Il y a de grandes attentes autour du budget qui sera bientôt présenté. Plusieurs espèrent qu’il encouragera la relance tout en plaçant l’humain au centre.

Cyndel Sookree, agent d’escale

“Ne pas élever le coût de la vie”

On doit augmenter les investissements dans les domaines de la santé, l’éducation et remodeler le fonctionnement des entreprises. Ce sera un enjeu assez élevé pour redonner du souffle aux acteurs privés et publics. Il faut reconstruire nos capacités de production en ce temps de Covid-19 de manière progressive et relancer les investissements afin d’aider à redémarrer l’économie dans les périodes à venir. Il faut voir le niveau du coût de la vie aussi et il ne faut pas tenter de l’élever. Il faudrait trouver le juste milieu pour permettre aux gens de s’en sortir en tant que consommateurs.

 

Sandrine Chung, éducatrice

“Promouvoir le secteur agricole et fermier”

Il faudra renforcer notre économie et mettre l’accent sur les compagnies afin de les redynamiser. Par exemple, valoriser les industries locales comme les PMEs et leur donner des ‘incentives’ tels que la subvention de leur financement afin d’augmenter leurs productions et ainsi créer de l’emploi au niveau local. Il faudra aussi penser à protéger ceux qui sont déjà employés, en offrant des subsides à certaines industries et en aidant les nécessiteux pendant cette crise à travers le Covid-19 Solidarity Fund.
Il y aussi besoin de promouvoir le secteur agricole et fermier en donnant des facilités telles que des formations et le financement aux agriculteurs et fermiers afin qu’ils puissent commencer leurs petites entreprises. Ainsi, nous ne dépendrons pas trop de l’importation. Produisons et achetons local. Puis il est important qu’il y ait un budget adéquat pour les mesures médicales contre toute pandémie afin que nous soyons mieux préparés.
Ensuite, réduire la taxe sur les besoins essentiels et augmenter celle sur les articles de luxe. Pour terminer, afin d’avoir des investisseurs étrangers, il faudra revoir des taxes à la baisse.

Ragini Runghen, responsable de Lakaz A

“Un budget penché vers les plus vulnérables”

Ce budget devrait prendre en considération toute la population et veiller à ce qu’il n’y ait pas de laissés-pour-compte. Vu le contexte actuel, ce sera un exercice très difficile. Nous sommes conscients qu’il faut que tout le monde se serre les coudes. Ce budget 2020/2021 devrait ainsi se pencher vers les plus vulnérables et démunis. Ces derniers font déjà beaucoup d’efforts, difficile de faire plus de sacrifices. Que nous le voulions ou pas, nous allons vers une crise sociale sans précédent, avec le nombre de personnes qui ne travaillent pas, ou qui ont perdu leurs emplois. Au lieu de pousser les gens vers des méfaits comme le vol et autres trafics illégaux, il faut leur donner des moyens pour sortir de là. La perte du pouvoir d’achat est aussi une question qui interpelle. Aujourd’hui, en faisant les courses, nous dépensons deux fois plus. Je pense à ceux qui sont tout au bas de l’échelle sociale. Il faut que des mesures soient prises pour remédier à cette situation pour le bien de tous. Nombre d’actions prises par les autorités pendant la crise du Covid-19 nous prouvent leur bonne volonté. Par exemple la pension de vieillesse à domicile, les vaccins, etc. Hors Covid-19, il faut continuer sur cette bonne lancée et toujours aller vers les plus vulnérables.

Jean-Marie Marrier, coach en entreprise

“Investir et miser sur les valeurs humaines”

Deux choses me semblent primordiaux. L’investissement dans l’éducation de nos enfants et l’environnement. Dans le projet éducatif, il serait bien d’investir et de miser sur les valeurs humaines, le savoir-vivre ensemble, le respect envers les autres. Les phénomènes de violence ont toujours existé même si ce n’était pas aussi visible. Justement, l’école pourrait servir ; c’est d’ailleurs son rôle, pour faire de nous un animal social. L’incivisme est aussi un point que je tiens à mettre de l’avant. Si aujourd’hui, ce sont les masques et gants qui sont jetés partout, les autres jours de l’année, ce sont des bouteilles en plastique et autres déchets qui polluent notre environnement. Il faudrait ainsi définitivement investir dans l’éducation civique pour faire de nos enfants de bons citoyens de demain. Ca aurait un impact sur le futur.

Eddy Parmessur, travailleur social

“Veiller que l’écart entre riches et pauvres ne s’accroit pas”

La perte de pouvoir d’achat se fait déjà ressentir, nous attendons que ce budget apporte un nouveau souffle à notre économie. Il faut que la locomotive redémarre pour que ceux qui sont au fond ne souffrent pas. Les secteurs de l’hôtellerie et notre tourisme sont en panne, il faut mettre tous les moyens à disposition pour sauver ces secteurs. Il faudrait aussi que des mesures fortes soient prises pour booster l’agriculture à Maurice, pour que tous puissent mettre la main à la terre. Il faut se réinventer. Le ministre des Finances devra aussi jongler avec les chiffres, et veiller que l’écart entre riches et pauvres ne s’accroit pas davantage. Il faut une justice sociale pour que les riches ne continuent pas de s’enrichir sur le dos des plus pauvres. Par exemple, il ne faudrait pas augmenter la TVA. Il faut que ce soit un budget qui redémarre l’économie qui s’essouffle.

