MAURITIUS POST : Trois mois après leur marche, les postiers attendent toujours

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« Rien de concret n’a été accompli depuis », dénoncent des employés

Le 4 juillet 2026, quelque 400 postiers manifestaient à Port-Louis pour alerter sur la situation de Mauritius Post. Trois mois après, des employés disent ne voir aucun changement concret. Inquiétudes sur les salaires, départs sans remplacement, surcharge de travail, courrier en retard et fermetures de bureaux : leur frustration grandit face à une crise qui affecte leur quotidien et le service au public.
Ils avaient marché pour être entendus, pour dénoncer les dysfonctionnements, et ont remis une pétition au Premier ministre, Navin Ramgoolam. Leur mobilisation devait provoquer une réaction à la hauteur des difficultés de Mauritius Post.

 

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Ce dimanche 4 octobre 2026, trois mois exactement après cette marche pacifique, les employés interrogés, parmi lesquels un cadre toujours en fonction, dressent un constat amer : « Rien de concret n’a été accompli depuis. » Les difficultés financières persistent, les effectifs diminuent et ceux qui restent absorbent une charge de travail toujours plus lourde. Leur frustration vient de cette attente sans résultat visible : avoir manifesté, expliqué l’urgence, puis retrouver les mêmes problèmes derrière les guichets et dans les tournées.

Les manifestants réclamaient, notamment, la réincorporation de la poste dans le secteur public pour redresser une entreprise dont ils qualifiaient la situation financière de « désastreuse ». Aujourd’hui, les salariés consultés maintiennent cette revendication et demandent que les autorités passent aux actes.

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L’angoisse du prochain salaire

Selon nos interlocuteurs, Mauritius Post disposerait de moyens insuffisants pour assurer ses opérations quotidiennes et éprouverait des difficultés croissantes à financer les salaires. Sur la base de renseignements qu’ils disent avoir obtenus auprès du département des finances, les employés affirment que les salaires ne seraient garantis que jusqu’à novembre 2026. Cette information, non confirmée par la direction, nourrit leur anxiété.

Ils évoquent un précédent : en mars dernier, une crise de trésorerie aurait nécessité une intervention financière du gouvernement pour permettre le paiement des salaires. Pour les familles, cette incertitude est lourde à porter. Les dépenses continuent et les remboursements restent dus. Les difficultés de l’entreprise deviennent une inquiétude qui accompagne les salariés jusque chez eux.

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Nos interlocuteurs redoutent qu’en l’absence de redressement, Mauritius Post ne puisse plus honorer ses obligations. Ils évoquent le risque d’un placement sous receivership, une crainte, et non une procédure annoncée.

Une alerte lancée, des réponses toujours attendues

Les employés attribuent une part importante de la crise à une mauvaise gestion qu’ils jugent persistante depuis la transformation de la poste en entreprise en 2003. Ils dénoncent l’absence de décisions capables d’enrayer sa dégradation.

Le conseil d’administration, son président, le Chief Executive Officer et le ministère de tutelle sont interpellés. Les salariés attendent des réponses sur les finances, les recrutements, leurs conditions de travail et l’avenir du réseau. « Si cela continue, la situation deviendra de plus en plus intenable, et aura des conséquences graves pour Mauritius Post et ses employés », préviennent-ils.

Leur marche avait rendu l’inquiétude publique. Trois mois plus tard, l’absence de changement perceptible renforce leur sentiment de ne pas être entendus.

Les uns partent, les autres prennent tout sur leurs épaules

Selon les témoignages recueillis, des cadres quittent les services opérationnels, la comptabilité et les ressources humaines. Certains démissionnent ; d’autres auraient été contraints au départ. Cette érosion touche aussi les chauffeurs, les facteurs et les guichetiers. Elle prive l’entreprise de compétences au moment où elle en aurait besoin pour se redresser.

Les recrutements resteraient gelés, le dernier exercice remontant, selon les employés, à septembre 2024. La situation financière serait avancée pour justifier ce blocage.

