La Mitsui OSK Lines démantibule la thèse du capitaine justifiant son rapprochement de Maurice « to find internet or telephone signal »

Aucune trace de communications de 18h à 20h08 ce 25 juillet entre la NCG et le commandement du vraquier enregistrée sur le Voyage Data Recorder (boîte noire)

Rebondissements dans la MV Wakashio Saga. Douze semaines après le naufrage du vraquier de 300 mètres de long et de 50 mètres de large à quelques encablures de Pointe d’Esny et quasiment à la veille du début des travaux de la Court of Investigation, présidée par l’ancien juge de la Cour suprême, Abdurrafeek Hamuth, le mystère autour des circonstances de ce drame en mer avec une marée noire sans précédent s’épaissit doublement. Ces développements intervenus en moins d’une semaine auront pour effet de relancer tout l’intérêt autour de la dernière partie du trajet emprunté par le vraquier battant panaméen en s’éloignant irrémédiablement de la Normal Sealane au large de la côte est pour se rapprocher dangereusement de la région entre Pointe d’Esny et Mahébourg.

D’abord, la thèse accréditée dès les premières heures du naufrage par le capitaine du MV Wakashio, Sunil Kumar Nandeshwar, à l’effet qu’il s’était rapproché des côtes de Maurice pour permettre aux membres d’équipage de bénéficier de connexion Wi-Fi, a pris eau avec des explications de Mitsui OSK Lines, armateurs japanois. Le second élément comporte une charge politique conséquente dans la mesure où les premières explications fournies par le Premier ministre, Pravind Jugnauth, à l’Assemblée nationale, sur les contacts entre la National Coast Guard et le poste de commandement du navire-cargo sont mises à rude épreuve par le décryptage du Voyage Data Recorder en possession des limiers de la Central CID.

Un cas d’espèce de « Total Mishandling » d’un dossier traitant de la sécurité nationale du début jusqu’à la fin avec pour coût une marée noire à des conséquences sans limites pour des riverains de la côte Sud-Est. Les dernières informations disponibles indiquent que les armateurs japonais du vraquier faisant route entre Singapour et le Brésil ont tenu à apporter une précision de taille avec pour effet que les explications initiales fournies par le capitaine et les membres d’équipage sont remises en question.

En effet, suite à une communication du Contributor du magazine Forbes, Nishan Degnarain, qui maintient un Watching Brief systématique depuis le début, Mitsui OSK Lines Ltd a rejeté catégoriquement la justification avancée de la nécessité de se rapprocher des côtés mauriciennes « to find the internet or a telephone signal ». Dans une déclaration à Forbes en début de semaine et publiée hier, le porte-parole de la firme japonaise, un des Major Players dans le domaine maritime international, souligne que « our fleet has the most updated internet connection that Inmarsat provides, and it is not charged to the crew either, and this has been so since last year ».

Poursuivant son analyse, Forbes note qu’« Inmarsat is the world’s leading maritime satellite internet provider and has global coverage using its large network of internet satellites. It was the satellite company that famously picked up the last signal of the missing Malaysian Airlines MH370 in 2014 in the Southern Indian Ocean. So internet coverage would have been extensive across the entire Indian Ocean given its network of 13 geostationary internet satellites ».

Enquête qui doit être recommencée à zéro

Ainsi, avec cette affirmation des armateurs de Mitsui OSK Lines au sujet des connexions de communications disponibles et accessibles à bord du vraquier et surtout des informations satellitaires à l’effet que trois jours avant le naufrage du 25 juillet dernier, le MV Wakashio s’était éloigné de la Normal Sealane réservée au passage des cargos, tout semble indiquer que l’enquête diligentée par le Central CID devra être recommencée à zéro. A moins que la décision soit prise de passer la balle à la Court of Investigation, instituée au terme de la Merchant Shipping Act pour faire toute la lumière sur ce point crucial.

Une autre zone d’ombre autour des circonstances de ce drame et traitant toujours des communications a surgi au cours de la semaine écoulée. Répondant à des questions de l’homme de loi du capitaine du MV Wakashio, Me Mansoor, lors des débats sur la Bail Motion en Cour de Port-Louis, l’inspecteur Rajesh Ramdhony de la Central CID, avait déclaré que le Voyage Data Recorder n’avait enregistré aucun appel de la National Coast Guard le samedi 25 juillet entre 18h et 20h08, soit la tranche horaire critique du naufrage.
Cette révélation relative au décryptage de la boîte noire a eu l’effet d’une bombe eu égard aux détails donnés par le Premier ministre, Pravind Jugnauth, sur la séquence des échanges à ce moment précis. Devant l’embarras ressenti au Prime Minister’s Office, la Central CID, lors d’un point de presse d’urgence, devait prendre le risque d’un Contempt of Court pour tenter de recadrer la situation sans pour autant pouvoir remettre en question les propos de l’inspecteur Ramdhony en Cour.

L’assistant-surintendant de police, Roshan Kokil, Chief Investigator, jeté en première ligne, devait tenter en vain de dépêtrer cet écheveau. Il s’est contenté de trouver une parade en avançant : « La NCG a utilisé la radio Very High Frequency (VHF) pour contacter le Wakashio. Il se peut que le VHF du bateau ait été éteint ou n’ait pas été utilisé à la même fréquence que la NCG. Ou peut-être que l’antenne était déconnectée ou que le volume était tellement bas que le VDR n’a rien enregistré. »

Tout au long de ses explications au sujet de l’absence de tout enregistrement sur le Voyage Data recorder, l’ASP Kokil s’est évertué à défendre les officiers de la NCG en poste ce samedi 25 juillet en se basant sur des entrées dans l’Occurrence Book de la NCG en s’appesantissant sur le fait que « notre enquête n’a montré aucune faille de la part du NCG ».

Autant d’aspects de l’enquête sur le naufrage du MV Wakashio qui pourrait rester sans réponses, tout comme le transfert de ces Intelligence Officers en possession de « tuyaux préalables » sur la présence d’un navire-cargo dans les eaux mauriciennes vers la fin de juillet et ayant fait l’objet de transferts de leurs postes stratégiques. A ce jour, les autorités compétentes n’ont pas osé donner le moindre complément d’information à l’article publié dans l’édition de Week-End du 30 août dernier.