Ritesh Gurroby en médaillon

l Outre l’expertise de l’ex-FIO Joumont, l’ADSU soupçonne
un Top Gun dans ses rangs d’être un des cerveaux derrière le clan des Gurroby de Grand-Baie

l L’officier de l’ADSU en question devrait être convoqué
incessamment pour être confronté à ses responsabilités
dans le transfert de la cargaison de drogue de la haute mer à terre

l L’ICAC obtient des Freezing sur des autos, motos, chevaux,
châteaux du réseau de Grand-Baie, patrimoine évalué à Rs 200 M
et susceptible de monter jusqu’à Rs 300 M

Deux semaines depuis la découverte et la saisie de 269 kilos de stupéfiants d’une valeur marchande de Rs 3,7 milliards sur un terrain vague à Pointe-aux-Canonniers, l’opération Super Cargo se présente sous un scénario d’un flic dans la mafia à rebours. Outre l’ex-Field Intelligence Officer jusqu’à tout récemment caserné à la Special Supporting Unit, le constable Garry Joumont et un autre membre de la force policière Top Gun dans les rangs de l’ADSU – soupçonné d’être un des cerveaux derrière le clan des Gurroby (dont au moins les trois frères et le père, de même que deux des épouses) – ont été appréhendés soit par l’ADSU soit par l’Independent Commission Against Corruption (ICAC). Le nom de cet officier de police est un secret de polichinelle aux Police Headquarters des Casernes centrales, craignant une répétition à la Mungroosing des années 80. À ce stade, tout indique qu’il devra être convoqué au QG de l’ADSU pour interrogatoire Under Warning, à moins que l’ICAC ne prenne les devants pour une audition au titre du délit d’Unexplained Wealth attribué à ce Top Gun de la police. En parallèle, l’ICAC a déjà obtenu des Freezing et Attachment Orders de la Cour suprême sur des autos, motos, chevaux et châteaux des Gurroby, dont la valeur du patrimoine familial est estimée à Rs 200 millions et pouvant même atteindre Rs 300 millions.

Le rebondissement dans l’enquête sur la saisie record de drogue de Pointe-aux-Canonniers pourrait surgir avec les révélations autour des circonstances dans lesquelles a eu lieu le transfert de cette cargaison de 269 kilos de la haute mer au terrain vague de Pointe-aux-Canonniers. Le premier maillon de la chaîne tourne autour de l’implication alléguée du constable Joumont, un Field Intelligence Officer chevronné de la police, dont le voiture, une Fiat de couleur rouge, immatriculée 4514 JU 15, a été placée sous séquestre pour les besoins de l’enquête.

Les premiers éléments de la reconstitution des faits indiquent que le constable Joumont aurait accompagné en mer le suspect Nitiraj Gurroby, alias Nilesh, pour aller récupérer les colis de stupéfiants, hermétiquement emballés. La Fiat Rouge, stationnée à terre, devait servir pour la réception des 269 kilos de drogue. Toutefois, les dernières informations dont disposent de limiers de l’ADSU est que ce véhicule rouge avait pour back up un autre, soit pour parer à d’éventuels ennuis mécaniques, soit par mesure de sécurité sur le trajet du rivage jusqu’au terrain transformé en chantier naval par les Gurroby à Pointe-aux-Canonniers.

Et c’est là que le profil de ce Top Gun de l’ADSU se dessine dans l’opération Super Cargo. Le film des événements devant être confirmé est que les colis de drogue auraient été embarqués non pas dans la fourgonnette du constable Joumont, mais dans un véhicule utilitaire appartenant à ce haut gradé de la police, alors que le dénommé Nilesh Gurroby ouvrait le cortège allant à Pointe-aux-Canonniers. Si les caméras de Safe City Network de Rs 19 milliards fonctionnent, l’ADSU ne devrait pas se fier à des aveux allégués du constable Joumont mais sur la Documentary Evidence à toute épreuve.

