rosner, 2024).

 

Le point de départ de l’éloignement d’Aaron T. Beck de la psychanalyse se situe en 1956, selon le psychologue belge Jacques Van Rillaer (cf. Médiapart, 20 août 2017). Écoutant en analyse les associations libres d’un patient en colère, il découvre chez ce dernier qui le critiquait, tout en se culpabilisant pour ses propos, un double discours. Ledit patient avouant que pendant qu’il le critiquait, il se disait à lui-même « j’ai tort d’émettre de telles critiques, je suis méchant, méprisable et autres pensées négatives ». Bref, deux échanges conjointement : un échange conversationnel à l’intention de l’analyse et un échange avec soi-même ; la culpabilité n’apparaissant non pas comme un effet de la colère, mais bien plutôt comme une conséquence des pensées automatiques non énoncées, des idées spontanées négatives.

 

 

Naissance de la thérapie cognitive

 

 

En demandant à ses patients en analyse d’expliciter et d’énoncer leurs pensées automatiques, ce langage intérieur spontané, Aaron Beck fait un double constat.  Pour ceux en situation de dépression, cette communication interne spontanée était source de beaucoup de troubles psychologiques, tout en observant, d’autre part, qu’en la rendant davantage consciente et en l’analysant, il les aidait à résoudre de nombreuses difficultés (Jacques Van Rillaer, 2017). Ce qui l’amène à conclure – à la suite du psychologue new-yorkais Albert Ellis (1913-2007) – 1 –, et indépendamment de lui – que « la dépression comporte un trouble de la pensée : la personne déprimée pense à elle-même, à son environnement, à son avenir en des termes particulièrement négatifs. Son état d’esprit pessimiste finit par affecter son humeur, sa motivation, ses réalisations avec les autres et fait apparaître enfin toute la gamme des symptômes psychologiques et physiques de la dépression » (A T. Beck, Introduction au livre de David. Burns, Feeling Good (Être bien dans sa peau),1980).

 

Les conclusions que Beck tire de ses observations cliniques vont d’abord prendre la forme d’un modèle de trois volets : une pensée négative sur soi renforce la lecture négative du monde, qui à son tour confirme l’impression que l’avenir restera fermé, et cette impression referme la boucle en confirmant la mauvaise image de soi (Youcef Medda, Juillet 2026). Beck comprend que c’est ce cercle qui explique, plus qu’une simple accumulation de pensées négatives, le pourquoi de certains troubles. Il nomme cet ensemble la triade cognitive. Beck est désormais armé pour bâtir sa thérapie cognitive et comportementale (TCC) en vue de traiter des troubles affectifs. Une thérapie reposant sur le principe fondamental que nos pensées, nos émotions et nos comportements sont profondément interconnectés et s’influencent mutuellement. Elle est dite cognitive parce qu’elle opère sur les cognitions (pensées, croyances, images mentales) – 2 – et comportementale lorsque le psychothérapeute tente d’apprendre à son patient de travailler sur ses pensées négatives et sur ses schémas cognitifs (voir ci-dessous).

 

Travailler sur les schémas déformés

 

Pour aider ses patients à retrouver leur bien-être émotionnel, Beck préconise des techniques cognitives visant la modification ou l’assouplissement des pensées négatives sur soi-même, sur le monde et sur l’avenir, organisées en forme de « schéma cognitif », comme il le nomme. Car, en modifiant nos pensées, nos schémas cognitifs, et nos comportements, nous pouvons améliorer notre bien-être émotionnel. Une approche, tout comme celle d’Albert Ellis, qui réhabilite le pouvoir d’agir du patient en le plaçant au cœur de son propre changement.  Beck a souligné, dès le début de sa prise de distance à l’égard de la psychanalyse, l’importance de l’action en invitant ses patients à collaborer activement avec lui, voire à devenir des scientifiques dans leurs propres laboratoires mentaux (Rachael I. Rosner, 2024). Car la thérapie cognitive comportementale s’ancre dans le présent : elle incite les patients à se concentrer sur les distorsions de leur pensée au quotidien plutôt que sur les conflits enfouis dans l’enfance dans le but de les guérir. C’est une méthode intensive de courte durée, de six à une vingtaine de séances, axée sur la résolution de problèmes.

 

Une influence considérable

 

Nous avons maintenant une idée assez précise de la contribution d’Aaron Beck à la psychologie.  Il laisse derrière lui une thérapie cognitive et comportementale, considérée comme l’une des approches les plus utilisées en psychothérapie, des outils et critères d’évaluation, une centaine d’articles et la vingtaine d’ouvrages qu’il a écrits ou coécrits autour de son approche et un Institut de thérapie cognitivo-comportementale, Institut Beck, qui prodigue des formations et où se rendent des thérapeutes du monde entier. Beck est resté actif jusqu’à sa mort, le 2 novembre 2021, à l’âge de 100 ans. Une vie bien vécue pour ce pionnier qui a façonné le domaine de la santé mentale.

 

 

Notes

 

 

1.Albert Ellis a développé, vers 1955, l’idée que les troubles dits « névrotiques » résultent très souvent de croyances « irrationnelles. Il a élaboré une thérapie axée sur la modification active des pensées illogiques et irrationnelles, baptisée Thérapie rationnelle émotive (TRE).

 

 

2.La notion de « cognition » désigne un ensemble des processus mentaux par lesquels une personne acquiert, interprète, emmagasine et utilise des informations. Elle englobe des fonctions telles que la perception, l’attention, la mémoire, l’apprentissage, le langage, le raisonnement, la prise de décision et la résolution de problèmes (Office Québécois de la langue française (mise à jour, 2024) ; également Dictionnaire de La Langue française et Institut du cerveau).

Le Dr Aaron T. Beck et sa fille, le Dr Judith S. Beck, en 1994.

 

 

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