La crise autour de la suspension du présentateur de la BBC Gary Lineker pour des tweets critiques envers le gouvernement britannique a fait éclater une nouvelle polémique sur un sujet déjà source de controverse pour le groupe audiovisuel public: l’impartialité.
L’ancien footballeur star de l’équipe d’Angleterre a été suspendu de l’émission phare « Match of The Day », après avoir critiqué le projet de loi du gouvernement visant à empêcher les migrants arrivant illégalement de demander l’asile au Royaume-Uni, un texte décrié jusqu’à l’ONU.
Il a dénoncé « une politique cruelle à destination des plus vulnérables, dans un langage qui n’est pas dissimilaire à celui utilisé par l’Allemagne dans les années 1930 ».
Si la crise immédiate a trouvé une issue lundi, avec la réintégration du présentateur de 62 ans, la polémique sur l’impartialité de la BBC semble loin d’être terminée.
La redevance étant sa principale source de financement, la confiance du public dans l’impartialité de la BBC est un facteur essentiel de sa survie, face à la concurrence des plateformes en ligne notamment chez les jeunes.
Le directeur général de la BBC Tim Davie a souligné dans une déclaration annonçant le retour de Lineker que « l’impartialité est importante pour la BBC ».
Il a aussi reconnu « la confusion potentielle créée par les zones grises des recommandations de la BBC sur l’usage des réseaux sociaux ».
La BBC est particulièrement exposée par l’utilisation des réseaux sociaux, qui vient parfois brouiller des frontières jadis plus claires entre les différents rôles du géant audiovisuel (information, divertissement, etc.), et celles des vies professionnelles et personnelles de son personnel.
– Liens avec les conservateurs –
Les critiques de Lineker reprochent à la BBC de lui avoir permis d’utiliser l’audience dont il bénéficie auprès des fans de football pour peser sur le débat politique.
Ses soutiens accusent au contraire la BBC d’être à la main du parti conservateur au pouvoir, soulignant que le président actuel de la BBC Richard Sharp est intervenu pour aider à faciliter la garantie d’un prêt au profit de l’ex-Premier ministre Boris Johnson quand il candidatait à la direction du groupe audiovisuel public.
Les critiques mettent aussi en évidence les liens qu’avait autrefois Tim Davie au parti conservateur, et la présence au conseil d’administration de Robbie Gibb, un ancien responsable de la communication de Downing Street sous Theresa May.
Ces allers-retours représentent l’un des symptômes des débats en cours, sur fond d’accusations de parti pris.
La situation de Richard Sharp a mis en évidence le caractère politique du processus de nomination du président de la BBC, à qui revient la tâche de superviser la stratégie du conseil d’administration et de mener le processus de nomination du directeur général, qui est aussi son rédacteur en chef.
Sa proximité avec le camp conservateur a conduit à des accusations lui reprochant de s’en prendre à Lineker en raison de ses critiques envers le gouvernement.
Mais les polémiques autour de la nomination du directeur général n’ont rien de nouveau.
En 2001, les conservateurs s’étaient plaints de la nomination de Gavyn Davies, un donateur du parti travailliste dont l’épouse travaillait avec le ministre des Finances Gordon Brown.
– entre deux feux –
Toutefois, la polémique est restée confinée aux couloirs de Westminster jusqu’au référendum de 2016 qui a vu les Britanniques opter pour le Brexit.
Les partisans de la sortie de l’UE ont accusé la BBC de couverture déséquilibrée sur les conséquences du Brexit.
Si les présentateurs n’appartenant pas à la rédaction ne sont pas tenus aux mêmes règles strictes d’usage des réseaux sociaux, les soutiens du Brexit ont souligné la fréquence des tweets anti-Brexit par les présentateurs, y voyant la preuve d’un parti pris au sein de la BBC.
Plus récemment, la présentatrice de la BBC Martine Croxall a été privée d’antenne pour s’être réjouie du retrait de Boris Johnson de la course au pouvoir après la débâcle de Liz Truss qui lui avait succédé à Downing Street.
De leur côté, les soutiens du Labour ont accusé la BBC d’être défavorable à l’ancien dirigeant du parti, le très à gauche Jeremy Corbyn, que Lineker avait lui-même appelé à « mettre à la poubelle » en 2017.
Les anti-Brexit estiment aussi que la BBC n’en a pas fait assez pour lutter contre la désinformation dans la campagne en faveur du Brexit.

