In this photo taken on October 7, 2020, a child watches 'Mighty Little Bheem' cartoon series on a mobile phone at home in New Delhi. - It was a quest worthy of a superhero. Animator Rajiv Chilaka spent years flogging his pitch about a superhuman Indian child to Western executives, to no avail. But today "Mighty Little Bheem" is a global Netflix hit, with viewers seeking alternatives to white-dominated storylines. (Photo by Sajjad HUSSAIN / AFP) / -RESTRICTED TO EDITORIAL USE - STRICTLY NO COMMERCIAL USE- To go with 'INDIA-US-ENTERTAINMENT-TELEVISION-CHILDREN-DIVERSITY-NETFLIX', FOCUS by Ammu KANNAMPILLY

Le bébé Bheem a tout d’un petit Indien, du sari de sa maman à son faible pour les confiseries « laddoos », mais cette série télévisée a conquis des parents du monde entier en quête d’alternative aux superhéros blancs.

Lancée en 2019, « Mighty Little Bheem » — « Bheem Bam Boum » en français– entame sa troisième saison. C’est la série la plus populaire de Netflix auprès des tout petits et plus de 27 millions de foyers la regardent, selon la plateforme.

Ce bébé super curieux et super costaud en lange safran a connu un voyage agité d’Hyderabad (Sud de l’Inde) jusqu’à Hollywood.

Son créateur Rajiv Chilaka, 46 ans, a mis des années à convaincre les télévisions occidentales de s’intéresser à un super-héros indien.

« Je me suis fait jeter de chaque bureau où je venais frapper », raconte à l’AFP le créateur indien qui proposait au départ sa série « Chhota Bheem » (« Petit Bheem »), un succès en Inde mettant en scène un petit villageois de neuf ans doté d’une force surhumaine.

Les responsables approchés restaient de marbre, pensant que les enfants occidentaux n’aimeraient pas le décor « trop brillant et coloré » et le personnage sans chemise, se souvient-il.

« Cela n’avait pas grand sens pour moi », s’amuse-t-il. « Les enfants aiment les couleurs et Disney a fait +Le Livre de la jungle+, un film entier sur un garçon en slip, il y a des années ».

Même si les studios américains font régulièrement appel à elle pour obtenir à bas coûts des contenus en anglais, l’industrie indienne du dessin animé n’avait encore jamais été distinguée pour ses  productions originales.

– Version bébé –

Et puis Netflix est arrivé. La compagnie américaine veut entrer sur le très convoité marché indien du divertissement et mise sur un spin-off, version bébé, du héros populaire de Chilaka.

« Nous voulions vraiment un personnage qui trouve avant tout un écho auprès de nos membres indiens », explique à l’AFP Dominique Bazay, directrice de l’animation originale chez Netflix.

Il n’a pas été question d’occidentaliser le contenu, selon elle. Bheem porte un bindi traditionnel –un point sur le front– et vit dans un village où tout le monde est habillé à l’indienne. Elevé par sa mère célibataire, il se livre à mille et une farces et escapades.

La compagnie ne s’est pas inquiétée de la manière dont cette série –sans dialogues– serait comprise par les téléspectateurs hors d’Inde parce que la curiosité des enfants « est sans limite », souligne Mme Bazay.

Peu s’attendaient néanmoins à voir les aventures de Bheem cartonner autant. De Seattle à Sao Paulo, les fans se multiplient, à l’époque de « Black Panther » et d’un intérêt renouvelé pour la diversité dans l’industrie du divertissement.

Une New-Yorkaise, Lisa-Michelle Houck, explique à l’AFP que ses enfants de deux et quatre ans n’ont eu besoin d’aucune explication pour suivre l’histoire ou comprendre pourquoi Bheem aime les « laddoos »: pour eux, « c’est juste une sucrerie ».

Les facéties de Bheem font rire aux éclats les petits. Et pour les parents désireux de changer des programmes traditionnels pour enfants, avec leurs princesses en rose et leurs personnages tous blancs, la série offre une ouverture facile sur un monde multiculturel.

Le foyer mono-parental de Bheem montre qu' »il n’y a pas seulement une bonne façon d’avoir une famille », dit Mme Houck. Elle-même et son épouse voulaient aussi que leurs enfants métis voient qu' »on n’a pas besoin d’être blanc pour être un super-héros ».

« Quand j’ai commencé à travailler, j’avais bien conscience qu’il s’agissait du premier dessin animé venu d’Inde à trouver une plateforme aussi importante », confie Rajiv Chilaka. « C’était un grand poids sur mes épaules parce que je savais que cela pourrait ouvrir les portes à d’autres ».

Son studio, Green Gold Animation, a lui-même mué, passant de 25 employés à quelque 1.200 en Inde, aux Etats-Unis, à Singapour et aux Philippines.

« Nous nous pinçons toujours pour y croire », dit-il. « Ce petit gamin a mis ma vie sens dessus dessous ».

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