Titoni Lam, président honoraire de The Chinatown Foundation, revient sur les liens profonds qui unissent la communauté sino-mauricienne à son pays d’origine. Âgé de 82 ans, il évoque avec émotion l’histoire de sa famille, marquée notamment par le geste de son père, Ah Sian Lam, qui avait hissé le premier drapeau rouge à cinq étoiles à Chinatown en 1949. Témoin, au fil des décennies, des profondes transformations de la Chine et de l’évolution de Chinatown, il porte également un regard sur les nouvelles opportunités offertes par les avancées technologiques chinoises, les relations avec Maurice et le rôle de la jeunesse. Pour lui, le défi demeure de concilier modernité et préservation des traditions, afin que la culture chinoise continue à vivre et à se transmettre. Dans cette perspective, The Chinatown Foundation prépare également un voyage d’environ 17 jours en Chine, début 2027, qui réunira près d’une centaine de Mauriciens pour un véritable « retour aux sources ».
Le 1er octobre marque l’anniversaire de la fondation de la République populaire de Chine. Que représente cette date pour vous personnellement, et comment votre relation avec la Chine a-t-elle évolué au fil des années ?
Pour moi, le 1er octobre n’est pas une date comme les autres. Elle porte le poids de l’histoire, la mémoire d’un peuple et la fierté d’une communauté. Je suis né à Maurice, je suis Mauricien d’origine chinoise de troisième génération, et j’ai 82 ans. Toute ma vie, j’ai entendu parler de la Chine à la maison. Mes grands-parents étaient originaires de Chine. Ils en parlaient avec nostalgie, mais aussi avec une forme de respect silencieux pour ce pays qu’ils avaient dû quitter.
Le 1er octobre possède pour moi une signification encore plus personnelle. Mon père, Ah Sian Lam, a eu l’honneur de hisser le premier drapeau rouge à cinq étoiles à Chinatown, à Maurice, en 1949. Ce geste, à l’époque, n’était pas anodin. Il symbolisait l’espoir, la reconnaissance et le lien indéfectible qui unissait notre communauté à la Chine nouvelle. Depuis ce jour, le 1er octobre est devenu une date importante pour la communauté chinoise mauricienne.
Mais ma relation avec la Chine ne s’est pas construite en un jour. Elle a évolué avec le temps, avec les générations, avec les transformations du monde. Enfant, la Chine était une terre lointaine, presque mythique, celle de mes ancêtres. Je savais que mes grands-parents venaient de là-bas, mais je ne mesurais pas encore ce que cela signifiait vraiment. À la maison, les traditions chinoises n’étaient pas quelque chose que nous étudiions de manière formelle. Elles faisaient simplement partie de notre vie familiale : la langue que nous entendions, les repas que nous partagions, les fêtes que nous célébrions et les valeurs que nos parents nous transmettaient.
Au fil des décennies, j’ai été témoin de la transformation de la communauté chinoise à Maurice. J’ai vu Chinatown passer d’un centre animé et dynamique à une période plus calme, avant de retrouver progressivement une nouvelle vitalité. J’ai vu des commerces chinois fermer, des écoles diminuer, des dialectes s’éteindre. Mais j’ai aussi vu une nouvelle génération se lever, curieuse de ses racines, désireuse de comprendre d’où elle vient.
Aujourd’hui, avec le recul de mes 82 années, je comprends à quel point l’histoire de notre communauté est étroitement liée à celle de la Chine elle-même. Nos ancêtres sont venus de Chine à une époque difficile, marquée par les guerres, l’instabilité et la pauvreté. Ils ont quitté leur pays avec l’espoir de trouver une vie meilleure, de pouvoir travailler, fonder une famille et offrir un avenir plus stable à leurs enfants. Beaucoup sont arrivés à Maurice avec très peu de moyens, mais avec beaucoup de courage, de persévérance et le désir de construire une nouvelle vie.
Pour moi, la culture chinoise n’est donc pas simplement quelque chose que l’on retrouve dans les livres d’histoire. Elle fait partie de notre vie quotidienne et de nos souvenirs, transmise par nos parents et nos grands-parents. Et cette culture, aujourd’hui, je la vois rayonner bien au-delà de notre communauté. Elle est devenue un pont entre Maurice et la Chine, entre le passé et l’avenir.
