La petite, admise pour cause de vomissements, est décédée après une semaine en soins intensifs Deux certificats de décès qui suscitent la controverse

Les proches crient à la négligence médicale

Maurice connaît actuellement une situation sanitaire tendue avec une importante circulation du coronavirus, mais surtout de décès qui s’ensuivent. Jeudi, la population s’est réveillée sous le choc avec l’annonce du décès d’un bébé de 15 mois, lié au Covid. Keira Esther, 15 mois, admise pour des vomissements à l’hôpital Jeetoo, est morte des suites de Covid, confirme un deuxième certificat de décès par la Santé. Il s’agit du premier cas juvénile mortel. Ses parents, accablés par la douleur, sont dans l’incompréhension totale. Accusant le personnel de négligence et critiquant la prise en charge sanitaire à l’hôpital, la famille déplore que Keira Esther n’a pas eu les traitements nécessaires.

Aucun enfant ne devrait mourir loin de ses parents. Et qui plus est, être enterré sans qu’ils puissent voir son visage. Pourtant, c’est ce qui s’est passé avec la petite Keira Esther, décédée mercredi dernier à l’hôpital Jeetoo après une dizaine de jours d’hospitalisation. Pourtant rien ne laissait présager que cette enfant en bonne santé allait ainsi subitement pousser son dernier soupir. Pour ses proches, dans la chagrin, la colère et l’incompréhension dominent. Ils clament que la petite Keira était bien portante. “C’était une enfant gaillarde. Foder guetter couma li contan danser. Zamer li pa ti malade. Li ti bien contan riyer. Li ti fer la zoi so fami”, raconte une voisine.

C’est en raison de vomissements qu’elle a été conduite à l’hôpital par sa mère, Samia, 18 ans, le lundi 30 août. Toutefois, la jeune maman est soumise à un test antigène qui s’avère positif à la Covid et elle doit être mise en salle d’isolement à l’hôpital. Son bébé, dont pourtant les résultats du test antigène sont négatifs à la Covid, est lui aussi admis à l’hôpital. Inquiète et ne voulant surtout pas prendre de risque de le contaminer, Samia Esther affirme avoir supplié le personnel soignant pour que son enfant soit pris en charge ailleurs car n’étant pas positif à la Covid.

En vain. L’enfant est placé à ses côtés. Et très vite l’état de santé de la petite Keira se détériore davantage. Surtout que, selon sa mère, « enn bout baba coum sa, docter pa ti pe guette li meme. Ti pe consulter li depi deux mètres. » Lorsqu’elle s’inquiète de la détérioration de la santé de son bébé, Samia s’entend dire par le personnel soignant « nou conne nou travay ». On la force même à donner à manger à son bébé qui, pourtant, crie de douleur et d’inconfort. « Zot dir donne li manger pou li gagn la force, alors ki Keira pa ti pe kapav avale nanien », raconte la jeune mère. L’enfant totalement affaiblie au bout de quelques jours est transféré aux soins intensifs. Pour la famille, c’est l’incompréhension. « Coma zot finn kapav laisse so l’état détérioré coum sa? », demande-t-elle, ne sachant d’ailleurs pas pour quelles raisons exactes Keira a été admise aux soins intensifs.

D’ailleurs, durant toute la semaine que le bébé passe en ICU, aucun de ses proches n’a pu avoir accès à elle. « Nou compran li dans ICU, mais au moins enn dimoun ti kapav guette li sak jour. Bann là laisse enn dimoun rentrer pou bann visite. Kifer pou Keira personne pann kapav ale guette li? », s’interrogent les membres de la famille. Entre-temps, Samia Esther, après quatre jours passés à l’hôpital, obtient sa décharge à l’hôpital et on lui demande de se mettre en auto-isolement.

