A ceramic painting visible at 10 rue des Petits-Carreaux, in Paris, one of the last remains of the French colonial era, classified as a Historic Monument since 1984, is taken on June 17, 2020 with traces of vandalism. (Photo by Anne-Christine POUJOULAT / AFP)

Cinq femmes métisses nées au Congo belge dans les années 1940 et arrachées de force à leurs mères ont décidé de porter plainte contre l’Etat belge pour « crimes contre l’humanité », selon le texte de la plainte obtenu jeudi par l’AFP.

Les plaignantes, toutes nées d’une union entre une congolaise noire et un blanc, ont été placées par l’administration belge dans une mission catholique, dès leur plus jeune âge, comme ce fut le cas pour des milliers d’enfants métis pendant la période coloniale.

« Ce sont des rapts d’enfants qui ont été organisés par l’Etat belge et mis en œuvre avec le concours de l’Eglise », accusent ces femmes, quatre Belges et une Française, âgées aujourd’hui de 70 à 74 ans.

« Certaines d’entre elles sont nées de père déclaré inconnu sur leurs documents, alors qu’il ne l’était pas », ajoute la plainte, rappelant que le principe était de « soustraire l’enfant métis à toute influence de la mère », sur fond de séparation stricte entre Blancs et Noirs.

Selon les médias, la requête a été déposée au tribunal de première instance francophone de Bruxelles mercredi, à quelques jours du 60e anniversaire de l’indépendance du Congo, le 30 juin 1960.

« La citation a été notifiée à l’Etat belge, mais n’est pas encore inscrite au rôle (du tribunal) actuellement » et aucune date d’audience n’a été fixée, a indiqué jeudi à l’AFP une porte-parole du tribunal.

L’Etat belge se voit aussi reprocher d’avoir « abandonné » ces enfants au moment de l’indépendance, certains devenant alors la proie de « miliciens » congolais. Le texte évoque « abus sexuels, viols, attouchements ».

« Nous étions les enfants du péché, on était malheureux », a dit l’une des cinq plaignantes, Léa Tavares Mujinga, à la chaîne francophone RTBF, qui a enquêté sur le sujet avec le quotidien Le Soir et l’hebdomadaire Le Vif.

Les avocats des plaignantes estiment que le « crime contre l’humanité » est constitué car ces femmes métisses ont été victimes d’un système « institutionnalisé », « via notamment des réglementations raciales officielles » prises par l’Etat.

Elles réclament le paiement d' »une somme provisionnelle de 50.000 euros » à chacune d’elles et la désignation d’un expert chargé d’évaluer le préjudice moral subi.

En avril 2019, la Belgique, par la voix de son Premier ministre d’alors Charles Michel, avait présenté ses excuses « pour les injustices et les souffrances » endurées par ces enfants métis placés de force à l’écart de la population.

La Belgique a été la puissance coloniale du Congo (aujourd’hui RDC, ex-Zaïre) et du Ruanda-Urundi, jusqu’aux indépendances acquises en 1960 pour le premier pays et en 1962 pour le Rwanda et le Burundi.

Selon l’association « Métis de Belgique », entre 14.000 et 20.000 enfants métis sont nés dans ces trois pays de liaisons entre des colons et des femmes « indigènes ».

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