AFP

Le pape François a prononcé mercredi un vigoureux plaidoyer contre les injustices sociales, encore aggravées par la pandémie du coronavirus, demandant à ce que de futurs vaccins n’aillent pas en priorité « aux plus riches ».

« Comme il serait triste que le vaccin contre le Covid-19 soit donné en priorité aux plus riches! Comme il serait triste qu’il devienne la propriété d’une nation et qu’il ne soit pas universel et destiné à tous », a commenté le souverain pontife durant sa traditionnelle audience du mercredi retransmise en direct depuis sa bibliothèque privée au Vatican.

Les vaccins devraient au contraire être d’abord distribués à « ceux qui en ont le plus besoin », a-t-il plaidé en référence aux plus démunis.

Plusieurs vaccins sont en phase de tests dans le monde contre le virus, qui a fait au moins 774.832 morts dans le monde depuis son apparition fin décembre. « Nous devons prévenir le nationalisme vaccinal », a estimé mardi lui aussi le directeur général de l’Organisation mondiale pour la santé (OMS), Tedros Adhanom Ghebreyesus.

Cela fait près de six mois que l’Argentin Jorge Bergoglio, très friand des contacts directs avec les fidèles, n’a pas fait le tour de la place Saint-Pierre dans sa papamobile à l’occasion de son audience du mercredi, mais il tente aujourd’hui de peser de tout son poids moral pour réclamer une nouvelle société post-pandémie, plus respectueuse des pauvres et de la Terre.

« La pandémie a mis en lumière la difficile situation des pauvres et la grande inégalité qui règne dans le monde. Et le virus, tout en ne faisant aucune exception entre les personnes, a rencontré sur son chemin dévastateur de grandes inégalités et discriminations. Et les a fait croître », a-t-il déploré mercredi.

– « Changer ce monde » –

Pour lui, la bataille actuelle doit donc être livrée sur deux fronts. « D’une part, il est essentiel de trouver le remède à un virus minuscule mais terrible qui met le monde entier à genoux. D’autre part, nous devons combattre un grand virus, celui de l’injustice sociale, de l’inégalité des chances, de la marginalisation, du manque de protection des plus faibles », a-t-il souligné.

« Nous devons changer ce monde », a martelé le pape, une nécessité rendue d’autant plus cruciale « si le virus devait s’intensifier de nouveau dans un monde injuste pour les pauvres et les personnes vulnérables ».

Le pape se fait l’avocat non pas de « l’assistanat », mais de « la création d’emplois décents » et « d’une économie où les personnes, et surtout les plus pauvres, sont au centre ».

L’Argentin, qui vu de près la grande pauvreté et la crise économique dans son pays, est connu pour ses sorties répétées contre un libéralisme économique qui « jette » les travailleurs comme des « déchets ».

Il a estimé mercredi que les Etats devraient diriger leur soutien économique vers les secteurs industriels vertueux, en énumérant « quatre critères » clefs, dont la protection de l’environnement.

« Quel scandale cela serait si toute l’aide économique déployée – en majeure partie de l’argent public – servait à sauver des industries qui ne contribuent pas à l’inclusion des personnes exclues ainsi qu’à leur promotion, au bien commun et à la préservation de la Création », a-t-il stipulé.

« L’option préférentielle pour les pauvres est au centre de l’Evangile », a rappelé le chef des 1,3 milliard de catholiques à travers le monde, en se défendant de toute approche « politique » ou « idéologique ».

Face aux dramatiques conséquences sociales de la pandémie, « tout le monde veut un retour à la normalité et une reprise de l’activité économique », a-t-il convenu. « Mais cette normalité ne devrait pas inclure les injustices sociales et la dégradation de l’environnement ».

Il a ensuite répété son rêve d’un monde post-virus transformé: « La pandémie est une crise, et on ne sort pas inchangés d’une crise, on en sort ou meilleurs ou pires. Nous devrons en sortir meilleurs ».