La prochaine étape de l’enquête de l’ADSU s’avère être critique pour cet officier de police, dont la convocation formelle est donnée ce week-end comme une certitude. Mais il joue également gros avec l’ICAC s’intéressant à ses richesses accumulées, dont une flotte de 53 véhicules comprenant des BMW et des Mercedes et des propriétés immobilières de grand luxe dans les hauts des Plaines-Wilhems. Le tout géré par des prête-noms parce qu’avec des salaires pratiqués au sein de la police, un tel enrichissement est difficilement justifiable.

Toutefois, en fin de semaine, l’ADSU se gardait de confirmer des informations relatives au sujet de ce “flic dans la mafia à rebours” de peur d’entamer l’intégrité de cette enquête d’envergure. Mais force est de constater que les réseaux sociaux témoignent déjà de réglements de compte entre protagonistes impliqués dans le trafic de drogue opérant non seulement à Maurice mais aussi au niveau de la région.

En ce qui concerne les interrogatoires des principaux suspects placés en détention par l’ADSU, l’exercice a connu un temps d’arrêt durant la semaine écoulée. Les suspects Ritesh et Nilesh Gurroby ainsi que Garry Joumont ont tous retenu les services d’hommes de loi pour assurer leur défense. Ils ne seront interrogés qu’en présence de ces derniers, après confirmation d’un calendrier de travail.

De son côté, le gardien Siwdanand Rawah a exprimé le souhait d’être assisté par un avocat, mais a dit que sa famille n’a pas les moyens financiers pour en assurer les frais. Par ailleurs, les demandes pour l’obtention de Judge’s Orders sont également prêtes et devraient être logées la semaine prochaine afin que les téléphones cellulaires des protagonistes saisis puissent être décryptés dans les meilleures délais pour mettre au point les ramifications du Gurroby Network avec des extensions au sein de la police, à Lakwizinn du PMO et sur le turf du Champ-de-Mars.

Avec l’ADSU se concentrant sur le volet consacré au démantèlement de ce réseau de trafic de drogue, l’ICAC privilégie les pistes de Money Laundering et d’enrichissement des trafiquants présumés. Depuis la semaine dernière, les limiers de la Commission Anti-Corruption ont obtenu de la Cour suprême des Attachment Orders des plus élaborés, avec 13 individus concernés, tous ayant des liens de parenté avec les Gurroby, 19 compagnies opérant dans des secteurs allant de la pêche en haute mer à la location de voitures en passant par l’industrie du bâtiment.

En sus de cela, l’ICAC a identifié 22 véhicules, dont quatre BMW et une Jaguar, appartenant aux membres de la famille Gurroby, de même que cinq lopins de terrain, situés à La-Salette, Beau-Manguier, The Vale et Fond-du-Sac, sans compter les parts dans les chevaux enregistrés au Mauritius Turf Club, en l’occurrence Carlton Heights, Wendylle et Shadowing.

Sept bateaux – dont trois, Royal Phoenix I, Royal Phoenix II et Feroiq I – enregistrés pour le compte de Babul & Sons Fishing Co. Ltd, Legacy opéré par Ice to Ice Fishing Co. Ltd, et trois autres – Challenger I, Challenger II et Westfield – pour Ocean Blue Fishing Co Ltd sont inclus dans les Attachment Orders.

Du côté de l’ICAC, l’on fait comprendre qu’après cette étape initiale de Money Trail et d’Assets Tracing, l’enquête se poursuit pour identifier le réseau de prête-noms, dont certains ont déjà été démasqués. Durant la semaine écoulée, les enquêteurs ont entendu deux poissonniers de la région de Mahébourg avec de gros mouvements de fonds. Ces derniers ont confirmé qu’ils s’approvisionnent en fruits de mer auprès de la compagnie Babul and Sons Fishing Ltd. Et d’ajouter qu’ils ne sont nullement impliqués dans des transactions de blanchiment.

Leurs noms ont été relevés dans les documents saisis  par l’ICAC au siège de la compagnie de Nitesh Gurroby à Bonair Road, Triolet. Les enquêteurs ont noté des paiements de l’ordre de Rs 500 000. Avec les explications fournies lors de leurs auditions au QG du Rйduit Triangle, ils n’ont pas été inquiétés à ce stade. D’autres personnes liées à Babul and Sons Fishing Ltd seront aussi interrogées dans les jours à venir.