(FILES) In this file photo taken on May 11, 2012 Indian grandmaster Vishwanathan Anand plays during a FIDE World chess championship match in State Tretyakovsky Gallery in Moscow. - Mass lockdowns and "The Queen's Gambit" have brought unexpected gains for chess during the coronavirus, Indian grandmaster Vishwanathan Anand told AFP, praising the hit TV show's "accurate portrayal" of the game. Anand, who spent three months stranded in Germany waiting for a flight back to India, said chess has enjoyed a surprise boom during the pandemic, with millions more people playing and following games online. (Photo by Kirill KUDRYAVTSEV / AFP)

Les mesures de confinement contre le Covid-19 et la mini-série américaine « Le Jeu de la Dame » diffusée sur Netflix ont suscité un « spectaculaire » engouement pour le jeu d’échecs en ligne, a déclaré à l’AFP le grand maître indien Vishwanathan Anand.

Contrairement aux nombreux sports ayant souffert cette année des mesures de confinement, les échecs ont bénéficié d’une embellie phénoménale, confirmée par la plateforme Chess.com qui a enregistré 2,5 millions de nouveaux membres sur le seul mois de novembre.

Cette flambée de passion pour le sport cérébral s’est clairement accentuée à partir de la fin octobre avec « la diffusion de la nouvelle série +Le Jeu de la Dame+ sur Netflix qui a eu un effet spectaculaire », affirme la star internationale, louant « la justesse du traitement » de sa discipline dans cette fiction.

Adaptée du roman éponyme de Walter Tevis, inspiré du champion américain Bobby Fischer et publié en 1983, l’action située dans les années 1950-1960 retrace l’ascension fulgurante d’une orpheline du Kentucky en proie aux addictions, Beth Harmon, dans l’univers des échecs encore dominé par les hommes.

Grâce à cette série en sept épisodes, « des gens assis chez eux dans leur fauteuil ont pu découvrir le jeu d’échecs », se réjouit M. Anand, joint par téléphone à Chennai (l’ancienne Madras, sud) où il réside.

Les échecs avaient déjà rencontré pendant le confinement un tel succès que « désormais plus de 13 millions d’adeptes jouent en ligne », s’enthousiasme-t-il.

Né le 11 décembre 1969, Vishwanathan Anand figure au 16e rang du classement international d’échecs, au troisième en Asie et premier en Inde, autant dire qu’il fait partie de la crème de la crème des échecs. Il a remporté cinq titres de champion du monde au long de sa carrière.

– « Federer ou Maradona dans votre salon » –

Le plus grand joueur d’échecs que l’Inde ait produit, — il a eu la chance de se mesurer aux plus grands tels que le célébrissime Russe Garry Kasparov, Vladimir Kramnik, un autre Russe, ou encore l’Israélien d’origine biélorusse Boris Gelfand, — souligne que l’internet a permis aux échecs de toucher plus amplement le public.

« Tout le monde, y compris quelqu’un qui ignore tout des règles des échecs, peut s’y mettre en ligne », assure M. Anand, « c’est une expérience adaptée, conçue pour tous les publics ».

Le grand maître a remporté en 2000, à l’âge de 30 ans, son premier titre de champion du monde, trois ans après la défaite historique du super-ordinateur Deep Blue face au champion du monde de l’époque Kasparov.

« J’étais à la jonction des générations. J’avais 17 ans quand la première base de données dédiée aux échecs est apparue. Et depuis cette époque jusqu’à ce jour, j’ai toujours considérablement travaillé avec les ordinateurs », raconte-t-il.

« Les ordinateurs ont changé la façon dont on étudie le jeu. Tout individu, aussi nul et isolé soit-il, se retrouve assis en face du meilleur joueur d’échecs du monde, prêt à répondre n’importe quand à n’importe quelle de ses questions », fait-il valoir.

« C’est un peu comme si vous aviez Roger Federer ou Diego Maradona dans votre salon qui vous dirait : ‘tout ce que vous voulez savoir, je vous l’enseignerai’. Les programmes de jeux d’échecs ont un impact équivalent », explique-t-il encore.

Au moment du grand confinement, le champion indien est resté bloqué trois mois en Allemagne, où il disputait un tournoi loin de chez lui, dans l’attente d’un vol de retour vers l’Inde.

Aussi, en cette année singulière, il a pu mesurer toutes les limites de la technologie et l’absolue nécessité des échanges humains physiques. Rien ne saurait jamais reproduire et encore moins remplacer les sensations et l’atmosphère d’un tournoi vécu en direct, dit-il, l’expérience et l’intensité du face-à-face en chair et en os.

« Pour jouer vraiment, il faut connaître l’impression que procure le fait d’être assis dans une salle, en ressentir toute la tension », insiste-t-il, « j’ai besoin de me souvenir de tout ça, ce fut une très, très longue pause. L’activité du monde n’avait encore jamais été réduite à ce point-là. »

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