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Économie et politique : Moody’s avec le Downgrade détourne la sauce de Lakwizinn !

— En dépit du PIB de Padayachy, la Public Sector Debt augmenté de Rs 27,5 milliards en un semestre au 30 juin dernier, soit presque Rs 5 milliards de plus par mois
— L’alerte rouge se situe au niveau de la STC, qui a eu recours à des emprunts non-garantis du GM de Rs 7 milliards au 30 juin dernier
— En une année, l’endettement des ménages auprès des banques progresse de l’ordre de Rs 16 milliards, soit de Rs 1,3 milliard par mois, en une année

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La dernière notation de Moody’s Investors Service est venue s’ajouter aux malheurs de Lakwizinn du Prime Minister’s Office, qui croyait mettre toutes voiles dehors sur le plan politique à la sortie du troisième budget du ministre des Finances, Renganaden Padayachy. Pourtant, ce downgrade de Baa2 à Baa3, avec toutefois le statut d’investment grade maintenu pour l’International Finance Centre, était anticipé dans des milieux autorisés. D’ailleurs, dans son Budget Memorandum en mai dernier, la Mauritius Bankers’ Association avait tiré la sonnette d’alarme par rapport à cette éventualité et les risques pour Maurice de se retrouver en borderline d’un junk rating. La parade, que ce soit de l’Hôtel du Gouvernement, de la Bank of Mauritius Tower, voire de la Mauritius Bankers’ Association, demeure cet investment grade pour Maurice, la seule juridiction en Afrique. Mais est-ce suffisant pour juguler cette avalanche nominale de l’endettement public ou encore des ménages.

Les dernières données rendues publiques en fin de semaine dernière, que ce soit sur le site web du ministère des Finances ou encore de la Banque de Maurice, laissent voir que la tendance est loin d’être aussi maîtrisée. Et cela, même si le ministre des Finances, Renganaden Padayachy, a sorti son nouveau mantra que « nous avons pris deux ans d’avance dans la maîtrise de la gestion de la dette publique. » Sa référence par excellence demeure le ratio de la dette publique par rapport au PIB (Produit intérieur brut).
À deux reprises à l’Assemblée nationale au cours de la semaine écoulée, le Grand Argentier n’a pas manqué de rappeler que « je suis heureux et fier de pouvoir annoncer que la dette du gouvernement s’est abaissée à 76,1% du PIB au 30 juin 2022 en comparaison à 83,4% au 30 juin 2021. Nous observons la même tendance au niveau de la dette du secteur public, passant de 92,1% au 30 juin 2021 à 86,4% au 30 juin 2022. » Il prévoit de pouvoir ramener avant la date prévue la dette publique sous la barre des 80%, le nouvel ancrage déterminé par le Fonds monétaire international.

Néanmoins, les dernières statistiques officielles disponibles à la fin de l’exercice financier au 30 juin dernier projettent un éclairage différent que la teneur du message colporté par le ministre des Finances. Ainsi, à la fin des six premiers mois de cette année, la Public Sector Debt titille la barre des Rs 450 milliards, représentant une dette par tête d’habitant de Rs 345 000 en moyenne, soit Rs 20 000 de plus qu’au 31 décembre dernier.

Ce montant de Rs 450 milliards, représentant 86,4% du PIB, se déclinent comme suit :
— Rs 311,5 milliards de Budgetary Central Government Domestic Debt, en progression de Rs 20 milliards par rapport à décembre dernier, dont Rs 139,4 milliards de Long Term Bonds, Rs 96 milliards de Five-Year GoM Bonds et de Rs 53 milliards de Treasury Notes, tout cela dans les livres de la Banque de Maurice
— Rs 84,5 milliards de dettes étrangères, en baisse d’un peu moins de Rs 5 milliards par rapport au 31 décembre dernier
— Rs 53,2 milliards de Public Enterprises Debt, soit Rs 13 milliards additionnelles comparativement aux données de décembre dernier, avec un bond de deux points de 8,3% du PIB à 10,2% en six mois à ce chapitre.

Par ailleurs, même si le ratio de la Central Government Debt par rapport au PIB passe de 79,4% en décembre à 76,1% à la fin de juin, le montant de cet endettement a augmenté de Rs 15 milliards pour s’approcher irrémédiablement de la barre des Rs 400 milliards.
Comme les derniers chiffres l’indiquent, l’appétit des corps parapublics pour des emprunts n’a cessé de croître avec la sortie de la pandémie de Covid-19. À la fin de juin, l’ardoise de ces organismes était de Rs 53,2 milliards, dont Rs 28 milliards en provenance de sources étrangères, contre Rs 40 milliards en décembre.

