By PETER STEIN
Kamwad Vinesh,
C’est avec grande tristesse que j’ai appris que tu nous as quittés, et tant de souvenirs me sont revenus. Tu étais parmi les étudiants mauriciens que j’ai connus lors de mes études à Aix-en-Provence, sans penser que j’irais faire plus tard du field work à l’Île Maurice et que j’écrirais une thèse sur Connaissance et emploi des langues à l’Île Maurice.
Est-ce que, sans toi, j’aurais pu arriver au bout de mes recherches et de ma thèse ? Je ne pense pas. Tu étais parmi ceux qui m’ont fait connaître, et comprendre, les divers aspects de la vie mauricienne, à l’ère prétouristique, tu m’as aidé à mieux adapter mes questionnaires et à préparer des petites phrases à faire traduire et tu m’as aidé à rencontrer les Mauriciens. Tu n’étais pas le seul, mais tu étais là dès le début et jusqu’à la fin.
Vinesh avait écrit son mémoire de maîtrise à Aix en 1971, moi un an plus tard en Allemagne, lui sur le français à Maurice, moi sous forme d’un compte-rendu historique des études sur le créole mauricien, commençant par Baissac et un peu avant, et terminant par Baker et Moorghen, avec des lacunes, il y avait des études qui ne m’étaient accessibles que plus tard, comme la thèse et les publications de Dev Virahsawmy. Mais somme toute, la liste n’était pas encore très longue, les langues créoles n’avaient pas encore été découvertes par la linguistique moderne, on n’était qu’au début de ce que l’on appellerait bientôt la créolistique. Quand nous nous sommes rencontrés à Aix, en 1968, il n’en était pas encore question, ni pour nous, ni pour le troisième futur créoliste, Daniel Véronique.
Nouvelle rencontre, cinq ans plus tard à Maurice, chez les jeunes mariés Vinesh et Pat dans leur appartement à Quatre-Bornes. Mes idées pour une thèse de doctorat s’étaient concrétisées et il fallait les discuter avec les amis et les collègues pour leur donner une forme concrète. Les entretiens avec toi étaient de haute importance pour moi peut-être aussi pour toi et ton futur engagement pour le créole et ta carrière de linguiste.
Et encore un an et demi plus tard, en février 1975, je suis arrivé, trois jours avant Gervaise, prêt à faire du field work, et avec l’intention et le désir de rencontrer autant de Mauriciens que possible pour les interroger et pour parler et discuter avec eux. Je passe outre les rencontres et les nombreuses discussions avec toi. Mais ma première visite à ta maison, maintenant à Rose-Hill et pas trop loin de là où je logeais, s’est passée sans toi, le dimanche après-midi juste après Gervaise. Tu étais parti aider ta mère à Rose Belle. Seule Pat était là, « anvwa-d-fami » en train de déblayer le jardin et j’ai essayé de l’aider. Le début des discussions linguistiques était remis à un autre jour.
Plus tard tu m’as emmené à Rose-Belle chez ta maman et pour rencontrer d’autres personnes de ton village natal. Je ne me rappelle plus si c’était avant le camion fou ou après. Et avec ta mini, tu m’as emmené encore chez d’autres personnes et à d’autres endroits pour mieux connaître ton île. Tout cela fait plus de 50 banane, et nos relations de chercheurs-créolistes et de copains d’études et d’amis ne se sont jamais arrêtées. Nous nous sommes revus lors de colloques créolistiques loin de Maurice et à Maurice même, la dernière fois lors du colloque de 2012. Tu avais échangé ta mini contre une voiture plus grosse dans laquelle tu m’as emmené chez Dev Virahsawmy. Quelques années avant, tu étais venu me voir chez moi à Erfurt et tu as fait une conférence sur l’Ile Maurice au lycée de ma fille, nous sommes allés au champ de bataille de Iéna et nous avons visité la ville d’Erfurt.