Le 1er octobre est donc à la fois un moment de mémoire et de réflexion sur l’avenir. Nous devons nous souvenir des générations qui nous ont précédés, de leurs sacrifices et de leur courage, tout en encourageant les jeunes à connaître leurs racines et à construire leur propre avenir. Car lorsque l’on sait d’où l’on vient, il devient plus facile de comprendre qui l’on est.
Au cours des dernières décennies, la Chine a connu une transformation remarquable, devenant une grande puissance économique et technologique. Ayant été témoin de cette évolution, quels sont les aspects du développement de la Chine qui vous ont le plus impressionné ?
J’ai 82 ans. J’ai vu des choses que beaucoup de gens ne verront jamais. J’ai vu la Chine d’avant, celle dont mes parents parlaient avec une certaine tristesse. Et j’ai vu la Chine d’aujourd’hui, celle qui fait l’admiration du monde entier. Le contraste est saisissant. Il est même difficile à décrire avec des mots.
Lorsque mes grands-parents ont quitté la Chine, c’était un pays pauvre, dévasté par les guerres, l’instabilité et la misère. Les gens mouraient de faim. Les enfants n’allaient pas à l’école. Les routes étaient rares, les hôpitaux inexistants, les perspectives limitées. C’était une époque de survie, pas de développement. Mes ancêtres sont partis parce qu’ils n’avaient pas le choix. Ils sont partis avec presque rien, mais avec une volonté farouche de vivre et de construire un avenir pour leurs enfants.
Et aujourd’hui, regardez la Chine. Regardez ce qu’elle est devenue. En 2025, son PIB a atteint environ 140 200 milliards de yuans, avec une croissance réelle de 5 %. La Chine est passée d’une économie très pauvre à l’une des plus importantes économies du monde. Ce n’est pas un miracle. C’est le résultat de décennies de travail, de sacrifices et de vision.
Mais ce qui m’impressionne le plus, ce ne sont pas seulement les chiffres. Ce sont les transformations visibles dans la vie quotidienne. Les villes chinoises sont devenues des métropoles modernes, avec des gratte-ciel, des autoroutes, des métros ultramodernes. Les infrastructures ont changé le visage du pays. Le réseau ferroviaire à grande vitesse, par exemple, est aujourd’hui le plus étendu du monde. Il a profondément changé les déplacements à travers le pays. Ce qui prenait des jours se fait maintenant en quelques heures.
L’éducation aussi a été transformée. Des millions de Chinois ont accès à l’université, à la formation professionnelle, à la recherche. La Chine investit massivement dans l’innovation. En 2025, les dépenses nationales de recherche et développement ont atteint près de 3 930 milliards de yuans, soit 2,8 % du PIB. La production manufacturière de haute technologie a progressé de 9,4 % sur l’année. Ce sont des chiffres impressionnants, mais ils représentent surtout des emplois, des opportunités, des vies améliorées.
La Chine a également connu une véritable révolution numérique. Le commerce électronique, les paiements numériques, les smartphones, la 5G et les nombreux services accessibles en ligne font aujourd’hui partie de la vie quotidienne de millions de personnes. Dans les villes comme dans les campagnes, les gens utilisent leur téléphone pour payer, pour acheter, pour apprendre, pour communiquer. C’est une transformation profonde de la société.
À Maurice, nous pouvons également constater cette présence dans notre vie quotidienne. De nombreux produits utilisés dans nos maisons, nos entreprises et nos infrastructures viennent de Chine : équipements électriques, matériaux de construction, appareils électroniques, meubles, outils, vêtements, véhicules et pièces détachées, entre autres. Les relations entre nos deux pays sont ainsi devenues beaucoup plus larges qu’elles ne l’étaient autrefois.
Bien sûr, un développement aussi rapide entraîne également des changements et des ajustements. Certains secteurs de l’économie chinoise connaissent aujourd’hui une période de transformation, tandis que le pays cherche à renforcer la consommation intérieure, les services, l’innovation et les industries de haute technologie. Mais ce qui me paraît important, c’est de comprendre cette évolution dans son ensemble et sur le long terme.
Ce qui m’impressionne le plus, au fond, c’est la capacité de la Chine à se réinventer. À chaque étape de son histoire, elle a su trouver les ressources, l’énergie et la vision pour avancer. Et cela, c’est le fruit du sacrifice de millions de Chinois, de leurs efforts, de leur patience, de leur foi dans l’avenir. Quand je pense à mes grands-parents, je me dis qu’ils n’auraient jamais imaginé une Chine aussi puissante, aussi respectée, aussi moderne. Et pourtant, elle est là. Elle est bien là.