Pour des spécialistes de la gestion de la dette, le signal à surveiller, pour ne pas dire l’indicateur alarmant pour éviter de semer la panique, se situe au niveau de la State Trading Corporation (STC). À la fin de juin, cet organisme parapublic, alignant un chiffre d’affaires annuel de plus de Rs 40 milliards, a vu ses finances évoluer en zone rouge. « Ce n’est pas seulement l’évolution du cours mondial du pétrole qui en est la cause. D’autres facteurs plus compromettants en termes de gestion doivent être doctored in. Nous verrons si lors de la prochaine réunion du Petroleum Pricing Committee on pourra alléger le fardeau du consommateur en transmettant le prix à la pompe l’assouplissement de la pression sur le marché mondial », fait-on comprendre dans ces mêmes milieux.

STC dans le rouge
Toutefois, le fait à retenir est qu’en l’espace d’un trimestre, avec ses comptes complètement dans le rouge, la STC occupe la première place de la Public Enterprises Domestic Debt Stock. Au 30 juin, la STC a eu recours à des emprunts non-garantis pour un montant de Rs 7 milliards, soit un peu plus de 40% du total de Rs 16,7 milliards.
À la fin de décembre, la STC ne faisait pas partie encore de cette liste de canards boiteux. Et la question qui se pose est qu’avec les ambitions de la STC de se lancer dans l’importation d’huile comestible au prix de Rs 75 le litre et d’autres commodités alimentaires de base, si pour ce présent trimestre les besoins financiers creuseront davantage le trou.

D’ailleurs, les finances en détresse de la STC ont fait l’objet de commentaires dans la dernière édition du Staff Appraisal Report sur les Article IV Consultations. Le FMI note à ce sujet que « given rising fuel and food prices, the overall borrowing requirement could be higher if fuel subsidies were to increase. Fuel, rice, and flour are normally cross-subsidized off-budget by the State Trading Corporation (STC). Staff estimates that the recent increase of global oil prices would require fuel subsidies amounting to 0,6 percent of GDP under the authorities’ quarterly price setting formula. As the balance on STC’s price stabilization account is exhausted, replenishing it could require transfers from the government. »
Avec des dettes non-garanties par le gouvernement de Rs 7 milliards, la STC devance facilement la National Property Fund Limited, héritage de la Daylight Robbery du groupe BAI avec Rs 4 milliards ou encore la MauBank Holdings Ltd de la même écurie avec Rs 3,1 milliards. L’on notera que contrairement à la STC, ces facilités financières sont garanties par le gouvernement.

La Banque de Développement, présentée par le FMI comme étant en mesure d’accueillir le guichet de la Mauritius Investment Corporation Ltd, fait partie de la liste de Public Entreprises Domestic Debt pour un montant de Rs 3,8 milliards non-garantis par le gouvernement. De son côté, Airport Terminal Operations Ltd (ATOL), forcée au chômage technique en raison de la fermeture du Sir Seewoosagur Ramgoolam International Airport en marge de la pandémie de Covid-19, a doublé le montant de ses emprunts non-garantis sur le marché local, soit à hauteur de Rs 2,6 milliards. Deux autres entreprises se présentent avec un endettement de plus de Rs 1 milliard, soit la State Investment Corporation (SIC) et le Sugar Investment Trust (SIT).

Au tableau des emprunts étrangers consentis à de entités publiques, la SBM (Mauritius) Infrastructure Development Co. Ltd. devra afficher de nouvelles détériorations dans les mois à venir. Sur les Rs 28,7 milliards de dettes contractées à l’étranger, Rs 12,9 milliards émanent de l’EXIM Bank de l’Inde pour le financement de projets d’infrastructure, dont le Metro Express et les 12 000 unités de logement à travers l’île.

Avec le démarrage des premiers chantiers, notamment celui de Coromandel, l’un des plus conséquents, le déboursement de fonds en provenance de l’Inde en faveur de la SBM (Mauritius) Infrastructure Development Co. Ltd. devra connaître une accélération. Au cours de ces derniers six mois, le montant à ce titre est passé de Rs 10,5 milliards à Rs 12,9 milliards, et la barre des Rs 15 milliards en vue pour la fin de septembre.

