Children from a low income neighbourhood rest in front of a closed shop during a lockdown imposed by the government amidst rising Covid-19 coronavirus cases, in New Delhi on May 16, 2021. (Photo by Arun SANKAR / AFP)

Trois jours après le décès de leur père, un Indien emporté par le Covid-19, les jumelles Tripti et Pari, six ans à peine, dormaient aux côtés de leur mère, ignorant qu’elle venait aussi de succomber à la maladie et qu’elles étaient orphelines désormais.

Après avoir tambouriné en vain à leur porte, des proches les ont aspergées d’eau par une fenêtre pour qu’elles se réveillent et leur ouvrent.

Puis une fois le décès de leur mère constaté par les médecins, elles ont été emmenées.

Depuis le début de la pandémie, 283.248 vies ont été emportées en Inde, dont 4.529 en 24 heures mercredi. Des milliers d’enfants ont perdu au moins un de leurs deux parents durant la deuxième vague épidémique qui ravage l’Inde, qui comptait déjà des millions d’orphelins.

Cette multitude d’enfants supplémentaires livrés à eux-mêmes devient de plus en plus préoccupante. Ces enfants que le Covid-19 a rendus orphelins « ne vivent pas seulement une tragédie émotionnelle, ils courent un risque élevé de négligence, d’abus et d’exploitation », alerte Yasmin Haque, représentante d’Unicef en Inde.

Tripti et Pari, dont l’identité a été modifiée, ont été recueillies par l’oncle de leur mère.

« Je dis sans cesse aux filles que leurs parents vont bientôt rentrer », raconte Ramesh Singh, dont le nom véritable reste confidentiel pour la sécurité des enfants. « Je ne veux pas leur dire la vérité maintenant (…) elles sont trop jeunes ».

Après le décès de son époux, leur mère, cœur brisé et malade du Covid-19, a refusé de s’alimenter, poursuit-il.

 – Adoptions illégales en ligne –

En avril, dans l’Etat du Maharashtra, la presse locale a rapporté qu’un nourrisson avait été retrouvé dans les bras de sa mère, décédée du coronavirus depuis déjà 48 heures sans que quiconque ose intervenir de crainte de contracter le virus.

« Nous ignorons le nombre de morts, et encore moins le nombre d’enfants orphelins », déclare Akancha Srivastava, experte en cybersécurité, qui a créé une ligne d’assistance téléphonique dédiée à secourir les enfants dont les familles sont frappées par la maladie.

Les appels aux dons de lait maternel et de nourriture destinés aux nourrissons qui ont perdu leur mère inondent les réseaux sociaux, où l’on propose illégalement aussi des enfants à adopter.

« Bien que nous ne disposions pas encore de chiffres, nous observons l’émergence d’offres d’adoption illégales sur les réseaux sociaux, rendant les orphelins vulnérables à la traite et la maltraitance », s’inquiète aussi Yasmin Haque de l’Unicef.

En vertu de la loi indienne, le statut d’orphelin doit être constasté par un fonctionnaire du gouvernement avant que l’enfant soit placé dans une institution si aucun membre de la famille ne peut le recueillir.

Ce mois-ci, la ministre indienne des Femmes et du Développement de l’enfant, Smriti Irani, a d’ailleurs rappelé que les offres d’adoption, hors du circuit officiel, étaient « illégales » et dissimulaient des « pièges ».

L’AFP a reçu une offre d’adoption sur Whatsapp, intitulée « Enfants brahmanes », pour une fillette de deux ans et un garçon de deux mois, suggérant que ces enfants appartenaient à la caste supérieure hindoue. Depuis, ce numéro a été désactivé et fait l’objet d’une enquête des autorités.

– Une génération brisée –

Selon Akancha Srivastava, sa ligne d’assistance reçoit au moins 300 appels et messages par jour.

« Les autorités sont surchargées, les personnels harcelés. Il est extrêmement aisé dans de telles circonstances d’attribuer par erreur un enfant à un réseau d’extorsion ou d’adoption », a-t-elle déclaré.

Selon la Fondation Protsahan India, une organisation non gouvernementale de défense des droits de l’enfance, nombre d’orphelins en sont réduits à travailler et exercer toutes sortes de commerce dans la rue.

« C’est une génération d’enfants en extrême détresse, confrontés à de graves traumatismes, qui deviendront des adultes brisés », prévient Sonal Kapoor, la fondatrice. Les enfants sont les plus vulnérables devant cette féroce vague épidémique, ajoute-t-elle, et sont victimes de tous les maux, y compris d’inceste et de trafic sexuel.

Le grand-oncle de Tripti et Pari veut le meilleur pour les jumelles et a entamé les démarches pour les adopter officiellement. « Elles ont eu des parents merveilleux », confie-t-il, « j’espère que je pourrai aider les filles à réaliser leurs rêves ».

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