Les tâches restent, mais les effectifs diminuent. Certains salariés devraient assumer les responsabilités de deux, voire de trois personnes, sans rémunération additionnelle. Des demandes de congé seraient refusées et des congés accordés auraient été annulés. « Au niveau du personnel, il y a une frustration et une démotivation grandissantes », dénoncent nos interlocuteurs. Ceux qui restent disent devoir compenser chaque jour les défaillances de l’organisation.

Des conditions de travail qui usent, le public subit

À la surcharge, s’ajoutent les difficultés matérielles. Dans plusieurs bureaux, la modernisation attendue ne se serait pas concrétisée : mobilier vieillissant ou endommagé, équipements inadaptés et installations sanitaires dans un état déplorable.

Les employés rappellent les améliorations promises lors de la transformation de la poste. Ils estiment leurs conditions de travail encore loin de ces engagements. « On ne peut demander aux employés de travailler dans des conditions qui peuvent compromettre leur santé et leur dignité », s’indignent-ils.

Leur frustration concerne aussi la considération accordée à leur métier. Maintenir le service devient d’autant plus éprouvant lorsque les équipements, les locaux et les effectifs ne suivent pas. Le manque de guichetiers rallonge les files d’attente, notamment pour les pensionnés qui dépendent des services postaux.

À Pointe-aux-Sables, une seule employée serait affectée aux guichets, selon nos interlocuteurs. Cette situation soulève également une question de sécurité : « Si cette employée subit un malaise, qui lui portera secours ? » Les salariés affrontent l’impatience du public, tout en disant manquer des moyens nécessaires pour répondre à ses attentes. « Nous ne pouvons plus offrir un service de qualité, et c’est le public qui en souffre », confient-ils. Voir leur service se dégrader constitue une source supplémentaire de découragement.

Les bureaux ferment, les inquiétudes grandissent

Le manque de facteurs aurait entraîné une accumulation importante de courrier. Selon les employés, plus de 500,000 lettres provenant d’une banque commerciale auraient accusé, en juillet dernier, des retards d’un à deux mois.

À Flic-en-Flac, des habitants n’auraient pas reçu certaines factures pendant cinq mois consécutifs, entraînant, selon les témoignages rapportés, des pénalités pour impayés. Ces éléments n’ont pas été confirmés par la direction.

Les salariés redoutent un engrenage : les perturbations poussent les usagers vers d’autres solutions, réduisant les transactions et les recettes. Les difficultés financières limitent alors davantage les moyens d’améliorer le service. « En fin de compte, c’est le public qui subit les conséquences. Si des mesures urgentes ne sont pas prises, cette situation se détériorera davantage », avertissent-ils.

Les bureaux de Trianon, Cascavelle, Riche-Terre et Britannia ont fermé l’année dernière, selon les informations rapportées dans le document. Le 25 septembre, Mauritius Post a également annoncé la cessation définitive des activités du bureau d’Ébène à compter du 30 septembre 2026. Les employés craignent d’autres fermetures. Pour les usagers, chaque fermeture peut signifier davantage de déplacements. Pour les salariés, elle nourrit l’inquiétude sur l’avenir du réseau et de leurs emplois.

Ces économies ne répondent pas, à leurs yeux, à la question essentielle : quel projet permettra de retrouver une activité viable et un service de qualité ?

Ils attendent des décisions et des résultats

Pour les quelque 1,100 salariés, l’avenir de Mauritius Post devient une préoccupation pressante. Les employés consultés restent convaincus qu’un retour dans le secteur public préserverait le service postal et sécuriserait les emplois. Ils soutiennent que la poste était rentable comme organisme public et attribuent ses pertes à la gestion ayant suivi sa transformation. Ils estiment qu’une réincorporation pourrait réduire les coûts et améliorer l’efficacité. Cette analyse demeure la leur.

Leurs attentes sont concrètes : des réponses sur les salaires, des effectifs suffisants, des conditions acceptables et une perspective pour l’entreprise.

Le 4 juillet dernier, ils avaient marché pour donner l’alerte, après la marche de 2024. Trois mois après, ils attendent toujours, tout en continuant à tenir les guichets et à distribuer le courrier. Chaque journée sans amélioration creuse l’écart entre l’espoir de leur mobilisation et leur réalité au travail.

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