Régulièrement agressée par Ashvin, son mari, Manisha Devi Ramkhalawan avait fini par s’emparer d’un couteau au cours d’une dispute, jusqu’à ce que son époux finisse par s’écrouler. La jeune femme avait ensuite été accusée de meurtre. Mais dans un jugement rendu ce 22 octobre par le magistrat Yorgesh Bhookhun, siégeant en Cour intermédiaire, elle a été acquittée.
Ce qui aurait dû être un conte de fée aura fini en cauchemar. Manisha Devi Ramkhalawan et Ashvin Ramkhalawan s’étaient mariés en novembre 2012 et avaient pris deux chambres dans la maison des parents du second nommé, à Roche-Terre. Mais après une brève lune de miel de quatre jours à Rodrigues, les choses avaient très vite tourné au vinaigre.
Manisha avait en effet donné Rs 50 000 à son mari pour rénover leur cuisine et l’installation d’équipements, mais celui-ci avait préféré remettre l’argent à ses parents. Alcoolique, tout comme ses parents, Ashvin s’enivrait avec ces derniers et mangeait avec eux. Quant à Manisha Ramkhalawan, elle n’était pas autorisée à cuisiner et dépendait uniquement des “takeways” apportés par son mari ou de la nourriture donnée par des proches. Au point que, certaines fois, elle partait au lit sans rien avoir avalé.
Et ce n’est hélas pas tout. Car étant de petite taille, Manisha ne faisait aucunement le poids devant son époux qui, lui, mesurait 1,88 m. Aussi ce dernier ne s’empêchait pas d’agresser sa femme, allant même jusqu’à tenter de l’étrangler, lorsqu’il était ivre. Ce qui arrivait souvent, même s’il présentait à chaque fois ses excuses après avoir dessoûlé. Cela n’aura pas empêché Manisha de déposer plainte à la police, mais son mari l’avait cependant convaincue de ne pas aller de l’avant. Qui plus est, dès que Manisha menaçait de quitter Ashvin, ce dernier la menaçait de se suicider.
Les semaines et les mois ont passé, jusqu’au soir fatidique du 16 mai 2013, soit environ cinq mois après leur mariage. Ce soir-là, mari et femme se trouvaient chez eux mais ne se parlaient pas. Jusqu’au moment où Ashvin a surpris une conversation téléphonique de son épouse avec sa sœur, où celle-ci lui disait qu’elle acceptait l’invitation de son frère de partir vivre chez lui, en Angleterre. Le sang d’Ashvin n’a alors fait qu’un tour et, un peu plus tard, lorsque sa femme faisait la vaisselle, il l’a immédiatement confrontée à ce qu’il venait d’apprendre.
Une dispute a ensuite éclaté, avant de rapidement dégénérer. Ashvin a alors giflé sa femme, avant de la frapper avec une chaise puis de devenir encore plus menaçant, affirmant qu’il ne la laisserait jamais le quitter. Manisha s’est alors saisie d’un couteau, se disant prête à se suicider. Ashvin a alors menacé de la tuer lui-même, attrapant aussitôt le poignet de sa femme qui tenait le couteau pour porter 2 ou 3 coups vers sa poitrine.
Manisha a bien réussi à le repousser à un moment, mais Ashvin est tout de suite revenu à la charge. Manisha a ensuite détourné le regard, pensant que le pire allait arriver, jusqu’à ce qu’elle constate que son assaillant semblait à bout de force. C’est alors qu’elle a saisi l’occasion d’échapper à son étreinte pour s’enfermer dans la salle de bains. Lorsqu’elle en est ressortie, une dizaine de minutes plus tard, Ashvin gisait sur le lit, le corps recouvert de sang.
Manisha a alors crié pour alerter sa sœur. Le mari de cette dernière est arrivé et, découvrant la scène, il a aussitôt appelé les secours. Blessée et traumatisée, Manisha a été référée à l’hôpital du Nord, avant d’être transférée à l’hôpital psychiatrique Brown-Séquard le soir même, où elle séjournera d’ailleurs sept jours. Du côté de l’enquête, après que la police a découvert le corps sans vie d’Ashvin, ce dernier sera remis au Dr Maxwell Monvoisin, médecin légiste, en vue d’une autopsie, laquelle a attribué la cause du décès à une “stab wound to the heart”.
Manisha a ensuite été sous le coup d’une accusation de coups et blessures ayant entraîné la mort sans intention de tuer, en infraction avec la section 228 du Code pénal. Mais la jeune femme avait plaidé non coupable, maintenant qu’elle ne savait pas ce qui c’était passé au moment fatidique où son mari avait reçu le coup de couteau fatal.
Dans son jugement, le magistrat Bhookhun a retenu que la version de Manisha Ramkhalawan quant au déroulé des événements était plausible. Parallèlement, il a estimé que la poursuite n’avait pu établir si la prévenue avait intentionnellement infligé la blessure mortelle à la victime, d’autant que le Dr Monvoisin avait fait ressortir en cour qu’il ne fallait pas une force excessive pour que le couteau pénètre à l’intérieur du corps à cet endroit, démontrant une possible pénétration accidentelle de l’arme tranchante, et non intentionnelle.
Dans son jugement, le magistrat conclut : « In light of the above, the evidence on record does not establish to the irresistible inference that the Accused had any wilful criminal intent to inflict any wounds and blows upon the victim. » Le bénéfice du doute a ainsi été accordé à Manisha Ramkhalawan, qui a, de ce fait, été acquittée.