Passés deux jours, toutefois, Samia s’entend dire par les médecins que son bébé est sujet à des complications. « Zot inn donne li tou malade ki ena : so poumons, so lerein, napli ena loxyzen dan so cervo, so leker bat feb, covid… Zot meme zot pa conner! Ziska li mort aussi zot pa ti pe conner are ki malade linn décédé! », s’insurge la jeune femme, qui regrette de ne pas avoir pu tenir son bébé dans ses bras. Mercredi, aux alentours de 1h du matin, la jeune maman reçoit le coup de fil fatidique lui annonçant la mort de son enfant. « Enn semen zot inn garde li et mo pann reci truv so figir. Meme kan linn mort, aster pe dir acoz Covid nou pa kapav truv li », pleure-t-elle.
« Couma enn lisien dans plastik »

Les maintes démarches effectuées par les proches de Keira pour lui donner des funérailles dignes ont été vaines. L’hôpital a campé sur sa position, s’appuyant sur le protocole sanitaire interdisant le retour des corps aux proches des décédés. « So papa inn bizin fer brit pou reci truv li. Inn bizin desir sa plastik kot zot inn met li couma enn lisien, pou li trouve figir so zenfan », raconte Kursla Henri, la grand-mère maternelle. Ce qui a accentué l’énorme colère des parents, qui ne digèrent pas qu’ils n’ont pu voir le visage de leur petite une dernière fois avant qu’elle ne soit enterrée. Ce, alors que la famille avait acheté un cercueil vitré dans l’espoir de voir le visage de Keira.

Vendredi, quelques minutes avant l’enterrement, des membres de la famille qui avaient été à l’hôpital Jeetoo ont pu se recueillir un court instant sur le parking de l’établissement de Santé devant le petit cercueil de l’enfant, avant qu’il ne soit transporté par les officiers du ministère de la Santé au cimetière Bois Marchand. Les funérailles se sont déroulées en plus petit comité avec seulement dix membres de la famille – escortés par les officiers du cimetière vêtus de leur PPE blanc – qui ont pu entrer dans le cimetière sous la surveillance des policiers. Perchées sur le mur longeant le cimetière, d’autres personnes – une cinquantaine –  venues soutenir la famille ont assisté à l’inhumation de la petite Keira.

Une tractopelle pour recouvrir la tombe

Une cérémonie qui aura duré cinq minutes avant qu’une tractopelle ne recouvre la tombe de terre. Inconsolable, c’est dans un cri de douleur que la mère de la petite Keira, agenouillée sur la tombe de son enfant, a laissé éclater sa peine. Le père, Fabrice Bangard, restera lui aussi agenouillé et silencieux durant la mise à terre du cercueil.
Après ces funérailles poignantes, les proches de la petite Keira ont signifié leur intention de réclamer justice. « Zenfan inn mort, nou dan extra sagrin, mais selma nou bizin la zistis. Bizin conner couma inn arrive sa! », dit Kursla Henri. « Je veux médiatiser notre histoire; il ne faut pas que ça arrive à d’autres parents. Une personne ne peut avoir deux actes de décès. Nous comptons faire une déposition à la police, lundi. On prendra un avocat. Elle était une enfant en bonne santé et ne méritait pas cela. Je ne souhaite cela à aucune personne », lâche la grand-mère maternelle en colère.

Deux certificats de décès, deux enquêtes
« Nous voulons savoir la vérité », insiste la mère de Keira. D’autant qu’alors que durant toute la matinée du 9 septembre, le ministère de la Santé avait indiqué que la mort de l’enfant n’était pas directement liée à la Covid-19, mais dûe à une « aspiration pneumonia », les autorités sanitaires – après que la famille, à qui on avait interdit de récupérer la dépouille pour les rites funéraires, se soit rendue à la police pour demander une autopsie – ont émis un deuxième certificat de décès attribué à la Covid-SARS Covid «  Infection » ainsi que d’une « Aspiration Pneumonia et Hypoxic Brain Injury ». Ce qui confirme que ce décès juvénile est bien lié au coronavirus.

Concédant que « ce n’est pas possible que deux médecins produisent deux certificats médicaux différents pour expliquer le décès de cet enfant », le ministre de la Santé a annoncé deux enquêtes, l’une au niveau du ministère de la Santé et l’autre de la police, lors de son point de presse, vendredi. « Si minis la pe fer lenket li bon, mais selma nou aussi nou pou marser. Nou pas pou rest en place. Bizin poursuiv bann coupab. Bizin poursuiv sa pédiatre-là. Nou pou ale met enn police case », disent les proches de la petite Keira, arguant que l’enfant n’a pas bénéficié de traitements nécessaires.

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