Vinesh Hookoomsing en défense du bhojpuri mauricien

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Par Anjani Murdan

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Le regretté Professeur V. Y. Hookoomsing, linguiste éminent et ardent défenseur du créole mauricien, ancien Pro‑Vice‑Chancelier de l’Université de Maurice, coauteur avec Philip Baker du premier dictionnaire bilingue créole‑anglais, a aussi mis sa plume incisive au service de la valorisation du bhojpuri mauricien. Dans ce papier, nous évoquerons quelques‑uns des articles qu’il a consacrés au bhojpuri mauricien.

Dans son article (1) Language loss, language maintenance: The case of Bhojpuri and Hindi in Mauritius, VY Hookoomsing (dorénavant VYH) met en évidence le rôle historique du bhojpuri en tant que véritable lingua franca dans le contexte mauricien. Il souligne que le bhojpuri a servi, dès les premiers temps de l’engagisme, de langue de communication entre les divers groupes linguistiques issus de l’Inde. Au‑delà de cette fonction de communication, VYH insiste sur la dimension sociale et culturelle du bhojpuri, qui a constitué un élément de cohésion et de solidarité communautaire, mais dont l’importance n’a pas toujours été pleinement reconnue.

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Le bhojpuri s’affirmait également comme langue de culture. Pour souligner l’importance du bhojpuri mauricien dans la préservation de la culture, VYH cite les travaux de chercheurs tels que Ramessur Ory (2) et Jaynarain Roy (3). Ce dernier, qui écrivait en hindi, confirme que si les Indo‑Mauriciens ont pu préserver leur culture d’origine depuis leur arrivée à Maurice au XIXe siècle, c’est essentiellement grâce au rôle du bhojpuri (Roy, 1970).

VYH cite aussi P. Mewasing (4) (1984), qui a affirmé qu’à une époque où de nombreuses personnes de la communauté hindoue ne maîtrisaient ni le hindi ni le sanskrit, les récits des œuvres sacrées telles que le Ramayana, le Mahabharata et la Bhagavad Gita restaient accessibles vu que les parents continuaient à les transmettre par le biais du bhojpuri.

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Citant Sarita Boodhoo (5), VYH affirme que dans les baithka, instaurées à partir de la deuxième moitié du XIXe siècle, la langue de transmission du savoir était le bhojpuri. En revanche, le hindi n’a acquis ce rôle formel qu’à partir de la seconde moitié du XXe siècle, à la suite de la campagne d’alphabétisation en hindi conduite par les frères Bissoondoyal.

VYH affirme dans son article que L. P. Ramyead (6) (1985), auteur du premier travail universitaire d’envergure, mit en évidence le choix de l’hindi au détriment du bhojpuri dans le domaine de l’éducation: le Khari Boli, sous ses formes hindi et urdu, jouissait déjà d’un prestige littéraire et culturel dans la Grande Péninsule, ce qui en fit le choix évident pour l’enseignement formel.

Si le hindi devenait progressivement la langue du domaine formel, le bhojpuri conservait sa supériorité numérique en tant que langue ancestrale (AL) et langue d’usage courant (CL), ainsi qu’en témoignent les chiffres des recensements de 1983, 1990 et 2000 : lors de sa première admission dans le formulaire de recensement, en 1983, sur une population de 966 863 individus, 328 033 déclaraient le bhojpuri comme langue courante ou ancestrale (34 %) ; en 1990, ils étaient 545 414 sur 1 022 456 habitants (53,3 %) ; le recensement de 2000 confirme cette tendance, avec 503 637 personnes sur 1 178 848 affirmant l’utiliser comme langue courante ou ancestrale, comme l’illustre le tableau ci‑après.

Dans les années 1970, la transmission du bhojpuri commença à rencontrer des difficultés. VYH rapporte les propos de P. Sooriah (7) (1977) : « But then the tragedy of Bhojpuri is that it was made an orphan by its own living parents. »

VYH cite Richard Barz (8) (1980), qui affirme que la relation entre l’hindi et le bhojpuri est de nature symbiotique : une forte diminution du nombre de locuteurs du bhojpuri risquerait d’avoir des effets négatifs sur l’hindi. Barz écrit ainsi : « The two languages must move along together and the fate of one will determine that of the other. »

En insistant sur le rôle fondamental du bhojpuri en tant que « necessary living roots », VYH avance que la survie de l’hindi dépend de deux conditions : 1er, le maintien d’un nombre important de locuteurs du bhojpuri, et 2e la reconnaissance et la promotion du bhojpuri à travers des travaux d’aménagement et de planification linguistiques.