La Chine est aujourd’hui à la pointe dans de nombreux domaines, notamment l’intelligence artificielle, la robotique, les nouvelles technologies et les industries de pointe. Comment voyez-vous cette nouvelle étape du développement économique chinois, et quelles opportunités pourrait-elle offrir à des pays comme Maurice ?
Je vois cette nouvelle étape comme une phase de transition nécessaire, mais aussi comme une opportunité historique. La Chine ne se contente plus de produire en masse. Elle innove. Elle crée. Elle dirige. L’intelligence artificielle, la robotique, les nouvelles technologies, les industries de pointe : ce sont les domaines où la Chine est en train de s’imposer comme un leader mondial.
Certains secteurs de l’économie chinoise connaissent aujourd’hui une période de transformation, tandis que le pays cherche à accroître la consommation intérieure, les services, l’innovation et les industries de haute technologie. Mais ce qui me paraît important, c’est de comprendre cette évolution dans son ensemble et sur le long terme. La Chine ne cherche pas seulement à croître ; elle cherche à croître intelligemment, durablement, en investissant dans l’avenir.
Pour un pays comme Maurice, cette nouvelle étape ouvre des opportunités concrètes. Les relations entre nos deux pays ne sont plus seulement économiques. Elles comprennent aujourd’hui les échanges culturels, l’éducation, le tourisme, les échanges entre jeunes, les arts, la gastronomie et les contacts humains. Ces échanges permettent aux Mauriciens de mieux connaître la Chine contemporaine, tout comme ils permettent à davantage de Chinois de découvrir Maurice et sa société multiculturelle.
Je pense notamment aux jeunes Mauriciens. Ils peuvent étudier, se former et travailler dans ces domaines de pointe. Ils peuvent apprendre le mandarin, découvrir les technologies chinoises, collaborer avec des entreprises chinoises. La Chine d’aujourd’hui n’est plus seulement un partenaire commercial ; elle est aussi une source d’inspiration et un partenaire pour bâtir l’avenir.
Mais il y a une condition : il faut oser. Il faut sortir de sa zone de confort. Il faut comprendre que le monde change, et que ceux qui ne s’adaptent pas risquent de rester au bord du chemin. La Chine a compris cela il y a longtemps. Elle a investi dans l’éducation, dans la recherche, dans l’innovation. Elle a formé des millions d’ingénieurs, de scientifiques, de techniciens. Elle a construit des infrastructures modernes. Elle a créé un écosystème favorable à l’entrepreneuriat et à la technologie.
Aujourd’hui, la Chine est à la pointe dans de nombreux domaines. L’intelligence artificielle, la robotique, les nouvelles technologies, les industries de pointe : ce sont des secteurs où la Chine investit massivement et où elle obtient des résultats remarquables. Et ces résultats ne sont pas seulement technologiques ; ils sont aussi économiques et sociaux. Ils créent des emplois, améliorent les conditions de vie, renforcent la position de la Chine dans le monde.
Pour Maurice, la question n’est pas de savoir si nous devons travailler avec la Chine, mais comment. Nous avons une position géographique stratégique, une société multiculturelle, une main-d’œuvre éduquée. Nous avons aussi une communauté chinoise dynamique, qui connaît la Chine, sa langue, sa culture, ses façons de faire. C’est un atout considérable.
Je pense que Maurice peut devenir un pont entre l’Afrique et la Chine, un centre de services, de technologies, d’échanges. Mais pour cela, il faut une vision, une stratégie, et une volonté politique. Il faut aussi que les jeunes soient formés, informés, encouragés. C’est dans cet esprit que The Chinatown Foundation poursuit son travail. Notre objectif est de préserver notre patrimoine chinois et l’histoire de Chinatown, tout en ouvrant cette culture à l’ensemble de la société mauricienne. La culture ne doit pas être enfermée dans une seule communauté. Elle doit être partagée, vécue et transmise aux jeunes générations.
La Chine a suivi son propre modèle politique et de développement, avec une forte importance accordée à la planification à long terme et à la continuité. Selon vous, quel rôle cette approche a-t-elle joué dans son développement, et comment voyez-vous aujourd’hui la place grandissante de la Chine dans le monde, notamment en Afrique ?
