Président de l’Association Socioculturelle Rastafari Julien Christine travaille pour l’intégration de la communauté rasta et le respect de cette communauté. Si les préjugés sont aujourd’hui moins oppressants que dans le passé, le respect, le rappelle-t-il, doit être mutuel. Prônant l’empowerment et la formation il milite pour un esprit d’ouverture.

“Nous voulons apporter une vibration positive pour effacer la négativité qui s’est installée dans ce monde.” Telle est l’une des grandes missions de Julien Christine qui préside l’Association Socioculturelle Rastafari depuis quelque trois ans. À 43 ans, celui qui a pris la succession de José Rose à la tête de cette instance veut perpétuer les traditions instaurée tout en s’adaptant aux changements du temps. Son but étant d’aller vers une meilleure intégration des rastas tout en appelant à plus de compréhension. “Certes, il y a toujours des préjugés qui sont là. Mais aujourd’hui, c’est nettement moins que dans le passé. Désormais les gens sont informés et en communication”, explique le chanteur et musicien connu pour ses lives aussi bien que comme coach vocal et musical.

La formation spirituelle, l’empowerment des membres de la communauté qui optent pour un métier sont parmi les autres objectifs fixés. “Il y a de plus en de plus frères qui se tournent vers l’agriculture et l’élevage et qui le font dans le respect de la nature et de l’écologie.” Ce retour vers la terre reste en phase avec l’esprit de l’association qui veut resserrer les liens avec Mère Nature afin de répondre aux exigences du temps présent, explique Julien Christine.

La semaine dernière, une rencontre spirituelle avait été programmée pour marquer l’anniversaire de Hailé Selassié. Le président de l’association explique que la formation et le respect de la spiritualité sont au centre des activités du regroupement. Toutefois des changements ont été apportés au calendrier à cause du confinement, mais les liens entre les membres n’ont pas pour autant été affectés. Dans son approche, Julien Christine souhaite faire l’impasse sur les dissensions qui ont freiné le plein épanouissement de l’association. Comme ses prédécesseurs, le président prône le respect mutuel et la tolérance.

Au sein de la communauté rastas de Maurice il y a ceux qui se tournent vers Hailé Selassié, d’autres vers Jésus ou encore vers Shiva. “Mais peu importe, pour moi c’est une même croyance même si les noms sont différents”, dit-il. “Moi, par exemple, quand vient le Maha Shivratree je vais au Grand Bassin et je parle à tout le monde indistinctement. À Maurice nous devons comprendre que la religion est du domaine privé. Nous devons avant tout nous reconnaître comme Mauriciens pour avancer dans la même direction. C’est ainsi que nous évoluerons.”

Julien Christine avait ressenti l’appel du rastafarisme quand il était encore adolescent. Si son père, ségatier, laisser s’épanouir la musique de Ti-Frer dans son environnement, lui ressentait les appels lancés par les chansons et les vibrations de Marley, Kaya Ras Natty Baby. “J’avais compris très tôt que ce serait ça ma voie.”

Initialement, quand le rap de Benny B s’imposait à la génération des années 90 Julien Christine avait suivi le mouvement comme danseur. Un jour, il se sentit happé par la guitare que jouait quelqu’un : “J’ai dit à mon ami Jean-Claude, qui était avec moi à ce moment, que j’apprendrai de cet instrument et que ce serait ça mon avenir”, explique-t-il. Son apprentissage se fit à travers l’observation et les échanges entre amis. C’est ainsi qu’il se construisit un bagage musical qui l’aida à contribuer à la formation de Believers quelque temps plus tard. Ce groupe porta le seggae sur quelques scènes et même dans les festivals avant que chacun ne reprenne sa route. Julien Christine avait choisi de continuer sur sa voie.

Marchand de dholl puri pendant quelques années, il s’adonne désormais à plusieurs métiers tout en étant l’un des représentants de Zanana. “C’est un label créé pour soutenir des chansons à textes”, explique-t-il. Des chanteurs de différentes générations ont été approchés à cet effet. Présent en live au Kenzi Bar pendant un bout de temps, le chanteur et guitariste y a maintenu l’esprit acoustique vivant jusqu’aux moments où les restrictions sont intervenues.

Entretemps, son album était déjà prêt, mais les projets ont été bouleversés à cause de la Covid. Dans quelques semaines, un premier single annoncera la couleur de cet artiste qui se veut l’un des porte-flambeaux du renouveau. Il viendra très prochainement dans actualité musicale du pays pour faire entre sa voix, sa musique et sa vision.

La construction d’un tabernacle est l’un des grands chantiers sur lequel se penche toujours l’Association Socioculturelle Rastafari. Même si les démarches prennent du temps, Julien Christine est persuadé que les choses avanceront. Tout comme ce sera aussi le cas sur la position des autorités relativement au gandia. “L’herbe fait partie de nos rituels. C’est quelque chose de sacré. C pa pou met enn nissa. Elle nous apporte l’inspiration et la connexion”, ajoute-t-il.