Dettes cumulées de 168% du PIB
MauBanks Holdings se signale encore à ce tableau avec des prêts, libellés en devises, pour Rs 4,6 milliards, toujours avec la garantie du gouvernement. Le Central Electricity Board est en troisième position avec des dettes de Rs 3,5 milliards. Mauritius Telecom Ltd, assurant la mise à exécution du Safe City Network, a bénéficié des prêts étrangers pour Rs 3,4 milliards, soit sensiblement le même montant que pour Airports of Mauritius Ltd. Les deux organismes, opérant dans le port, la Mauritius Ports Authority et la Cargo Handling Corporation, sont endettés de Rs 700 millions auprès des bailleurs de fonds étrangers.

Du côté du secteur privé, les données publiées par la Banque de Maurice indiquent que l’endettement auprès des banques est sensiblement au même niveau que la dette publique, donnant un cumul pour l’économie de l’ordre de Rs 870 milliards, soit 168% du PIB. D’une année à l’autre, les bank loans to households ont augmenté de Rs 16 milliards, soit un total de Rs 135 milliards au 30 juin dernier. Les prêts-logement ont déjà traversé la barre des Rs 90 milliards, un peu plus de Rs 20 milliards que l’année dernière.

Le secteur de l’hospitality, le plus endetté auprès du secteur bancaire, croule sous des emprunts Rs 51,8 milliards, dont Rs 30 milliards en devises. Avec l’évolution des taux d’intérêt sur le marché international, un ajustement de la trésorerie pour le servicing de la dette s’impose. Par rapport à l’année dernière, l’endettement bancaire du secteur hôtelier est en baisse, passant de Rs 56,3 milliards en juin 2021 à Rs 51,8 milliards au 30 juin dernier.

Le niveau d’endettement bancaire dans les autres principaux secteurs d’activités économiques s’établit comme suit :
— commerce : Rs 25,3 milliards, dont Rs 4,3 milliards en devises étrangères, contre Rs 22,5 milliards il y a un an
— manufacture : Rs 20,2 milliards, dont Rs 6,7 milliards en devises, contre Rs 19,9 milliards au 30 juin de l’année dernière
— construction : Rs 18 milliards, dont Rs 2,8 milliards en devises, contre Rs 16,7 milliards à la fin de juin 2021
— ICT : Rs 2,7 milliards, soit Rs 200 millions de plus d’il y a une année
— la santé et les activités sociales : Rs 1,3 milliard, en baisse de Rs 300 millions comparativement au 30 juin 2021
— éducation : pas de changement d’une année à l’autre avec Rs 1 milliard de loans accordés par les banques
— arts et loisirs : statu quo avec Rs 1,3 milliard, mais la situation devra changer avec la levée des restrictions sanitaires dues au Covid-19 depuis le 1er juillet et la reprise des activités.
Toujours en ce qui concerne la gestion de la dette étrangère, publique et privée confondues, des commentaires du récent rapport du FMI méritent que l’on s’y attarde de par leur pertinence. « External debt reached 130 percent of GDP in 2021 (from 116 percent in 2020) and appears to be at an elevated level. A large part of the debt is held by domestic banks (94 percent of GDP in 2021) and therefore the sector will need to continue to carefully manage foreign liquidity, exchange rate, and rollover risks », note la mission.
Le FMI fait ressortir que la « the public external debt is low at 24 percent of GDP and remains less of a concern as it is mostly concessional, long-term, and at a fixed interest rate » et ajoute avec force que « improving competitiveness and addressing external imbalances would help to sustain the debt in the long run across all economic sectors. »

Moody’s souffle le chaud et le froid pour les Ratings
— Downgrade pour sanctionner « institutions and governance strength being weakened which reduces Mauritius’s capacity to absorb future shocks »
— Le Credit Rating de MCBGroup, SBM et Absa reflète « the resilient financial profile despite the increasingly challenging operating environment »

Dans sa dernièrte évaluation des ratings pour Maurice, Moody’s Investors Service souffle le chaud et le froid. C’est du moins l’impression qui se dégage en prenant connaissance des analyses, que ce soit sur le plan de la notation souveraine ou encore des principales banques commerciales en fin de semaine. Même avec un downgrade de Baa2 à Baa3, soit à la limite du junk rating, Maurice garde son investment grade status, l’une des rares économies en Afrique. Cette décision avait initialement suscité des doutes quant au sort qui pourrait être réservé aux banques. Mais vendredi après-midi, c’est avec un soulagement que les opérateurs économiques ont appris que les trois principales banques commerciales, à savoir le MCBGroup, la SBM et Absa, ont bénéficié d’un rating favorable de par « the resilient financial profile despite the increasingly challenging operating environment ».