La planification à long terme et la continuité ont été, à mon sens, des éléments déterminants dans le développement de la Chine. Cela a permis de mener des projets structurants, comme les infrastructures, l’éducation ou la technologie, sur plusieurs décennies, sans être freiné par des changements constants de cap. C’est une approche qui contraste avec celle de nombreux pays, où les projets sont abandonnés au gré des changements politiques.
Cette approche a aussi une dimension culturelle : elle reflète des valeurs de persévérance, de patience et de transmission, que l’on retrouve dans les familles chinoises, y compris à Maurice. Mes grands-parents ont transmis à mes parents des valeurs de travail, d’honnêteté, de respect des aînés. Ces valeurs, on les retrouve dans la manière dont la Chine conduit son développement : avec méthode, avec discipline, avec une vision qui dépasse le court terme.
Aujourd’hui, la place de la Chine dans le monde est devenue centrale. Elle est une actrice incontournable dans l’économie mondiale, dans les technologies, dans les échanges commerciaux, dans la diplomatie. Elle investit en Afrique, en Asie, en Amérique latine. Elle construit des infrastructures, des routes, des ports, des chemins de fer. Elle forme des étudiants, des techniciens, des cadres. Elle partage son expérience et son savoir-faire.
En Afrique, la Chine est devenue un partenaire majeur. Elle finance des projets, elle construit des infrastructures, elle échange des biens et des services. Elle ne se contente pas de donner des leçons ; elle travaille avec les pays, elle investit, elle crée des emplois. Bien sûr, certains critiques parlent de dette, d’influence, de dépendance. Mais il faut regarder les faits : la Chine a fait ce que d’autres n’ont pas fait. Elle a construit des routes là où il n’y en avait pas. Elle a installé des réseaux de communication là où il n’y en avait pas. Elle a ouvert des marchés là où il n’y en avait pas.
À Maurice, nous constatons cette présence dans notre vie quotidienne, mais aussi dans les échanges culturels et éducatifs. De nombreux produits utilisés dans nos maisons, nos entreprises et nos infrastructures viennent de Chine. Les relations entre nos deux pays sont ainsi devenues beaucoup plus larges qu’elles ne l’étaient autrefois. Je vois cette évolution d’un œil positif, à condition qu’elle reste un pont entre les peuples, et non un mur. La culture et la coopération doivent servir à rapprocher les hommes.
Ce qui me frappe, c’est que la Chine ne cherche pas à imposer son modèle. Elle propose, elle échange, elle collabore. Elle respecte les souverainetés, elle adapte ses approches aux réalités locales. C’est une forme de puissance qui ne repose pas seulement sur la force, mais sur la confiance, sur la durée, sur le respect.
Pour moi, la Chine est aujourd’hui un exemple de ce que la détermination, la vision et le travail peuvent accomplir. Elle est passée d’un pays pauvre à une puissance mondiale en quelques décennies. Elle a nourri sa population, éduqué ses enfants, construit ses villes, développé ses technologies. Elle a transformé des millions de vies. Et elle continue d’avancer, avec constance, avec ambition.
La Chine s’est modernisée à un rythme extraordinaire au cours des dernières décennies. Pensez-vous que cette modernisation et l’évolution des modes de vie risquent de faire disparaître certaines traditions, valeurs et pratiques culturelles chinoises, notamment auprès des jeunes générations ? Comment trouver, selon vous, un équilibre entre modernité et préservation du patrimoine culturel ?
Oui, c’est un risque réel, et j’en ai été personnellement témoin à Maurice. Autrefois, on trouvait des commerces chinois partout dans le pays, souvent des entreprises familiales transmises de génération en génération. Quand les jeunes sont partis étudier ou travailler ailleurs, beaucoup de ces commerces ont fermé. Les écoles chinoises ont diminué, les journaux en langue chinoise ont disparu, le mandarin et les différents dialectes chinois ont progressivement perdu du terrain, et les jeunes générations se sont moins impliquées dans certaines fêtes et traditions traditionnelles. Pour ceux de ma génération, ces changements ont été profondément douloureux.
