C’est parce qu’elle a mené avec succès — avec le soutien des gouvernements respectifs — ses programmes de stérilisation dans des pays tels que l’Inde, le Bhoutan et bien d’autres que la Humane Society International (HSI) a proposé son aide à l’État mauricien en 2016. Aide qui a permis la stérilisation de 4738 chiens en l’espace de 13 mois dans la région de l’Est après une signature d’accord en 2018.

Cette campagne allait se poursuivre dans d’autres régions de l’île si l’État mauricien avait renouvelé le Memorandum of Understanding (MoU) avec l’organisme international. Mais cela ne s’est pas fait. Carla Prayag-Stäheli, Africa Program Manager, Companion Animals & Engagement à la HSI, déplore l’absence de communication du ministre de l’Agro-industrie, Maneesh Gobin. Dans l’interview qu’elle nous a accordée, elle affirme que plusieurs demandes ont été adressées en vue d’une rencontre avec le ministre. Mais au lieu de cela, l’équipe a reçu une demande d’évacuation du bâtiment qu’elle occupait. La jeune femme réagit aussi aux conditions relatives à la nouvelle politique de « sterilise and release »…

Connaissez-vous les raisons du non-renouvellement du MoU ? Avez-vous eu des rencontres avec le ministre de l’Agro-industrie ?
Depuis son arrivée en novembre dernier, le ministre n’a pas eu de rencontre avec la HSI. Nous avons fait des demandes par courriel, téléphone et lettre officielle. Notre CEO, qui se trouve aux États-Unis, a aussi adressé une lettre au ministre. De même que nos partenaires britanniques représentant une coalition de 26 groupes internationaux. Il n’est même pas venu sur place pour constater le travail effectué sur la côte est. Je ne suis donc pas certaine qu’il soit familier first hand avec les détails de notre projet ni avec les nombreux rapports incluant les études effectuées, lesquels nous avons envoyés à son ministère. Nous sommes à Maurice pour aider à mettre un système efficace en place et pas pour remplacer qui que ce soit. Nous avons le soutien d’autres parties prenantes et nous voulons pouvoir continuer le travail en collaboration avec d’autres.

La HSI avait proposé une campagne nationale avec cinq hubs à travers l’île suite à la campagne de mass sterilisation à Flacq. La sensibilisation à grande échelle faisait également partie de vos missions. Que comptez-vous faire maintenant que vous ne bénéficiiez plus du soutien de l’État ?
Nous avons reçu une demande d’évacuation des locaux qui abritait notre clinique pour un projet de la Food and Agricultural Research & Extension Institution (FAREI). Celui-ci avait été rénové pour la création d’une nouvelle clinique et d’un kennel. Nous avons beaucoup de demandes pour rester à Maurice (ONG, secteur privé, hôtellerie, etc.). Si un plan d’action est mis en place et qu’ils ont besoin de notre aide, nous devons certainement considérer.

Est-ce aussi compliqué dans d’autres pays ?
Nous œuvrons avec plusieurs gouvernements et ONG à travers le monde. Dans les différents continents, Asie, Afrique et Amérique (du sud). Le gouvernement indien investit largement dans la stérilisation en masse. Ils ont compris l’importance de cette méthode pour la bonne gestion de la population canine et la diminution de la rage. Le Bhoutan en est un autre exemple. Nous y avons mené avec succès une campagne de stérilisation en masse, grâce au soutien de son gouvernement.

Que pensez-vous des conditions relatives à la politique de « sterilise and release » annoncée par le ministre Maneesh Gobin ?
C’est déjà très positif que le ministre réalise enfin que l’approche “Catch, Neuter, Release” est importante dans la lutte contre la prolifération des chiens errants. Mais il s’agit aussi d’un problème social et il faudrait donc envisager à engager la communauté, soit les propriétaires, à mettre en place des solutions à long terme. S’agissant des conditions, je ne crois pas que faire appel aux vétérinaires en tant que volontaires soit viable et pratique. Je doute que les vétérinaires donnent de leur temps sans être rémunérés en retour — les vétérinaires du gouvernement ne seraient pas d’accord — pourquoi les autres le seraient ? Pour moi, une discussion avec les différentes parties prenantes aurait dû avoir lieu avant de faire cette annonce.

Le ministre a, dans l’interview publiée la semaine dernière dans Week-End, affirmé que les ONG ne manquaient pas de ressources, bien qu’elles ne bénéficieraient pas de subventions de l’État. Êtes-vous du même avis ?
Les ONG locales n’ont pas les ressources nécessaires pour intervenir et pratiquer la stérilisation gratuitement, sans aucun soutien. Nous ne savons pas si le gouvernement mauricien a déjà fait une étude récemment sur la population canine à Maurice. La HSI (étude 2013) estime qu’il y a environ 246 000 chiens à Maurice. Parmi, 22% (soit 54 000) d’entre eux errent, mais ont un propriétaire. Les chiffres ne changent pas en général dû au dog dynamics. Mais il s’agit quand même d’un nombre important que l’État demande à stériliser, et cela sans aucun financement. Pour moi, l’argent utilisé pour capturer et tuer devrait être reversé pour des programmes de stérilisation. Mais encore faut-il un plan stratégique et pas seulement des stérilisations sporadiques.