Le dossier des Gurroby, les trafiquants de drogue présumés, arrêtés à la suite de l’opération Super Cargo et de la saisie de 300 kg de drogue, à Pointe-aux-Canonniers, au niveau des Fisheries comporterait des éléments qu’il faudra tirer au clair. Selon les recoupements d’informations auprès de sources concordantes dans le domaine la pêche en haute mer, l’octroi et l’opération des Semi Industrial Fishing Licenses par cette famille de Grand-Baie comportent des lacunes qui auraient dû interpeller les autorités compétentes à plusieurs niveaux entre 2012 et 2019.

Les Gurroby auraient joui d’une opération “ferm lizie” en haut lieu avec notamment des pressions exercées par des proches du pouvoir, non seulement pour que leurs permis de pêche soient accordés, mais aussi pour que des actions disciplinaires ne soient pas prises contre eux pour des infractions flagrantes. Les langues commencent à se délier dans les milieux informés en ce qui concerne l’ascension fulgurante de la famille Gurroby dans le domaine de la pêche semi-industrielle, notamment les prises en haute mer jusqu’au banc de Nazareth et au large de Saint-Brandon.

Des recoupements effectués par Le Mauricien auprès de sources informées indiquent que des officiers des Fisheries avaient à l’œil des manœuvres louches des bateaux des compagnies appartenant aux Gurroby lors de plusieurs sorties de pêche dernièrement, avec notamment des contraventions sans suite. L’on affirme que des observations suspectes ont eu lieu après avoir remarqué que certains bateaux des Gurroby déjouaient la vigilance satellite, qui est une règle incontournable pour les sorties en haute mer.
En effet, des officiers des Fisheries ont rapporté aux départements concernés que les bateaux des Gurroby « ne se pliaient pas aux exigences d’avoir leur Vessel Monitoring System allumé ». L’on explique que les embarcations, une fois en haute mer, avaient ce système de suivi satellite éteint et étaient hors de la vue des autorités mauriciennes, dont le National Coast Guard.

Cette situation aurait eu lieu en pas moins de quatre reprises depuis l’année dernière. Le modus operandi des bateaux des Gurroby était d’avoir le VMS éteint pour deux ou trois jours pour ensuite se reconnecter avec la tour de contrôle mauricienne, au niveau des Fisheries et des gardes-côtes. Dans les milieux avisés, on explique que cette “Non-Compliance” aux VMS Regulations pour les sorties en haute avait été signalée aux compagnies des Gurroby.

Des explications avaient été sollicitées sur ce VMS éteint, visiblement temporairement, et les Gurroby auraient déclaré qu’il s’agissait « d’accidents en mer, impactant sur le moteur du bateau et provoquant un court-circuit ». Toutefois, on avance que cet incident par rapport au VMS avait été rapporté au Fisheries Controller pour que le dossier soit traité à la Prosecution Unit de ce département au vu des infractions pour « non emission by satellite tracking system at sea ». Mais dans les milieux informés, l’on affirme qu’à ce jour, soit avant la découverte du Super Cargo de Pointe-aux-Canonniers, aucune action d’envergure n’avait été initiée contre eux.

Aucune “due diligence” n’a été faite en ce qui concerne l’octroi de permis de pêche semi-industrielle à quatre bateaux de pêche au nom des compagnies Ocean Blue Fishing et Ice 2 Ice Fishing, avec l’épouse de Ritesh Gurroby en tant que directrice. Rien n’a été vérifié en termes de “sources of funds” pour s’approprier ces bateaux de pêche année après année, avec un cinquième permis qui était en gestation aux Fisheries au moment de l’opération Super Cargo du 2 mai.

L’ADSU a entamé plusieurs discussions avec les Fisheries, la semaine dernière, pour mieux comprendre le mode opératoire des Gurroby en haute mer et les infractions commises par rapport à la vigilance et au suivi du VMS. La question qui se pose est de savoir si ce n’était pas une manœuvre délibérée des trafiquants présumés afin que leurs bateaux puissent rallier des points d’approvisionnement en drogue au large de Madagascar alors que le VMS était éteint entre 24 et 48 heures en mer sans signe de vie. L’ADSU se documente aussi sur les actions prises par certains officiers après que ces cas avaient été officiellement rapportés.

Affaire à suivre…