Car lorsqu’une culture n’est plus parlée, pratiquée, célébrée, chantée ou transmise, elle peut progressivement disparaître de la vie quotidienne. C’est une réalité que nous avons vécue à Maurice, et c’est une réalité que la Chine connaît aussi, à sa manière. La modernisation, l’urbanisation, les migrations internes, les nouveaux modes de vie : tout cela exerce une pression sur les traditions.
Mais je ne pense pas que modernisation et préservation culturelle doivent nécessairement s’opposer. Nous ne pouvons pas arrêter le temps. Notre responsabilité est de préserver les valeurs et les traditions qui comptent, tout en trouvant de nouvelles façons de les faire vivre dans le monde d’aujourd’hui.
Cela est particulièrement important à Maurice, qui est une société multiculturelle. Chaque communauté possède sa propre culture, sa langue, ses traditions et son histoire, mais nous vivons tous ensemble dans le même pays. C’est cette diversité culturelle qui fait de notre pays un véritable arc-en-ciel.
C’est pourquoi j’accorde une grande importance au travail de The Chinatown Foundation. Au cours des huit dernières années, la Fondation a organisé plus de 700 activités dans les domaines de la culture, des arts, de l’éducation, de la jeunesse et des échanges culturels. Pour moi, préserver une culture ne signifie pas simplement conserver des traditions dans un musée. Une culture doit être vue, vécue et transmise.
Nous créons donc des occasions pour les jeunes de participer : chanter en chinois, apprendre la calligraphie, découvrir la musique, participer aux danses du lion et du dragon ou célébrer les fêtes traditionnelles. Le Water Cube Cup Chinese Song Contest en est un excellent exemple. Nous avons vu des jeunes très timides prendre progressivement confiance en eux grâce au chant et à la culture chinoise. En 2025 et 2026, deux jeunes Mauriciennes ont représenté Maurice à la finale mondiale à Beijing et ont remporté chacune une médaille de bronze. C’est cela, pour moi, la véritable transmission. Notre rôle n’est pas seulement de préserver le passé, mais de donner aux jeunes l’envie de le découvrir, de l’apprécier et de le transmettre à leur tour.
Préserver la culture chinoise ne signifie pas nous isoler des autres communautés. Au contraire, cela nous donne l’occasion de partager notre héritage avec les autres et également de découvrir et d’apprécier leurs cultures. Plus nous comprenons les cultures les uns des autres, plus nous pouvons nous respecter.
Si je pouvais transmettre un seul message aux jeunes de Maurice, ce serait celui-ci : Ne laissez pas la modernisation vous faire oublier vos racines. Vous pouvez recevoir une éducation moderne. Vous pouvez étudier et travailler partout dans le monde. Vous pouvez avoir un mode de vie international. Mais n’oubliez pas votre histoire. Car lorsque l’on sait d’où l’on vient, il devient plus facile de comprendre qui l’on est.
La préservation culturelle n’est pas uniquement la responsabilité de la génération plus âgée. Notre génération peut préserver ce que nos ancêtres nous ont légué et le transmettre aux jeunes. Mais la véritable transmission culturelle se produit lorsque les jeunes choisissent à leur tour de la faire vivre.
Après 82 années de vie, je ressens de plus en plus que la culture est un fil qui relie le passé, le présent et l’avenir. Nos ancêtres sont venus de Chine à Maurice. Ils ont travaillé dur, fondé des familles et construit une nouvelle vie ici. Aujourd’hui, nous avons la possibilité de retourner en Chine et de découvrir les lieux qu’ils ont autrefois quittés. D’une certaine manière, c’est une continuation de l’histoire. De Chinatown à la Chine ; des récits de nos ancêtres à une nouvelle compréhension de qui nous sommes aujourd’hui.
En janvier-février 2027, The Chinatown Foundation organisera un voyage d’environ 17 jours en Chine pour près de 100 Mauriciens, à l’occasion du Nouvel An chinois, qui sera célébré le 6 février 2027.
Ce voyage sera bien plus qu’un séjour touristique. Il permettra aux participants de vivre le Nouvel An chinois en Chine, de découvrir la terre de leurs ancêtres et de renouer avec leurs racines. Pour beaucoup, ce sera peut-être leur première expérience de cette fête dans leur terre ancestrale.
De Chinatown à la Chine, ce sera un véritable retour aux sources — une expérience à vivre, à partager et à transmettre aux générations futures.
Propos recueillis par Jean-Denis Permal

