Le tribunal de Port-Louis a maintenu les accusations provisoires de blanchiment d’argent retenues contre Keshwarsingh Nandan, 36 ans, connu sous le sobriquet de « Hacker », dans le cadre d’une vaste affaire portant sur des transactions en bitcoins évaluées à 1,6 milliard d’euros, soit environ Rs 80 milliards. L’ingénieur informatique avait présenté une motion visant à faire rayer les trois accusations provisoires portées contre lui. Toutefois, la Senior District Magistrate, Ashmi Nuckchady, a conclu que « the threshold of reasonable suspicion has been met ».
L’enquête est menée par la Financial Crimes Commission (FCC), en collaboration avec la police. La Financial Intelligence Unit (FIU) avait, de son côté, transmis des « suspicious transaction reports » (STR) venant des banques concernant des transactions liées à Keshwarsingh Nandan. Le suspect serait impliqué dans des opérations portant sur des bitcoins pour une valeur totale estimée à 1,6 milliard d’euros.
Les enquêteurs ont notamment relevé deux transactions d’un million d’euros sur deux Euros Account appartenant au prévenu. Ces fonds provenaient de Dynacom, une société basée aux Seychelles. Interrogé par la FCC à ce sujet, Keshwarsingh Nandan a expliqué, par le biais d’un affidavit remis à l’Asset Recovery Investigation Division (ARID), la nature de ces transactions. Il a également produit un contrat qu’il affirme avoir conclu avec Dynacom. Les enquêteurs émettent toutefois des réserves quant à l’authenticité de ce document, celui-ci ne portant pas le sceau de Dynacom.
Dans un « Dissemination Report », la FCC fait également état de la vente alléguée de 1 000 bitcoins entre le prévenu et Ghislain Emonts, un ressortissant belge. La transaction a été effectuée par l’intermédiaire d’Eversheds Sutherland Ltd, qui a agi comme « escrow agent ». L’argent a ensuite été transféré à Keshwarsingh Nandan. Le ressortissant belge affirme toutefois ne jamais avoir reçu les bitcoins. Selon la FCC, une partie de la somme a servi à l’acquisition d’une voiture Volvo, au coût de 129 740 euros, en août 2024, par le trentenaire.
Dans le cadre de ses investigations, la FCC, en collaboration avec la police, a sollicité l’aide d’Interpol. Les renseignements obtenus indiqueraient que Ghislain Emonts a été condamné à plusieurs reprises en Belgique pour des délits liés notamment au vol, au blanchiment d’argent, à la fraude et à l’escroquerie. Il s’est ensuite rendu à Maurice pour porter plainte à la police contre Keshwarsingh Nandan. Par la suite, le dossier a été transmis à la FCC.
Le ressortissant belge affirme également avoir transféré 469 000 dollars au Mauricien pour l’achat d’un ordinateur portable JETAC en Israël. Il soutient ne jamais avoir reçu l’équipement. La FCC estime toutefois que le plaignant a largement surestimé la valeur de cet ordinateur, dont le prix ne dépasserait pas 15 000 dollars.
Compte tenu de la nature de l’affaire et de ses ramifications internationales, la FCC s’est tournée vers l’Attorney General’s Office afin d’obtenir une assistance dans le cadre d’une procédure de Mutual Legal Assistance. La commission soutient par ailleurs que le suspect a peu collaboré avec les enquêteurs durant les investigations.
La FCC a également fait appel à Control Risks, une société avec laquelle la police avait déjà collaboré dans le passé. L’analyse de certaines données aurait permis aux enquêteurs de soupçonner Keshwarsingh Nandan d’être impliqué dans des activités criminelles liées au Dark Web et aux marchés numériques.
Par ailleurs, les enquêteurs ont relevé que le prévenu, à travers sa compagnie, avait acquis une maison à Flic-en-Flac pour Rs 13,5 millions en octobre 2020, ainsi que plusieurs véhicules dont la valeur totale est estimée à Rs 8,9 millions. Ces biens font actuellement l’objet d’un « Attachment Order ». Keshwarsingh Nandan avait été arrêté par la FCC en avril dernier.
La commission s’est opposée à la demande du prévenu visant à faire rayer les accusations provisoires de blanchiment d’argent. Elle a notamment mis en avant des éléments de preuve numériques, des informations bancaires ainsi que d’autres éléments recueillis dans le cadre de l’enquête sur la vente alléguée de bitcoins.
Après avoir examiné les arguments des deux parties, la Cour a rejeté la demande de Keshwarsingh Nandan et maintenu les accusations provisoires.

