Alexandre Mayer est devenu, hier, à Sorèze, champion de Maurice de cyclisme au terme de 130 km de course sous un climat changeant. Il a devancé, au terme d’une formidable démonstration de patience et de courage, Yannick Lincoln, pour qui le championnat de Maurice sur route restera sans doute à jamais la course maudite.

Parti très tard dans un peloton qui se réduisait comme peau de chagrin au gré des kilomètres, Alexandre Mayer attendra l’avant-dernier tour pour planter son ancien coéquipier et néanmoins camarade d’échappée. Quand on sait que le vainqueur du jour était pour une course un peu moins longue… « Ce qui est un peu normal avec le confinement. Parce que pour être dur, la course l’était. »

Forcément, avec 13 boucles à effectuer, l’épreuve devenait quelque part rébarbative. Mais voilà, les animateurs de la journée se sont offert un bon de sortie dès l’entame du quatrième tour. Un petit peloton, composé de Christopher Lagane, soutenu par ses fidèles du FFSC-KFC Adriano Azor, Jeanlito André et Dylan Redy, champion sortant, aux côtés de Yannick Lincoln et d’Alexandre Mayer, qui courait sous les couleurs de la Fybolia-Locminé, semblait avoir pris une option sur la course.

On savait que les quelque 132,6 km pèseraient dans les jambes. De là à voir, à mi-course, Christopher Lagane, comme tant d’autres, mettre pied à terre… Explications. « Je ne sais pas. À l’entraînement, pendant la semaine, je ne me sentais pas bien. Et aujourd’hui (ndlr : hier), c’était pareil », dit le principal intéressé.

Revenons donc à la course. Avec un concurrent en moins, le reste du groupe continuait sa route, tantôt entre les gouttes de pluie, tantôt sous un soleil si ardent qu’il séchait immédiatement les tenues. Et au fur et à mesure que les uns et les autres se faisaient distancer, Dylan Redy, bien décidé à défendre son bien, Yannick Lincoln, décidé à enlever ce maillot, et Alexandre Mayer, l’outsider en forme du moment, envoyaient un message clair. Ce sera l’un d’entre eux.

Mais Redy finira lui aussi par lâcher, surpris par le rythme imposé par ses deux compagnons du jour. Avec seulement deux concurrents devant, les pronostics pouvaient commencer. D’aucuns donnaient Lincoln gagnant à deux contre un, du fait de son expérience et sa science de la course. D’autres, plus timides, penchaient pour Alexandre Mayer, plus véloce dans les sprints.

Et puis, cet immense coup de tonnerre à trois tours de l’arrivée. Alexandre Mayer se détache. Petit à petit, il prend dix, puis quinze secondes, qui passent ensuite à une minute d’avance sur Lincoln. « J’ai tenté le coup de bluff. Je n’aurais pas dû », dit Lincoln. « J’ai vu qu’il en avait beaucoup sous la pédale. Et moi, j’ai eu un peu de crampes. J’ai essayé de le garder en ligne de mire. Mais il était vraiment trop fort. »

Alexandre Mayer effectuera le dernier tour en solitaire, la tête dans le guidon, avec un Lincoln qui, en bon compétiteur, partait en chasse-patates. Mais Mayer démontrait que sa progression était l’une des plus impressionnantes du peloton. « C‘est un champion indiscutable », soutient Lincoln, beau joueur. Alexandre Mayer, lui, passera tranquillement la ligne d’arrivée, au terme de 3h38’28. Une semaine plus tôt, il avait annoncé la couleur à la Snowy Maiden Race. « J’ai fait une échappée en solitaire, mais je me suis fait reprendre. J’ai rallongé un peu après, en rentrant chez moi à vélo », raconte-t-il.

Sa victoire est d’autant plus significative qu’elle vient confirmer le talent de ce coureur, déjà vainqueur d’étape sur le Tour de La Réunion et maillot jaune d’un jour sur le Tour de Maurice. Quant au championnat, c’est « toujours un objectif d’être champion de son pays. » Et quelle sera la suite ? « On attendra de voir si le Tour de Maurice est confirmé. Si c’est oui, j’en ferais un objectif de fin de saison », ajoute-t-il. Sinon, l’année prochaine, ce sera le retour sur les bancs. « Avec le maillot de champion en plus… » L’évidence même.