Le toit incliné et le bois procurent une atmosphère chaleureuse à l'intérieur

Une page se tourne pour le Mauritius Underwater Group (MUG), qui devra restituer au ministère du Logement et des Terres le bâtiment colonial qui abrite depuis 1970 ses cours théoriques de plongée. La structure — qui a fait office, jusqu’en 1956, de résidence pour les chefs de gare des trains avant d’accueillir, jusqu’en 1969, le chef de poste de Phoenix — ne sera pas détruite pour autant, puisque la Road Development Authority (RDA) prendra uniquement possession de l’enceinte de l’établissement pour y construire une route qui sera reliée à l’échangeur de Palmerstone. Ce chamboulement élimine du coup tout accès à l’établissement du plus ancien club de plongée du pays.

Si l’image des grandes maisons bourgeoises d’antan, à l’instar de la magnifique maison en bois d’Eureka à Moka, se grave plus facilement dans la mémoire collective, d’autres bâtiments en bois, plus modestes, reflètent également le savoir-faire des concepteurs du 19e siècle. C’est le cas en ce qui concerne la structure en bois où sont dispensés depuis 1970 des cours théoriques aux aspirants plongeurs du MUG, un club qui existe depuis 1964. C’est à Phœnix, à Railway Road, en face de l’Indira Gandhi Centre for Indian Culture, que se dresse ce bâtiment construit au milieu du 19e siècle en vue d’héberger les chefs de gare qui se sont succédé jusqu’au démantèlement des chemins de fer en 1956.  L’enceinte du bâtiment colonial était d’ailleurs traversée par les trains de la Mauritius Railways Company. Par la suite, de 1957 à 1969, les lieux furent occupés par le Postmaster de Phœnix.

Le toit incliné et le bois procurent une atmosphère chaleureuse à l’intérieur

Les matériaux traditionnels qui composent la bâtisse, tels le bois, la pierre et la tôle, figurent parmi les éléments qui contribuent le plus à son cachet colonial. Le toit incliné et le bois procurent une atmosphère chaleureuse à l’intérieur, où les murs sont ornés de photos retraçant les événements qui ont jalonné l’histoire du MUG, dont l’exploit de la découverte en septembre 1964 de l’épave du HMS Sirius, l’un des vaisseaux qui ont coulé lors de la bataille de Vieux-Grand-Port en 1810. L’on retrouve aussi les noms des membres fondateurs du club, dont Johnny Wood, Roger Rivalland, Fakhru Currimjee, Gisèle Poncini, Victor Latimer et son fils Robert Latimer, qui a publié un livre en 1977 pour raconter la genèse du club, de 1963 à 1977 (voir plus loin.) Les diverses formations offertes aux plongeurs débutants ou confirmés sont effectuées par des membres bénévoles selon les principes du BSAC (British Sub-Aqua Club), auquel le MUG est affilié.

« Un refuge de copains »

Le président du MUG, Cassamjee Buchoo, nous indique avoir reçu un courrier du ministère de l’Infrastructure nationale (MPI) le 17 septembre dernier pour un ordre d’évacuation du bâtiment dans un délai d’une semaine. « On a été pris au dépourvu et cela nous fend le cœur de devoir quitter ce lieu mythique où plus d’une centaine de plongeurs mauriciens et étrangers ont été formés depuis 1970. C’était aussi un refuge de copains », souligne Cassamjee Buchoo. La MPI et le ministère du Logement et des Terres ont informé le MUG que des travaux pour la construction d’une route aura lieu devant le bâtiment et qu’ils n’auront plus accès à leur club house. Une source à la Road Development Authority (RDA) nous a confié que « le contracteur qui sera désigné pour construire l’échangeur de Palmerstone aménagera une route de liaison dans la cour de la bâtisse. Ce qui fait que les locataires n’auront plus accès à l’emplacement. »  

Au-delà de l’émoi qu’engendre ce déménagement, ce qui préoccupe davantage les membres du MUG, c’est de savoir si le bâtiment colonial sera conservé ou s’il fera l’objet d’une démolition. Et quid du canon qui se trouve dans la cour? Un cadre du MPI répond : « il a déjà été décidé à la faveur des discussions avec le ministère des Arts et de la Culture que le bâtiment sera conservé et réhabilité dans un proche avenir.  Il n’y a pas de raison qu’on détruise un tel joyau qui servira de lieu de mémoire. Le canon qui se trouve devant le bâtiment sera déterré et érigé sur le côté. »

Interrogé à ce propos, le président de l’association SOS Patrimoine, Thierry Lebreton, « regrette encore une fois que le gouvernement a mis les citoyens et les défenseurs du patrimoine national devant le fait accompli. Les décisions continuent d’être prises en catimini sans qu’ils ne daignent consulter les personnes compétentes et nous garantir que le site sera conservé. » Les membres du MUG se réuniront une dernière fois ce mardi pour se remémorer les 50 années passées dans le bâtiment, avant de déménager vers leur nouveau siège à Saint-Jean.

Robert Latimer dans sa combinaison de plongée en 1972

Robert Latimer se replonge dans ses souvenirs

Le premier comité du MUG qui a été voté à l’unanimité le 7 juillet 1964 a vu Gerry Gaughen accéder à la présidence. Robert Latimer, qui est l’un des membres fondateurs du MUG, a écrit en 1977 le livre MUG- de 1963 à 1977. Il se replonge dans ses souvenirs, d’autant que son père, Vic Latimer, fait partie des plongeurs qui ont découvert l’épave du HMS Sirius. « La première plongée a été effectuée en juillet 1964 à Rivière-Noire à huit mètres de fond par quelques pionniers, dont mon père, Vic Latimer. En août 1964, un plus gros compresseur fut acheté par le MUG, ainsi que quatre bouteilles et détenteurs qui furent loués aux membres », relate Robert Latimer.

Le livre de Robert Latimer révèle que des expéditions ont été organisées pour trouver d’autres sites de plongée. La découverte de l’épave du HMS Sirius en septembre 1964 constitue l’événement qui révélera le MUG au grand public. « Il faut dire qu’on n’a pas chômé puisque nous avons réalisé cet exploit dès notre première année d’existence », nous confie Robert Latimer. Ce jour-là, Victor Latimer et un plongeur français, de passage à Maurice, ont l’idée de laisser dériver leur bateau au gré du vent en direction du récif nommé “Sirius”, où l’épave aurait coulé. « Malgré une mauvaise visibilité, mon père trouva un canon avec deux grands tubes de bronze enfouis dans le sable. Il avait donc découvert le Sirius », indique Robert Latimer, qui souligne que « le nombre d’adhérents au MUG s’est multiplié à partir de là. »

Robert Latimer se dit attristé que le coquet bâtiment en bois à Phœnix n’accueillera plus les membres du MUG. « Toute bonne chose a une fin, sauf les bons souvenirs passés dans des lieux chargés d’histoire comme celui de notre bon vieux siège qu’on a rénové plusieurs fois. J’espère que le gouvernement en fera de même », conclut-il.