Patients wait for a consultation at the National Center for Artificial Limbs, in Libya's port city of Misrata, on December 17, 2020. - With Libya's health sector left in tatters by its multiple conflicts since the 2011 revolution, war-wounded Libyans are often sent abroad for treatment, at the expense of the state. However, A national centre for prostheses, being established in Misrata, already has a patient waiting list of more than 3,000 amputees, and its director hopes to be able in 5 years "to provide prostheses to all amputees in Libya". (Photo by Mahmud TURKIA / AFP)

« L’amputation était inévitable »: Radwan Jibril a été blessé en 2011 lors de combats en Libye. S’il a la chance d’être équipé d’une prothèse, c’est plus difficile pour des milliers d’amputés libyens victimes d’obus ou de mines dans ce pays en conflit depuis dix ans.

Un nouveau centre orthopédique doit ouvrir en mars à Misrata (ouest). Il ambitionne de fournir des prothèses à tous les amputés de Libye, en proie au chaos et aux divisions depuis la révolte ayant entraîné la chute du régime de Mouammar Kadhafi en 2011.

Le pays est dirigé depuis 2015 par deux autorités rivales: le Gouvernement d’union nationale (GNA), reconnu par l’ONU, et un pouvoir dans l’Est incarné par le maréchal Khalifa Haftar.

C’est dans sa ville natale de Misrata que Radwan Jibril a été « blessé à la jambe par des éclats d’obus ».

« Malgré plusieurs séjours médicaux à l’étranger, l’amputation était inévitable car la blessure a été mal soignée. Ca a été un choc », raconte ce Libyen barbu de 38 ans. « On m’a posé une prothèse en Italie mais j’ai mis du temps à m’y faire ».

Il a peu à peu apprivoisé ce membre artificiel –ce « corps étranger », comme il l’appelle– et, avec l’aide de sa famille, a ouvert une poissonnerie à Misrata où il se déplace d’un étal à l’autre, la jambe droite raide.

– « Demande croissante » –

Mohamad Al-Nouri, 28 ans, a perdu une main lorsqu’il combattait en 2019 dans les rangs du GNA, basé à Tripoli, pour repousser une offensive du maréchal Haftar contre la capitale.

Originaire de Zaouia (ouest), il dispose d’une main artificielle mais attend d’aller en Allemagne pour la pose d’une prothèse définitive.

« Je ne pense pas pouvoir retourner au café où je travaillais (…), il me faudra encore beaucoup de temps pour reprendre confiance en moi », souffle-t-il.

Les affrontements ont fait des milliers d’amputés depuis 2011 en Libye.

Le Centre national pour les prothèses doit être « officiellement ouvert en mars 2021 » dans un bâtiment flambant neuf de Misrata pour offrir ses services aux victimes des combats notamment, explique à l’AFP Al-Sadeq Al-Haddad, son directeur.

« Plus de 3.000 amputés figurent sur nos listes » d’attente mais leur nombre est en réalité bien supérieur et « au moins 20% d’entre eux ont des handicaps nécessitant la pose d’une prothèse », estime-t-il.

– « Homme nouveau » –

Les infrastructures sanitaires ayant été détruites par les combats, les blessés de guerre partent le plus souvent se faire soigner à l’étranger, aux frais de l’Etat.

Le futur centre permettra au gouvernement d’économiser des « sommes importantes », selon le directeur.

« Une équipe de spécialistes hongrois formera des techniciens et gèrera un service de rééducation pendant un an », précise-t-il.

Et, pour répondre à une « demande d’aide croissante des amputés », un partenariat a été conclu avec le département de rééducation de l’université de Misrata, créé avec le soutien du Comité international de la Croix-Rouge et du GNA.

Ce qui a déjà permis à nombre d’entre eux d’accéder à des soins à l’université: « Depuis 2016, 1.000 prothèses ont été posées » dans ce département par des techniciens libyens formés à l’étranger, souligne M. Haddad.

Badreddine Moftah, l’un de ces orthoprothésistes, a choisi son métier « après avoir rencontré tellement d’amputés depuis 2011 ». En 2019, il suit un stage d’un an en Allemagne puis regagne son pays pour y exercer.

Malgré l’équipement rudimentaire du laboratoire universitaire, il fabrique minutieusement des emboîtures en plâtre pour recouvrir le moignon avant la pose d’une prothèse. Sous le regard attentif de deux étudiantes.

« Dans cinq ans, nous espérons pouvoir fournir des prothèses à tous les amputés en Libye », dit Al-Sadeq Al-Haddad. « Cela les aidera à reprendre en main leur vie avec un soutien psychologique et physique. »

C’est du moins le cas de Radwan Jibril, qui assure que son handicap a fait de lui « un homme nouveau ».

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