Inspirée depuis toujours par des grands défenseurs, allant de Martin Luther King à Gandhi, des droits humains et des assoiffés de justice et contestataires d’inégalité sociale comme Anjalay Coopen et Rosa Parks, Delphine Ahnee se lance dans le combat contre l’exclusion sociale. Porte-parole du collectif Drwa a enn Lakaz : Platform Sitoyen, elle est une voix avec qui il faudra compter quand il s’agira d’aborder l’épineuse question de logement social.

Avant de fouler le terrain, cette cadre d’une compagnie privée qui a étudié le droit a suivi une formation sur le problème de la pauvreté. Nouveau membre d’Affirmative Action, elle s’attelle à défendre l’accès à un logement décent pour tous et refuse avec hargne que des familles sans toit continuent à être victimes d’un système avec des failles et un manque de volonté politique à résoudre la problème du relogement.

Il y a deux semaines, le collectif Drwa a enn lakaz : Platform Sitoyen a envoyé au Premier ministre, Pravind Jugnauth, des propositions pour régler le problème d’accessibilité au logement qu’ont des familles en précarité, dont les squatters. Il y a-t-il eu un retour ?
Nous avons reçu une confirmation de bonne réception de nos propositions. C’est un bon début. Nous avons aussi obtenu que toutes les personnes de Pointe-aux-Sables, Riambel et Malherbes soient dument enregistrées à la NHDC. Je tiens à dire que nombre d’entre elles ti deza dan lake, pa pe sot lake qu’on on veut faire croire. Certaines on fait le va-et-vient des dizaines de fois pendant des années et on leur dit : ‘Atann ou tour, met kas lor kont PEL Nous restons convaincus que le PM en tant que président de la task force appréciera la value-added et le signal positif que de permettre à cette plate-forme citoyenne qui donne la parole aux premiers concernés, en contact avec la réalité, d’y être représentée.

En proposant une stratégie au gouvernement, vous lui mettez devant les failles de sa politique de relogement !

Le ministre du Logement a reconnu que ce gouvernement et les précédents ont “fel” concernant la politique de logement et de relogement. Vu l’incapacité systémique de ceux au plus bas de l’échelle et même ceux aux revenus moyens à accéder à une maison décente, à aspirer à un bout de terrain. Nou pa naif, nou kone pa kapav gagn repons pou tou vit-vit. Me kan pena bon repons, bizin konn poz bon kestion Kifer nou finn ariv la ? Kifer sa bann dimoun-la finn ariv la ? Kan sistem pa bon bizin sanz sistem non ?
Vous dites souhaiter siéger sur la task force sur le logement que préside le Premier ministre. Concrètement, que pourra être votre contribution sur cette task force ?
Apporter des solutions concrètes et réalisables. Déjà, il faut un registre identifiant les Mauriciens vivant à travers l’île dans des logements précaires. Il y a 10 ans, Caritas avait relevé ce chiffre à 10 000

Pourquoi, selon vous, le pays peine-t-il à résoudre la problème du logement pour les foyers les plus vulnérables de la population ?
Dès qu’on s’informe sur les mécanismes en place, un problème saute aux yeux : l’État ne prévoit pas de logements sociaux dans le vrai sens du terme. La NHDC impose des dépôts de Rs 60 000 à Rs 250 000. La semaine dernière des personnes vivant sous les tentes ont eu ces demandes ! C’est aberrant pour des personnes qui travay gramatin pou manze tanto. Autant dire que c’est de la poudre aux yeux. La National Empowerment Foundation, elle a pour mandat d’aider uniquement ceux qui possèdent déjà un terrain.

Et on nous parle de volonté politique pour permettre aux plus pauvres d’avoir une maison ? Parmi nos propositions : sur les 12 000 maisons annoncées, seules 1 800 sont identifiées pour les low income. Il est impératif d’élever ce chiffre. Nous avons même des prestataires locaux qui peuvent construire des maisons aux normes en un mois, des ONG l’ont fait. Le principe de location-vente sur le modèle de l’ex-CHA – mais sans amiante – est à considérer. Pas besoin de réinventer la roue. Des mesures détaillée basées sur le projet de Participatory Slum Upgrading Programme (PSUP) de UN Habitat and Ministry of Housing, en date de 2015, prévoit le cadre pour des logements sociaux dans un processus inclusif et durable, créateur d’emplois, avec un accompagnement social. Nous avons aussi identifié les besoins de maisons relais pour les hardship cases. Les 20, 000 acres of land que le dernier budget a identifié pour l’agriculture devraient aussi servir. Sans compter l’essentielle contribution du secteur privé, notamment les terres anciennement sous culture cannière, déclassifiées, transformées en IRS, RES, etc. Il est temps que tout un chacun fasse sa part pour démocratiser l’accès à la terre.

Dans le concret, qu’adviendra-t-il des squatters de Malherbes, Pointe-aux-Sables et Riambel qui, en résistant à l’expulsion de juin dernier, ont presque eu le dernier mot face au ministère du Logement ?

Il y va de la responsabilité de l’État. Cette situation illégale, soit, a été provoquée par une faillite de notre système de logement. Elle a empiré par une décision incompréhensible en utilisant des bulldozers au lieu d’ouvrir une ligne de communication. Contrairement à ce qui se dit, beaucoup de ces personnes pa finn rant kot zot. Les ONG les ont aidées à aller dans des foyers comme Passerelle, celui de Gender Links, les maisons relais de Caritas, Foyer Fiat et des Mauriciens généreux louent leur maison à des sommes modiques. D’autres partn ceux qui finn rant kot zot, tia bon bannla al gete ar zot lizie kote sa, eski li enn landrwa desan, komie dimounn pe viv la Pa kone, kitfwa bizin enn dram arive pou ki minis Lozman, Minis Gender ek zanfan, Sekirite Sosial ek PM aksepte o mwin koz ar sa bann Morisien-la ?

Vous avez, au nom de vos engagements sociaux, participé aux dernières manifestations des citoyens réclamant une meilleure justice sociale. À Maurice, le rapport de force entre la rue et le gouvernement est inégal, depuis longtemps. Mais les 11 et 19 derniers, les Mauriciens ont été moins amorphes et ont donné de la voix. Est-ce là, selon vous, un signe que le gouvernement devrait commencer à se méfier du peuple admirable ?

Effectivement, les Mauriciens sont descendus dans la rue, ne se contentant pas d’être en colère uniquement sur les réseaux sociaux ! La Covid-19 et le confinement ont remis les pendules à l’heure. Le sens de la solidarité a repris toute sa valeur. À l’international, les mouvements de solidarité pour George Floyd ont touché notre île, faisant écho aux discriminations qui sévissent chez nous également. Les Mauriciens disent haut et fort qu’ils souhaitent plus de transparence, de justice sociale, de méritocratie, principes qui correspondent certainement à ceux de notre gouvernement. Justice must be seen to be done !

Comment une famille qui “travay gramatin pou manze tanto”peut-elle payer un loyer?
C’est un gros problème. Il nous manque un maillon essentiel entre la NEF et la NHDC: de “vrais” logements sociaux. Tous ceux concernés sont pour une vraie contribution, mais proportionnelle à leurs revenus. Inspirons-nous des lois DALO (Droit au logement opposable) en France qui permet aux personnes n’ayant pas de revenus fixes, des hardship cases, d’être reconnues prioritaires pour un logement social décent. Certains Mauriciens généreux acceptent d’aider en cemoment avec des loyers modiques de Rs 500, Rs 1000 Au ministère du Logement de faire bouger les choses en ce sens avec le mode location modique-vente sur le modèle de l’ex-CHA!