La bousculade meurtrière dans un stade de football en Indonésie, qui a causé la mort de 131 personnes, dont 32 enfants il y a une semaine, a mis en évidence les dysfonctionnements et défaillances du football indonésien, estiment des experts.
« C’est un signal d’alarme, un (signal) qui nous a coûté cher », résume pour l’AFP le commentateur sportif indonésien Mohamad Kusnaeni.
Le président indonésien Joko Widodo qui s’est rendu mercredi sur le site du drame, a aussitôt ordonné un audit de tous les stades du pays, en présentant le stade de Jakarta avec ses 78.000 places comme la référence du pays.
Le stade Kanjuruhan de Malang (Java oriental), où a eu lieu l’un des pires drames de l’histoire du football, est loin d’être un stade modèle: ses portes d’accès n’étaient ainsi pas assez larges pour accueillir plus de deux personnes à la fois et certaines portes n’ont pas été ouvertes à temps.
« (On fait face à) de nombreux dangers chaque fois que l’on entre dans un stade de football en Indonésie », souligne Pangeran Siahaan, un expert.
Alors que l’Indonésie doit accueillir la Coupe du monde des moins de 20 ans en 2023, beaucoup de stades du pays ne sont pas conformes aux normes internationales, renchérit Mohamad Kusnaeni.
– Inspirés par les ultras italiens –
Certaines tribunes ne comportent pas de sièges individuels mais des bancs, permettant à davantage de personnes de se tenir debout et de se regrouper, mais rendant plus difficile la sécurisation des stades.
« Nous devons apprendre de cela. Des sanctions mineures ont permis que les négligences dans le milieu du football se répètent », regrette Akmal Marhali, coordinateur de l’organisme de surveillance Save Our Soccer et membre du groupe d’enquête sur le désastre.
« Il faut un changement progressif et des mesures qui (permettent) de tourner la page », insiste-t-il.
Les supporteurs de Persebaya Surabaya avaient été interdits d’accès au stade par crainte de violences, « du fait de la rivalité intense et (…) de la culture des spectateurs », rappelle la secrétaire générale adjointe de la fédération indonésienne de football (PSSI) Maike Ira Puspita, refusant d’incriminer la police.
Cependant, lorsque des supporters d’Arema FC ont envahi le terrain pour exprimer leur colère après la défaite de leur équipe, un enchaînement d’événements, aggravé par la réaction violente de la police, a déclenché une bousculade tuant de nombreuses personnes par piétinement ou étouffement.
Si les supporteurs ont estimé ne pas être responsables de cette tragédie, la police a elle semblé blâmer leurs comportements « anarchiques », avant de suspendre neuf policiers et de renvoyer le chef de la police locale.
Le drame a attiré l’attention sur les groupes d’ultras indonésiens, aux allures de milices en uniformes entraînées au combat, buvant les paroles de commandants respectés qui les dirigent à coup de mégaphone.
Ces groupes, comme le Curva Nord Persija de Jakarta, se livrent à des démonstrations visuelles chorégraphiées inspirées des ultras italiens.
– « Intervention de Dieu » –
Dans les stades indonésiens, certains supporters portent des maillots avec le slogan « sampai mati » (« jusqu’à la mort »). Par le passé, des supporteurs rivaux ont été battus à mort.
Les clubs doivent utiliser des véhicules blindés pour leur déplacement, des hooligans des équipes locales s’étant parfois postés sur des autoroutes pour les attaquer.
« C’est le moment pour tous les supporteurs de réaliser que le football consiste à soutenir son équipe préférée et non à haïr l’équipe rivale », espère Mohamad Kusnaeni. « Les supporteurs doivent changer (de) philosophie ».
Les propriétaires de Persebaya Surabaya et Arema FC se sont entretenus pour discuter de la rivalité existante, tout comme des représentants des supporteurs des deux clubs.
« Peut-être est-ce l’intervention de Dieu pour unir les supporteurs d’Arema avec (ceux de) Persebaya », avance à l’AFP Danny Agung Prasetyo, coordinateur du groupe de supporteurs d’Arema FC.

