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L’économie du pays est actuellement au plus mal. Les confinements successifs et la fermeture des frontières ont mis l’économie à genou. Résultat : inflation, chômage, endettement et hausse des prix. Notre grande dépendance sur l’exportation joue aussi contre nous alors que le flou persiste quand à la relance économique qui est tributaire de la crise sanitaire. Les économistes Manisha Dookhony et Pramode Jaddoo dressent un constat.

Le progrès de notre économie enregistré en 2018 et 2019 a fait place à un recul. Le tourisme est à genou, les secteur financier est perturbé, l’économie est en baisse. “La situation n’est pas bon du tout, on est ne pleine pandémie, on n’a pas surmonté la deuxième vague à 100 %. Il y a toujours cette cette crise sanitaire comme menace sur nous et, en même temps, on a à relancer notre économie. Il y aura des mesures contradictoires qu’il faudra prendre. C’est une situation identique pour tous les pays du monde, qu’ils soient riches ou pauvres”, souligne Pramode Jaddoo, économiste. Ce dernier prédit que notre économie ne se portera pas mieux avant 2025 “si la pandémie est contrôlée.” Pour sa part l’économiste Manisha Dookhony indique que la morosité générale qui prévaut actuellement empêche le développement économique de se poursuive comme il se devait. “Les gens ne sont pas dans cette optique d’investissement dans le long terme.”

Les exportations dégringolent.

Tous les secteurs sont concernés, en particulier l’emploi qui était déjà un problème majeur. Selon Pramode Jaddoo, la crise sanitaire est venue aggraver un problème qui rongeait déjà le secteur de l’emploi. Outre l’augmentation du nombre de chômeurs qui a atteint  la barre de 52 000 personnes, contre 40 500 l’an dernier selon Statistics Mauritius, le problème de surqualification n’a fait que s’accentuer selon lui. “Nous avions déjà des jeunes surqualifiés pour le marché du travail. Raison pour laquelle nous avions dû avoir recours à la main d’oeuvre étrangère dans certains secteurs. Cette situation ne va pas s’arranger de sitôt puisque les entreprises ne fonctionnent pas à 100 %, certaines ont même dû fermer leurs portes alors que d’autres ont dû licencier.”

Déjà grandement impactées durant le premier trimestre de 2021 avec une baisse de Rs 100 millions comparés à 2020, nos exportations continuent de dégringoler. “Les demandes internationales ont diminué. La raison principale est que les pays qui achètent nos produits sont en déclin économique eux aussi”, explique Manisha Dookhony, économiste. De la même manière, le fait que Maurice se soit retrouvé sur des listes noires et grises dans le domaine financier a certainement un impact sur notre économie fait ressortir Manisha Dookhony. “C’est certainement un défi pour le secteur manufacturier, le tourisme et le secteur financier qui sont trois gros éléments de notre économie. Il y a des diminutions dans chacun de ces secteurs, particulièrement sur le tourisme”, souligne-t-elle.

Effet dominos.

Quant aux PME, elle sont également très affectées. “Les PME sont au bas de l’échelle de la chaine d’approvisionnement. Certaines PME ont subi les coupures de coûts des entreprise qui représentent une bonne partie de leur business. Ces dernières ont pu éliminer la mise en place de fleurs dans leurs réceptions respectives, par exemple”, explique Manisha Dookhony. Les PME qui fournissent ces fleurs sont donc impactées mais pas qu’elles. Par effet de dominos, les fleuristes et les planteurs de plantes à fleurs sont également affectés. “On peut voir comment un changement de modèle économique de certaines entreprises dans un secteur donné, impact les PME et les agriculteurs”, souligne-t-elle.

La toute récente réouverture des frontières, après le deuxième confinement, est le point de départ de la relance dans plusieurs secteurs. Mais, comme il fallait s’y attendre, elle est lente notamment dans le tourisme. “Un touriste va réfléchir à deux fois avant de voyager, surtout avec les restrictions et les nombreux tests qu’il doit faire.”  Elle émet également des réserves sur les prédictions au niveau touristique. “Est-ce qu’on va avoir 150 000 touristes comme l’espèrent les autorités ? Surtout qu’actuellement il n’y a pas foule. Il faut espérer que cela change en octobre mais le monitoring est décourageant. De même, l’avènement du variant Delta a rebattu les cartes. Les prédictions que l’économie allait reprendre cette année étaient faites avant l’apparition de ce variant.”

Pour les deux économistes, l’économie mauricienne se portera mieux lorsque l’économie mondiale reprendra de façon plus solide. La faute à notre forte dépendance de l’étranger à plusieurs niveaux. “Notre économie est tellement tournée vers l’extérieur que, ce qui se passe chez nous dépend de ce qui se passe ailleurs”, dit Manisha Dookhony. Commentant le budget 2021-2022 , Manisha Dookhony espère que les nouvelles mesures prises par rapport au secteur innovant attirent des investisseurs. Elle regrette cependant que pendant les dernières années, les mesures prises aient été trop pro-consomation. “Si, au lieu d’encourager les gens à consommer, le gouvernement encourageait plutôt le secteur de la production, ce serait mieux. Ça créerait de l’emploi et générerait des produits qui auraient été exportables.” De la même manière, elle souhaite la création de fonds où les gens peuvent investir dans des projets. “Ça peut concerner le e-commerce qui prend de l’ampleur ou même des projets de savings à long-terme.”

Changement de cap.

Pour Pramode Jaddoo, économie a besoin d’un changement de cap. “Il faudra revoir le fonctionnement de certains secteurs traditionnels comme par exemple le tourisme. Il faudra se demander  si c’est le même type de touriste qui viendra nous visiter. Investir dans la promotion est une bonne chose mais est ce que cela incitera un touriste à bouger ? Il va se poser 1000 questions, il va être plus précautionneux. Les hôtels devront offrir un service plus abordable financièrement, comme aux Seychelles”, préconise-t-il. Le même questionnement l’anime en ce qu’il s’agit de l’agriculture et des PME. “Il nous faudra revoir notre stratégie. On fera face à de problèmes si on dépend trop de l’importation concernant l’alimentation. Quant aux PME, il faudra les centraliser. Elles sont trop éparpillées.” Il plaide aussi pour un meilleur contrôle des prix de la part de la STC afin que les importateurs ne soient pas tenter de bloquer les produits au détriment des consommateurs.