La concordance de vues entre Moody’s Investors Service et le Fonds monétaire international sur les principaux paramètres de gestion économiques est plus qu’évidente. Cela, que ce soit sur la dette publique et le cas de la Banque de Maurice avec sa filiale de la Mauritius Investment Corporation. Le pronostic de Moody’s sur l’économie est que « the quality and effectiveness of institutions and policy making has weakened, which in turn hampers Mauritius’s economic resiliency and capacity to absorb future economic shocks. »
Poursuivant son analyse, Moody’s note que « while the institutional framework remains strong and policymaking has historically supported high and stable economic growth, reversing the deterioration in economic and fiscal strength as a result of the pandemic is complicated by the reliance on unconventional and one-off measures which creates some uncertainty around future fiscal performance and ultimately weighs on Moody’s assessment of institutions and governance strength. »

Cette agence de notation internationale rejoint le FMI en ce qui concerne les répercussions des transferts conséquents de fonds de la Banque de Maurice pour le financement budgétaire tout en se montrant très critique à l’égard de la Mauritius Investment Corporation Ltd. « The Bank of Mauritius’s balance sheet has weakened as a result of pandemic-related support measures, such as the creation of Mauritius Investment Corp (MIC) and the large one-off grant from the Central Bank to the government (Rs 55 billion, or 12% of 2020 nominal GDP), reducing monetary policy predictability and effectiveness », fait comprendre Moody’s.

L’analyse plaide pour une structure indépendante pour assurer une discrimination entre les décisions en termes de politique monétaire de la Mauritius Investment Corporation Ltd et la Banque centrale, avec Moody’s affirmant que « the fact that Mauritius Investment Corporation invests part of the Central Bank’s reserves will further complicate assessment of government effectiveness. »

Révision à la hausse possible si…
Passant en revue la gestion du budget avec la pandémie, Moody’s s’inscrit en faux aux mesures adoptées, notamment des transferts de fonds de State-Owned Enterprises pour le financement budgétaire. « The reliance on one-off measures also diminishes fiscal policy transparency, limiting the usefulness of the fiscal balance as an indicator of the pace of fiscal consolidation and trajectory for government debt. Therefore, even if government debt declines, fiscal strength, a key rating factor, has not necessarily improved commensurately. Transfers of excess cash from SOEs to the central government may reduce the fiscal deficit at the expense of increasing the need for transfers from the central government to SOEs in the future », ajoute le, Downgrade Communique.

En ce qui concerne la dette, Moody’s prend note des engagements pris par le gouvernement pour réduire le ratio de la dette par rapport au Produit intérieur brut (PIB). L’agence de notation soutient qu’indépendamment des mesures envisagées pour encadrer la stabilisation de la dette publique « the government will likely require some additional measures – either on the tax side or through lower spending, as yet unspecified – to offset an increase in pension spending beginning in fiscal year 2024. »

Avec la reprise de l’économie, Moody’s mise davantage sur une stabilisation de la dette qu’une réduction, et rappelle que « the reliance on one-off measures also diminishes fiscal policy transparency, limiting the usefulness of the fiscal balance as an indicator of the pace of fiscal consolidation and trajectory for government debt. » Elle affirme que « even if government debt declines, fiscal strength, a key rating factor, has not necessarily improved commensurately. Transfers of excess cash from SOEs to the central government may reduce the fiscal deficit at the expense of increasing the need for transfers from the central government to SOEs in the future. »

En conclusion, Moody’s laisse la porte ouverte à une révision à la hausse de la notation dépendant de certains paramètres. « Upward pressure on the rating would emerge over time if medium-term growth accelerated toward the government’s 5% target on a sustained basis. An improvement in fiscal strength, such as through a more pronounced reduction in the government debt burden than Moody’s currently expects without an increase in contingent liabilities from guaranteed and non-guaranteed debt of the public sector, would also strengthen Mauritius’s credit profile, particularly if it is accompanied by an improvement in debt affordability », conclut le document

Pour leur part, les Top Chefs de Lakwizinn du PMO, toujours en quête de feel-good factor, ont tenté, par voie d’une série de communiqués, émis par le ministère des Finances, la Banque de Maurice et le conseil des ministres, de mettre en exergue le fait que « it is important to highlight that Mauritius continues to be an Investment Grade jurisdiction in spite of the successive economic shocks and looming risks to the global economic outlook as recently highlighted by the International Monetary Fund in its World Economic Outlook Update July 2022. The stable outlook is testimony to the resilience of the Mauritian economy going forward and the focus of the authorities to put in place policy measures conducive to macroeconomic and financial stability that drives economic growth. »

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