VYH souligne l’importance des travaux universitaires consacrés au bhojpuri, en particulier de N. Domingue (9) (1971), N. Neerputh (10) (1986), Baker & P. Ramnah (11) (1985), S. Ramdin (12) (2006), et salue également l’action du Department of Bhojpuri du Mahatma Gandhi Institute.

Le professeur V. Hookoomsing (13) s’est aussi intéressé à la préservation de la culture bhojpuriphone, notamment dans son article Contribution of Indentured Immigrants from India to the Nation Building: Mauritius, a Case Study, consacré à l’œuvre littéraire d’Abhimanyu Unnuth. Ses recherches portent également sur les liens entre langue et identité ethnique (14), ainsi que sur le maintien du pluralisme dans la société mauricienne.

Il serait difficile de présenter ici l’ensemble des articles publiés sur le bhojpuri et la culture bhojpuriphone par le regretté Professeur V. Y. Hookoomsing. Sa contribution à la valorisation du bhojpuri mauricien demeure toutefois significative.

* Anjani Murdan, autrice de
« Le Bhojpuri mauricien –Étude sociolinguistique du bhojpuri
à Maurice, Histoire, survie »

 

 

 

 

 

Notes

 

 

 

1.VY Hookoomsing Language loss, language maintenance:  The case of Bhojpuri and Hindi in Mauritius, KADEKAR, L.N & Al (Eds), The Indian Diaspora: Historical and Contemporary Context, Rawat Publications : New Delhi.

 

 

2.Ramessur Ory a fait un PhD sur le bhojpuri mauricien, soumis en 1970 à la Varanaseya Sanskrit University de Banaras

 

 

3.Roy, J. N.  Mauritius me Hindi Bhaashaa kaa Sanshipta hitihaas, New Delhi, 1970.

 

 

4.Mewasingh, P., “The role of Bhojpuri in Mauritius”, in Unmole (1984), p.278.

 

 

5.Sarita Boodhoo Bhojpuri Traditions in Mauritius, MBI, Mauritius, 1999.

 

 

6.L.P. Ramyead The Establishment and Cultivation of Modern Standard Hindi in Mauritius, MGI, Mauritius, 1985

 

 

7.Sooriah, P.,  Telegu Migrants in Mauritius, 1977, quoted in Rao, G. S. & Sharma, R., Sociolinguistic Survey of Mauritius, 1989, CIIL, Mysore.

 

 

8.Richard Barz, The Cultural Significance of Hindi in Mauritius, The Indian Cultural Review, MGI, Mauritius, 1980)

 

 

9.Domingue, N. Bhojpuri and Creole in Mauritius – A study of linguistic interference and its consequences in regard to synchronic variation and language change. PhD  thesis, University of Texas at Austin, 1971.

 

 

10.Neerputh, N. Le système verbal du bhojpouri mauricien, l’Harmattan, Paris, 1986.

 

 

11.Baker, P. & Ramnah, P. “Mauritian Bhopuri: An Indo-Aryan language spoken in a predominantly creolophone society”, Papers in Creole Linguistics No. 4, Canberra: Pacific Linguistics, 1985.

 

 

12.Ramdin, S. A linguistic and cultural study of the evolution of Bhojpuri in Mauritius, University of Mauritius, 2007.

 

 

13.Hookoomsing, V.Y. Contribution of Indentured Immigrants from India to the Nation Building: Mauritius, a Case Study, The Contribution of Abhimanyu Unnuth and his works to the making of migrant Mauritius into a plural nation’ Regional Seminar on MGI – 5-6 July 2018

 

 

14.Hookoomsing, V. Y ., Langue et identité ethnique: les langues ancestrales à Maurice, Journal of Mauritian Studies, No. 2, Vol. 1, 1986.

 

 

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