– Une plainte déposée contre les hôpitaux de Souillac et de Rose-Belle, et le ministère de la Santé

Les nombreuses zones d’ombre entourant le décès de Dookoomanee Sab (68 ans), figurant parmi les 16 dialysés décédés après avoir été en quarantaine et en traitement à l’hôtel Tamassa ou à l’hôpital ENT, aussi bien qu’à l’hôpital de Souillac, suscitent des interrogations quant au traitement auquel ont eu droit ces patients vulnérables durant leur séjour sous la responsabilité des autorités sanitaires. Désemparées, ces familles s’en remettent à la justice. D’où la démarche de la famille Sab, la semaine dernière – la première à aller de l’avant – en déposant une plainte contre le ministère de la Santé, le surintendant de l’hôpital de Souillac, ainsi que le directeur et surintendant de celui de Rose-Belle.

Cette démarche vise à réclamer une enquête sur les circonstances qui ont mené aux décès de 11 patients, tous liés officiellement à la COVID-19 dans les milieux hospitaliers. C’est ce que réclame également le ‘backbencher’ de la majorité gouvernementale, qui demande lui « un Audit médical complet de ce qui s’est passé ». La Renal Patients Dialysis Association monte au créneau et accorde son soutien aux familles pour que celles-ci réclament justice.

Comme pour toutes ces familles affectées par le décès de leurs proches dialysés, en traitement à l’hôpital de Souillac et qui ont contracté la COVID-19, il est difficile pour la famille Sab de surmonter cette épreuve. Au-delà de la douleur, il y a trop de colère et trop de questions. Sans réponses à ce jour.  Leur proche, maintiennent les membres de cette famille affligée, « même s’il était fragile, était en forme avant de se rendre en quarantaine », après avoir été en contact, lors de sa séance de dialyse le 25 mars, avec un membre du personnel soignant du centre de dialyse de Souillac, testé positif à la COVID-19.

« Pour pouvoir faire notre deuil, nous devons comprendre ce qui s’est passé. Et il n’y a qu’une enquête qui pourra nous éclairer. C’est ce que nous réclamons et c’est la raison pour laquelle nous avons porté plainte », explique Vikwet Sab, le fils de Dookoomanee Sab, décédée le 11 avril dernier à l’hôpital de Souillac.

« Ou mama inn desede »

La douleur perceptible dans sa voix, il revient sur ce fameux soir, où il a téléphoné à l’hôpital pour apprendre que malheureusement « mo ena enn movez nouvel pou ou, ou mama inn desede ». À cet instant, c’est l’incompréhension totale pour le jeune homme qui ne saisit pas comment sa mère, qui était en forme avant de quitter la maison le 26 mars pour se rendre en quarantaine et qui n’avait pas de symptômes de la COVID-19 durant son hospitalisation, s’en est allée. À sa question de savoir de quoi sa mère est décédée, on lui répondra que « tout sera mentionné sur le certificat de décès ». Certificat qui indique, précise Vikwet Sab, que la cause du décès est attribuée à une « Kidney Failure, des problèmes cardiaques et en dernier lieu à la SARS-Covid ».

Si la famille accepte que Dookoomanee Sab ait pu avoir des complications d’origine rénale, elle ne comprend pas comment, outre la COVID-19, la mère de famille est décédée des suites de problèmes cardiaques. « Il y a eu quelque part négligence médicale », estiment-elle. D’autant que, si Dookoomanee Sab effectuait ses sessions de dialyse trois fois par semaine, lorsqu’elle est entrée en quarantaine, alors qu’elle aurait dû avoir subi une séance le samedi 27, ce n’est que le lendemain, très tard le soir, qu’elle a été conduite à l’hôpital de Souillac. « En sus du fait qu’elle soit arrivée à l’hôtel aux alentours de 1h du matin le samedi, alors qu’elle est sortie de la maison à 20h, et qu’elle n’avait pas eu à manger correctement le samedi matin, lors du premier jour de quarantaine, le report de son jour de dialyse de samedi à dimanche au soir est la première faute grave commise », dit Vikwet Sab.

Le jeune homme, qui était en contact permanent avec sa mère, relate que Dookoomanee Sab lui a aussi confié qu’elle n’avait pas eu droit à son injection d’insuline lors de son séjour à l’hôtel Tamassa. Elle m’a appelé pour me dire que « sa bann kouyon-la pann fer mo pikir, personn pa le tous mwa ». Or, cette injection est « primordiale pour la garder en forme », explique son fils, estimant que tous ces manquements illustrent  « la négligence médicale  contribuant au décès prématuré de ma mère ».

Revenant sur ce dimanche fatidique, jour du décès de sa mère, Vikwet Sab explique que ce n’est que, lorsque sa sœur a appelé une voisine de lit de Dookoomanee Sab, que la famille a appris qu’elle avait été transférée dans une autre salle de l’hôpital. « Enn vwazinn dir li ne pli trouv mo mama, bann-la inn pran li », dit-il. Il a alors immédiatement téléphoné à l’hôpital pour savoir ce qui s’y passait et on lui a appris que « so ka inn agrave, so leker inn komans bat vit e so kote gos inn paralize ». On lui a demandé de rappeler dans deux heures.

Mais Vikwet Sab n’a pas attendu toutes ces heures. Avant même, il a rappelé l’hôpital et le personnel de santé lui a dit : « Mo fek sorti avek ou mama la, me malerezman mo ena enn movez nouvel pou ou, ou mama finn desede. »

Un véritable choc pour le jeune homme, qui ne comprend pas dans quelles circonstances sa mère a trouvé la mort, alors qu’elle était sous les soins de l’hôpital. En réponse à ses questions, le préposé du centre de santé de Souillac lui a expliqué qu’il obtiendrait les explications sur la cause du décès sur le certificat de décès qui sera remis à la famille.

Mais pour les proches de Dookoomanee Sab, ces explications ne tiennent pas la route. « Il y a eu beaucoup de négligence pour en arriver là », disent-ils. D’ailleurs, relate Vikwet Sab, la gorge nouée, lors des dernières conversations qu’il a eues avec sa mère, elle n’a cessé de lui réclamer « beta, vinn tir mwa laba, mo pou mor isi ». 

Outre leur tristesse, une grosse colère est exprimée par les proches de Dookoomanee Sab, qui réclament une enquête pour faire la lumière sur les circonstances qui ont mené au décès de la sexagénaire. Dans cette optique, la famille a porté plainte contre le surintendant de l’hôpital de Souillac, le directeur et surintendant de l’hôpital de Rose-Belle, et également contre le ministère de la Santé.

Elle réclame ainsi une enquête sur ce qu’elle estime être un cas de « négligence médicale », particulièrement sur cinq points principaux : « Contraction of disease at dialysis centre or when being transported to and from the hotel ; inappropriate food being served; inappropriate treatment for diabetes and failure to inject insulin; failure to access dialysis machine on time; inhuman conditions during quarantine. » La famille compte aussi faire d’autres révélations lorsqu’elle sera appelée lorsque l’enquête aura démarré.