Zanzak Arjoon

« Music is money »

L’Association des auteurs-compositeurs morisien souhaite que l’état “déformate” l’esprit économique et financier des décideurs et change leurs perspectives. Que vous le croyez ou pas, l’industrie créative est une industrie porteuse de l’économie et d’argent. L’État doit remettre en question son modèle économique en abordant une autre approche. Actuellement notre modèle économique est plus basé sur l’importation. Nous ne sommes pas contre, mais il est temps que le gouvernement essaie de voir ce que nous avons comme PIB (produits intérieurs bruts) à part les PMEs. En fait, notre PIB c’est avant tout son peuple. La question est aussi de savoir qui parmi ce peuple génère de l’argent. Et nous sommes convaincus que ce sont la communauté des artistes pluridisciplinaires est potentiellement PIB. Aujourd’hui, music is money. Pa vinn badine ar sa. Sinon il n’y aurait pas eu de gros labels comme Epic, Sony, ou encore des plateformes tels que Facebook, Youtube ou Deezer. Mais certains États n’arrivent pas toujours pas à comprendre ou accepter que la musique c’est l’argent. Les artistes sont en mesure de rapporter de l’argent au gouvernement. Nous voulons inverser les choses. Surtout après cette période de Covid-19, où l’État pourrait avoir un surplus d’aide de nous afin de soigner et soutenir les secteurs qui souffrent. Aujourd’hui la numérisation de la musique rapporte de l’argent. Mais l’État ignore un secteur qui génère cet argent In Clouds. On demande à l’État de faire ce qui est nécessaire pour que le droit d’auteurs qui sont des In Clouds money se transforme en concrete money. Si un artiste a suffisamment d’argent, il devient un gros consommateur dans son pays et il peut le taxer. Donc, le fait de réinvestir de l’argent nous permettra de doper l’économie circulaire.

Vishal Tulsidas

« Un partage équitable du gâteau”

J’espère que les mesures budgétaires seront vraiment mises en œuvre et ne s’arrêteront pas qu’à de belles paroles. Concrètement, ce prochain budget doit absolument s’assurer d’un partage équitable du gâteau entre plusieurs secteurs. Et des mesures pour favoriser certaines industries ou conglomérats comme c’est souvent le cas. J’attire aussi l’attention sur cette perception récente que le gouvernement semble avoir « la main-mise » sur les fonds de la banque de Maurice. Il est urgent de jouer carte sur table. Ce problème ne doit pas être pris à la légère.

Il serait davantage très regrettable si le ministre des Finances décide d’imposer un Inheritance Tax ou encore un Capital Gains Tax. En tant qu’une petite île c’est très risquant d’envisager des telles mesures fiscales. Aujourd’hui plus que jamais, il a urgence que Maurice puisse avoir un plan pour promouvoir le secteur agricole. Je n’ai jamais compris les raisons d’importer la majorité de nos fruits et légumes. Cela m’attriste de voir comment nous nous sommes éloignés de la culture du sol. J’attends que le gouvernement se décide enfin à numériser le secteur de la santé afin que tous les centres de soient connectés. Nous sommes une population d’environ 1,25 m et ce projet devrait être réalisable en trois mois. De plus, afin de protéger les emplois locaux à travers un label Made In Moris, il serait bien d’imposer plus de taxes sur des aliments et autres produits de luxe importés. En dernier lieu, il est évident que Maurice n’a jamais eu une vraie politique concernant nos aînés. Certes une pension et des soins de santé gratuits sont en mesure d’aider. Mais avec un pourcentage élevé des plus de 60 ans, notre politique nationale devrait aussi considérer d’autres concepts comme une université pour les seniors ainsi que plus d’infrastructures en terme de gym en plein air pour maintenir leur équilibre mentale et physique.

Saoud Deelawar

« Des mesures pour soutenir les PMEs et self-employed”

J’attends de ce budget 2020 un vrai plan stratégique sur la relance de l’économie avec des mesures concrètes pour des qui sont en grande difficulté. De plus, je me demande si l’Etat va enfin considérer sérieusement d’autres secteurs pour diversifier notre économie à travers l’économie bleu, l’économie vert, ou encore le secteur de la pêche. Avec la conjoncture actuelle, ce budget doit implémenter des vraies mesures pour soutenir les PMEs et les self-employed qui sont à la ramasse. Sans oublier la gestion des fonds publiques d’une façon plus efficace. Je veux aussi voir si avec ce budget 2020, l’exemple viendra d’en haut.

