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Réouverture des frontières : l’Hospitality Sector toujours sous perfusion

  Le tourisme bénéficie de Restructured Loans de Rs 36 milliards sur un endettement bancaire de Rs 55 milliards sans compter des injections de plus de Rs 6 milliards de la Mauritius Investment Corporation Pour le dernier trimestre de 2021, quelque 210 000 passagers ont débarqué au SSR International Airport Terminal, décembre enregistrant le chiffre le plus bas, soit 17 000 de moins que la pointe de novembre Banque de Maurice : « As the pandemic continues to linger with the outbreak of new variants, concerns over the debt repayment capacity of the household sector persist »

Un trimestre après et en ce début d’année, tout indique, tout au moins les chiffres préliminaires, que la réouverture des frontières, envers et contre tout, le 1er octobre de l’année dernière, n’a pas donné les résultats escomptés. Que ce soit pour l’hospitality sector ou l’économie en général.

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Toutefois, en marge de l’opération Kot Nou’nn Foté ? l’Hôtel du gouvernement, en particulier le Deputy Prime Minister et ministre du Tourisme, Steven Obeegadoo, qui se fait tout petit depuis le début de cette année, et qui a raté une nouvelle suppléance au poste de Premier ministre, contrairement à son camarade de front bench Alan Ganoo, rétorquera qu’à la date de la réouverture du 1er octobre, le variant Omicron n’avait pas encore été détecté en Afrique du Sud. Mais toujours en ces premiers jours de 2022 et avec la fin de la pointe de la saison de 2021, l’industrie touristique, principalement les hôtels, devra refaire ses comptes et ses prévisions pour le reste de cet exercice financier, que ce soit sur le plan de la gestion financière ou encore du marketing.

Car pour les trois derniers mois, les arrivées au Sir Seewoosagur Ramgoolam International Airport ont été franchement below target, avec un mois de décembre accusant un retard de quelque 17 000 passagers par rapport à la pointe de novembre. D’un point de vue général, la dernière édition du Financial Stability Report de la Banque de Maurice, publiée le 31 décembre dernier, remet en perspective les risques pour l’économie avec des « concerns over the debt repayment capacity of the household sector », alors que la stratégie de relance économique est axée sur une consommation résiliente.

Les derniers chiffres de passagers débarquant à l’aéroport depuis le 1er octobre sont quelque peu décevants, soit 212 031. L’on s’attendait à crever la barre des 300 000. Mais la déception est encore plus grande pour le mois de décembre avec seulement 63 268 passagers, soit le nombre le plus bas de ce trimestre, aussi paradoxal que cela puisse paraître. Avec les 80 180 arrivées enregistrées en novembre, les prévisions pour le dernier mois de l’année étaient  de 100 000. Mais c’était sans compter sur un unknown de poids dans l’équation, générant du même coup un double effet. Le variant Omicron, découvert en Afrique Australe à la mi-novembre, s’est traduit dans la réalité avec un travel ban sur l’Afrique du Sud et également un passage de Maurice sur la liste rouge écarlate de la France avec interdictions de voyager.

Les répercussions se font voir sur les arrivées touristiques en provenance de ces deux marchés porteurs, soit seulement 10 349 passagers de Johannesburg en trois mois et 51 322 directement de Paris au cours de cette même période. En termes de load factor pour ce dernier trimestre de 2021, la compagnie aérienne Condor se taille la part du lion, avec un taux de 83%, même si le nombre de passagers transportés n’est que de 8 609 sur les 212 031.

Toutefois, deux transporteurs aériens, soit Emirates avec 42 331 passagers (Load Factor de 81,7%) et Air Mauritius avec 50 042 (60,6%), ont assuré un peu moins de 50% de ceux qui ont fait le déplacement à Maurice au cours de cette période. L’inclusion de Maurice dans la liste rouge écarlate de la France au cours de la première quinzaine de décembre a considérablement gêné les opérations de la compagnie aérienne nationale, dont la desserte sur Paris constitue le backbone des opérations de la sortie sous administration.

Une autre preuve des effets du rouge écarlate sur le tourisme se situe au niveau de la performance d’Air France. La compagnie aérienne française a dû se contenter d’un load factor en baisse, notamment de 73,8%, soit 23 985 passagers. Par contre, British Airways doit se féliciter d’une performance de 80,5% avec un peu moins de 20 000 passagers depuis la reprise du 1er octobre. La fermeture du marché du tourisme de La Réunion se reflète sur les 186 rotations d’Air Austral avec 13 775 passagers sur une seat capacity de 25 128 pour ces trois mois. Par contre, le manque à gagner d’Air Mauritius sur cette desserte interîles n’est pas quantifié pour l’instant.

Avec la clôture de la saison de pointe touristique, l’heure est au bilan dans les board-rooms des entités engagées dans l’hôtellerie avec accent sur les stratégies à être élaborées pour les six prochains mois en vue de réaliser le « rêve » du ministre des Finances, Renganaden Padayachy, avec
650 000 touristes à la fin du présent exercice financier. Certes, avec la directive de l’Union aricaine aux États membres en vue de mettre un terme dans les meilleurs délais au travel ban imposé à l’Afrique du Sud et aux autres pays d’Afrique australe, Maurice dispose d’une nouvelle carte pour asseoir cette reprise du tourisme vu que l’Afrique du Sud présente encore les caractéristiques d’un marché porteur.

