• Demande réduite pour les biens et services et le manque de Cash Flow
  •   François Eynaud, CEO du groupe Sun, met en garde contre un optimisme béat par rapport à l’industrie touristique

L’effet COVID-19 sur l’économie demeure tenace et les perspectives pour les prochains mois ne sont guère positives, avec notamment des conséquences néfastes sur le secteur des affaires. C’est le constat dressé par les opérateurs dans le cadre d’une initiative de Business Mauritius, bénéficiant d’un  partenariat avec Statistics Mauritius avec l’encadrement du Programme des Nations unies pour le Développement et le Japon. Le pouls dans le monde des affaires est affecté par deux principaux facteurs, notamment la demande en baisse pour des biens et services et le manque de Cash Flow alors qu’au moins une entreprise sur quatre (27%) n’écarte pas l’option de compression de personnel dans les mois à venir. L’on notera l’analyse pertinente du Chief Executive Officer (CEO) du groupe Sun, François Eynaud, mettant en garde contre un optimisme béat par rapport à l’industrie du tourisme, subissant de plein fouet les effets de la pandémie de Coronavirus.

Des 2707 entités locales, petites, moyennes et grandes, opérant dans une vingtaine de secteurs d’activités, contactées dans le cadre de cette évaluation, deux sur trois (67%) notent que la baisse de la demande pour les biens et services se présente comme un challenge conséquent. Suivent dans l’ordre le manque de Cash Flow (53%), les taux de change avec des répercussions à l’importation (29%), les délais de livraison à l’importation (23%) et à l’export (14%), et la pénurie de matières premières (10%).

Au cours de la période d’avril à septembre de cette année comparativement à la période correspondante en 2019, la diminution de la demande est systématique, indépendamment de la taille ou du secteur d’opération des entreprises. De ce fait, trois entités sur quatre (74%) ont enregistré des baisses des ventes. Alors que les prévisions à court et moyen termes restent sombres, un exportateur sur deux (52%) se prépare à faire face à une baisse de volumes d’exportation sur les six prochains mois, et un sur quatre (25%) est incertain quant à l’évolution de la situation.

La production locale n’échappe pas à la tendance. L’étude de Business Mauritius révèle que sur 113 entreprises manufacturières sondées, 53% fonctionnaient sous la barre de 50% de leur capacité entre avril et septembre, avec les PME les plus impactées, dont 63% d’entre elles ayant opéré à moins de 50% de leur capacité pendant cette même période.

Avec trois entreprises sur quatre (77%) enregistrant une réduction des profits, fragilisant l’emploi, la tendance pour les mois à venir indique que 27% des compagnies concernées s’attendent à une réduction des effectifs et 17% sont dans l’incertitude. Par contre, un sur deux  (56%) n’anticipe pas de réduction d’emplois.

À ce stade, des entreprises dans la grande majorité (79%) ont pu conserver tous les emplois grâce aux différentes mesures prises par le gouvernement et les entreprises. En contrepartie, 28% ont eu recours à des coupures de salaires afin de maintenir l’emploi. Par contre, les secteurs d’activité les plus touchés par la perte d’emploi sont la restauration et l’hébergement, la manufacture, la construction et le commerce.   

Dans la conjoncture, tout en accueillant favorablement le programme d’aide du gouvernement sous forme de Government Wage Assistance Scheme (GWAS), avec quatre opérateurs économiques sur cinq ayant pris avantage de ces facilités, Business Mauritius concède que 61% souhaiteraient continuer à bénéficier du GWAS, 19% des facilités financières (prêts sans garantie ou à taux réduits) et 17% de la réduction des taxes et des charges obligatoires.

Dans la conjoncture économique, de nombreux entrepreneurs locaux sont engagés dans des exercices visant à réduire leurs coûts et à s’adapter aux challenges posés par la crise afin d’assurer le maintien de leurs opérations, soit 42%. De nouveaux modèles de fonctionnement tels que le travail à la maison, la flexibilité horaire ou autre ont été mis en place. Une entreprise sur trois (33%) a également préparé proactivement le Business Continuity Plan.

Présentant les principales conclusions de cette étude réalisée avec la collaboration de neuf associations-partenaires, dont AHRIM, BACECA, MCA, IAM, MCCI, OTAM, AMM, MEXA et MBA, et conduite par DCDM Research entre septembre et octobre 2020, Kevin Ramkaloan, Chief Executve Officer de Business Mauritius, affirme qu’ “elle met en exergue l’incertitude et la situation sérieuse dans lesquelles se trouvent les entreprises pour les mois à venir, tant au niveau des sociétés locales que celles tournées vers l’exportation. En se basant sur les données de l’étude, plusieurs pistes de discussions sont maintenant engagées avec nos partenaires du public et du privé pour l’établissement de nouvelles initiatives afin d’accompagner les entreprises vers plus de compétitivité et d’agilité.”

François Eynaud: “Un Rethinking du tourisme”

François Eynaud, Chief Executive Officer (CEO) du groupe hôtelier Sun, intervenant lors d’une table ronde organisée par Business Mauritius, a brossé un tableau des difficultés auxquelles est confrontée l’industrie touristique. Il met en garde contre un optimisme béat de ceux qui parlent encore de résilience de ce secteur, rappelant que le pire est à venir.

Le CEO du groupe Sun s’est appesanti sur le fait qu’après neuf mois d’arrêt, la situation est catastrophique pour les 3,000 opérateurs du secteur. “There could be lots of bankruptcies and voluntary administration coming in the sector in the next months because our tour operators are not paying us and some are going bankrupt, so we have debt not coming in and that is a big problem for the operators right now”, devait-il faire comprendre.

Il met l’accent sur un manque de visibilité pour la prise de décisions en soulignant que le vaccin “est probablement l’élément clé pour la reprise dans le secteur touristique.” “C’est compliqué. L’avenir nous le dira. Air Mauritius est aussi un défi pour le secteur touristique mauricien, on ne sait pas sur quel modèle la compagnie nationale va opérer”, dit-il.

La réouverture des frontières n’est pas la formule magique car, ajoute le CEO du groupe Sun, certains spécialistes disent que cela prendra au moins deux ans avant de retrouver une certaine normalité. “Certains parlent de trois ou cinq ans. Il y a divers scénarios et nous devons nous préparer au pire. Nous réduisons nos coûts autant que possible”, prévient-il en brandissant l’urgence d’un Rethinking de ce secteur économique. “Les touristes seront plus à la recherche de Meaningful Holidays. Il faudra travailler sur ces nouvelles tendances au niveau des opérateurs et à l’échelle nationale”, affirme-t-il.