 

Jane Ragoo, CTSP
“Accorder des facilités pour s’adonner à l’agriculture”

On s’attend à une loi pour encadrer le Work From Home. Il faut aussi accorder plus d’importance à cultiver, produire et conserver pour devenir auto-suffisant. Chaque foyer doit bénéficier de facilités pour s’adonner à l’agriculture. Pour ceux qui ne possèdent pas d’espace, il faut se tourner vers le ‘Roof Gardening’ et l’Etat devrait aussi réquisitionner des terrains à l’abandon et les transformer en jardin communautaire. Des formations sur la transformation et la conservation des aliments produits en grande quantité doivent être offertes aux Mauriciens. Nous avons perdu notre pouvoir d’achat et il faut valoriser l’agriculture. Les demandes de la CTSP soumises au gouvernement vont d’ailleurs dans ce sens. Nous nous attendons à ce que ce budget 2020/2021 ne laisse personne de côté. Il est primordial que tous se retrouvent à travers ce budget dit “solidaire” où l’on pourra continuer à vivre décemment, et non tomber dans l’extrême pauvreté qui engendrera le chaos social.

Pamela Bapoo-Dundoo,

“Rendre l’agriculture plus sexy pour attirer les jeunes”

Il est nécessaire de venir en aide à tous ceux qui se lanceront dans l’agriculture mais aussi soutenir ceux qui y sont déjà afin d’avoir une sécurité alimentaire. Il faudra soutenir les agriculteurs, mettre à leur disposition des facilités, une assistance et une aide technique. Mais il faudra repenser l’agriculture. Pas faire comme d’habitude, pas surutiliser des produits chimiques. Il est primordial qu’elle se fasse de façon soutenable et durable en terme environnementale. Il faudra aussi, pour encourager plus de jeunes, que ce soit fait d’une façon nouvelle. Utiliser les dernières technologies. Il y a déjà l’agriculture digitale, l’agriculture verticale. Il faudra attirer plus de jeunes mais de façon incitative, rendre l’agriculture plus sexy. Trouver une façon à intéresser les jeunes pour qu’ils puisent venir dire qu’ils sont fiers d’être planteurs.

Alain Muneean,

“ Créer des opportunités pour un travail durable”

IL faut qu’il y ait un renforcement du welfare state. Il faudra renforcer le secteur de la santé, surtout du côté préventif. Ensuite, s’il y a quelque chose qui est ressorti pendant le confinement, c’est l’étendu de la misère à Maurice. Il est clair qu’elle est beaucoup plus importante que ce que les gens pensaient. Il doit y avoir un peu plus de volontarisme de la part des autorités pour aborder la misère. Le fait qu’il y ait eu autant d’applications pour le salaire minimum et le Self-Employed Assistant Scheme démontre que nous avons un problème d’emplois précaires. Il faut créer des opportunités pour que les gens aient un travail d’une manière durable. Par ailleurs, il y a des choses à faire par rapport aux programmes d’autosuffisance alimentaire. Il faut créer des industries où on plante à manger, où on transforme la nourriture et, en même temps, créer des emplois durables.

Patrick Belcourt

“L’économie mauricienne est non seulement sous perfusion mais sous respiration artificielle”

Le m des Finances devra être clair dès le départ sur une question qu’il a évité jusqu’ici : sommes-nous en situation de récession économique ou faisons-nous face à une dépression ? La récession est une crise conjoncturelle et l’économie s’améliore avec l’évolution de la situation. La dépression, par contre, est une crise économique structurelle qui impacte la société sur plusieurs années voire des décennies. Vous conviendrez que l’on ne peut aborder les deux situations de la même manière.

Dans un cas comme dans l’autre, il ne s’agit pas seulement de juguler la crise et se dire que nous allons remettre notre économie dans la situation où nous étions avant la pandémie du Covid-19. Il faut se rappeler que notre niveau d’endettement était déjà trop élevé et, par conséquent, les mesures nécessaires pour faire face à la crise sanitaire (la fermeture de nos frontières ainsi que le confinement) ont rendu notre économie pratiquement exsangue. Le recours aux réserves de la Banque de Maurice nous indique bien cette fois que l’économie mauricienne est non seulement sous perfusion mais sous respiration artificielle.

Aujourd’hui, et encore plus qu’avant, je vais insister sur ce concept de « Développement Intégré ». On peut comprendre pourquoi quand on considère que le Gouverneur de la Banque de Maurice ose la comparaison avec 1968. En même temps qu’il serait malvenu de le contredire, il importe que l’on puisse s’interroger sur le modèle de développement qui fait que l’on régresse de cinq décennies alors que nous étions jusqu’à tout récemment une référence au plan africain.

Quand on ose s’interroger avec réalisme et sans partisanerie, il nous faut admettre qu’il y a des orientations prises par les différents gouvernements qui nous ont graduellement mené au bord du gouffre et il a suffi d’une crise sanitaire pour que l’on se retrouve au fond. Il faut donc, avec le même réalisme, s’éloigner de ces orientations qui laissent trop de nos concitoyens en situation de vulnérabilité. Pour cela, il faut une transformation de notre système politique et, à vrai dire, je ne vois pas nos formations politiques traditionnelles s’engager dans ces voies. Et, je ne vois pas le présent ministre des Finances aller dans le sens d’un développement intégré.