Intensive Care Unit

Mais du point de vue financier et opérationnel, l’hospitality sector demeure encore en intensive care unit de l’économie compte tenu des effets dévastateurs de la pandémie de Covid-19 depuis mars 2020. La dernière analyse de la Banque de Maurice dans le Financial Stability Report brosse un tableau relativement sombre. « Reflective of the severity of the pandemic, Accommodation and Food Services (Hospitality Sector) remained the sector which has been mostly affected », note ce document officiel de la Banque centrale.

Qui plus est, dans le cadre du Covid-19 Support Programme mis en place par la Banque de Maurice depuis mars 2020, le tourisme bénéficie du traitement d’un grand malade. D’abord, les opérateurs du tourisme sont endettés auprès des institutions bancaires à hauteur de Rs 55 milliards, dont Rs 47 milliards pour les seuls hotel resorts, notamment les big boys du secteur. Ce sont les dernières statistiques disponibles à la fin de novembre dernier.

De ces Rs 55 milliards de bank loans, la Banque de Maurice révèle qu’à la fin de septembre, les banques commerciales, tenant en ligne de compte les graves difficultés financières de ces compagnies engagées dans le tourisme, ont procédé à la restructuration des prêts de l’ordre de Rs 36 milliards sous forme de moratoire. Le Financial Stability Report avance que « the extension of moratoria has cushioned financial stability risks within the economy. The magnitude of potential default among Covid-19 impacted borrowers on banks’ balance sheet is a matter of concern. Accordingly, it becomes mandatory for banks to keep in view these loans along with proper monitoring of affected borrowers’ financial position. »

Ce montant de Rs 36 milliards de restructured loans donne une indication de la gravité de la situation dans laquelle se trouvent des opérateurs du tourisme dans la conjoncture. À titre de comparaison à la fin de septembre, le secteur du global business avait bénéficié une restructuration de ses emprunts pour seulement Rs 8 milliards, le logement Rs 5 milliards et le secteur de l’immobilier Rs 4 milliards.

En clair, la Banque de Maurice somme les banques commerciales de placer les opérateurs dans le tourisme sous stricte surveillance, d’autant que la réouverture des frontières « has not stood to the expectations financially » jusqu’ici. Outre cette restructuration de Rs 36 milliards de dettes bancaires, l’hospitality sector s’est engagé pour un montant de plus Rs 6 milliards avec la Mauritius Investment Corporation Ltd, dont l’un des mandats est d’ « assist systemically large, important and viable companies, which are financially impacted as a result of the Covid-19 pandemic and representing a direct threat to financial stability ».

Challenges

Néanmoins, il n’y a pas que la filière touristique qui est en situation de vulnérabilité en ce début de 2022, d’autant que les conclusions d’un Survey on Economic Perspectives auprès des banques au cours de la période octobre-novembre de l’année dernière, soit avant l’arrivée d’Omicron, se présentent comme une mise en garde. « Domestic recovery is mostly expected to follow a U-shape over the next year. Banks viewed that it may take at least up to 2023 for output to reach pre-pandemic level, as the economy still faces pandemic-induced challenges. The general consensus is that uncertainty remains in the face of the threats of the Delta variant and possible emergence of new variants of Covid-19 », lit-on à la page 48 du rapport.

Dans cette perspective, « the potential risks from household and corporate sectors are closely monitored for the timely deployment of measures to avert the build-up of vulnerabilities ». À la fin de novembre, les facilités bancaires accordées aux ménages s’élevaient à Rs 125,5 milliards, soit le montant le plus conséquent de la série. « Household credit expanded at a strong pace, partly reflecting confidence in economic perspectives and moderation of risks due to the rebound in economic activity. The annual growth rate went up to 6.3 per cent as at end-September 2021, from 3.0 per cent as at end-March 2021. Household credit was driven primarily by housing credit », fait remarquer la Banque de Maurice.

Les dernières indications émanant du marché sont que les mesures adoptées, notamment les moratoires sur les emprunts et le loan restructuring, « have averted a dimmer scenario for the household sector and contained risks to financial stability that could have potentially emerged with the prolonged pandemic. However, as the pandemic continues to linger with the outbreak of new variants, concerns over the debt repayment capacity of the household sector persist. »

La Banque de Maurice prône une approche similaire pour le corporate sector, même si « incoming data indicate that the outlook has brightened ». Le Financial Stability Report concède que « Corporates are, however, at an early stage of their recovery path as the economy is still operating below its pre-pandemic capacity and some support measures are still in place. The cash flow of corporates, though improving, still remains fragile and vulnerable to adverse effects from the protracted pandemic. Should the risks unfold, the repayment capacity of the corporate sector may ultimately be impacted. As the COVID-19 pandemic continues to loom, downside risks to the health of corporates remain a concern and are closely monitored for the timely deployment of pre-emptive measures to avert the build-up in vulnerabilities. »

En ce début d’année, l’urgence à la Bank of Mauritius Tower est de procéder à une évaluation des downside risks que comporte le variant Omicron avant d’approfondir « the arrangements for unwinding of Covid-19 measures. » La Banque de Maurice, consciente que ces béquilles ne peuvent pas être assurées de manière permanente, reconnaît que « the accommodative measures adopted so far to contain the negative impact of the pandemic may have adverse effects in the long run. Hence, it is important that these measures be unwound in a time-bound manner, while at the same time ensuring that they are not prematurely removed. The Bank has already started work on arrangements for the unwinding of the COVID-19 measures which have been discussed at the level of the Task Force on Banking Sector Resilience. »

 

 

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