Amputé de la jambe gauche, Atma Shanto garde haut et fort le flambeau de la lutte syndicale

« Le plus dur pour moi a été de passer la journée du 1er mai dans un fauteuil roulant »

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« Les patrons me disent : “Vous êtes revenu si vite…” »

Sa détermination et son inflexibilité face aux situations les plus difficiles ne souffrent d’aucune contestation. Il avait accepté de passé- une nuit en cellule pénitentiaire parce qu’il avait refusé de payer sa caution en Cour, suivant la plainte d’un responsable des ressources humaines. Atma Shanto, négociateur de la Fédération des travailleurs unis (FTU), est engagé ces jours-ci un nouveau combat contre la maladie. Amputé de la jambe gauche il y a quatre mois, il a déjà repris ses activités syndicales, soutenu par sa famille et ses collaborateurs. Surtout animée par cette flamme pour la lutte en faveur des droits fondamentax. Atla Shanto est de la trempe des syndicalists, qui savent que « lasours kot no tou pou al bwar, li bien bien lwin » et que pour « sak flambo qui pou teign ena mil pou alime. »

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Quand Le-Mauricien l’a rencontré jeudi après-midi, il s’apprêtait à se rendre à la Commission de Conciliation et de Médiation. Aidé d’un de ses collaborateurs, pour se déplacer en fauteuil, Atma Shanto a tenu à être personnellement présent pour défendre les intérêts de ses membres. Pourtant, en avril dernier, sa vie a basculé. « J’avais des problèmes de santé et le médecin m’a annoncé que je devais être amputé de la jambe gauche. C’était très difficile à accepter, surtout que j’ai toujours été quelqu’un de très actif. Mais j’ai dû m’y faire. Ma famille et mes collaborateurs m’ont beaucoup soutenu pour cela » confie-t-il.

On est alors à la veille du 1er mai, Fête du Travail. Date symbolique pour tout syndicaliste digne de ce nol. Généralement, à cette date, Atma Shanto, comme les autres syndicalistes, est très pris dans les activités. Mais cette fois, la situation était bien différente. « Le plus dur pour moi a été de passer la journée du 1er mai dans un fauteuil roulant. J’ai suivi les activités de la Fête du Travail à la télé et à la radio. Ce n’était pas évident », concède-t-il avec courage.

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Peu de temps après, alors qu’il est toujours en convalescence, Atma Shanto se retrouve sur un site de travail pour une négociation. « Lorsque la directrice, une étrangère, m’a vu, elle m’a dit : M. Shanto, vous êtes revenu si vite dans l’arène syndicale. Généralement,  les patrons ont ce genre de réaction quand ils me voient », dit-il.  Ce dernier parle également de la bienveillance des officiers du ministère du Travail, du tribunal et de la Commission de Conciliation, entre autres, qui facilitent son accès aux sites des réunions.

De même, quand il se rend dans une entreprise, il s’arrange avec la direction, au préalable, pour que la réunion se tienne dans un endroit accessible. « Pour le moment, je me déplace en taxi, mais cela coûte. J’ai mes collaborateurs également qui m’aident pour le fauteuil. Mais je n’ai pas l’intention de rester comme cela. J’ai bien l’intention de recommencer à marcher et de prendre le bus », rassure-t-il avec le flegme qu’on lui connaît.

Marcher à nouveau

Atma Shanto a en effet commencé un traitement pour pouvoir se faire poser une prothèse. Ce qui facilitera alors ses déplacements. « J’ai 64 ans. J’aurai pu arrêter mes activités, mais mes membres ont besoin de moi. Quand on prend un engagement, il faut aller jusqu’au bout. D’ailleurs, quand j’étais à l’hôpital, les délégués avaient organisé une assemblée pour décider de la marche à suivre. Ils ont décidé à l’unanimité que je devais continuer à les représenter », fait-il comprendre.

Ce qui l’attriste cependant, avoue-t-il, c’est que certains ont voulu profiter de sa situation de faiblesse. « Il y a des fédérations qui ont profité de ma condition pour essayer de faire du débauchage. Cela m’attriste, mais je laisse chacun à sa conscience. À chacun de voir s’il agit dans l’intérêt des travailleurs », dénonce-t-il avec amertume.

Atma Shanto se dit, lui, guidé par les principes acquis au cours de ses 35 années de lutte. Il se rappelle encore qu’il avait même pris ses distances de la FTU à un moment donné en raison de certains désaccords. « Dans les années 80’, la FTU est passée par des moments difficiles quand deux de ses dirigeants, en l’occurrence Showkutally Soodhun et Alain Laridon, s’étaient présentés candidats aux élections générales, sous la bannière du MSM. »

Cette situation avait donné lieu à beaucoup de critiques, relate-t-il. « Les travailleurs avaient perdu foi dans le syndicat et beaucoup sont d’ailleurs partis. Des amis sont venus me voir pour me demander de revenir et de reprendre le syndicat en main. J’ai accepté. J’ai pu redresser la situation. Je suis resté une année sans salaire, car il n’y avait pas de ressources », reconnaît-il.

Aujourd’hui encore, il n’est pas prêt de baisser les bras. Pourtant, la lutte syndicale devient d’autant plus difficile, avec les répressions et l’espace démocratique qui rétrécit comme une peay de chargin, relève-t-il. Il cite en exemple le cas de la présidente de l’Air Mauritius Cabin CrewAssociation (AMCCA),Yogita Baboo. « Je me demande depuis quand un représentant syndical doit demander la permission à son employeur avant de s’exprimer dans les médias. Si une compagnie financée par l’argent public commence à donner ce genre d’exemple, il ne faut pas s’étonner que le secteur privé puisse faure le pire. »

Il témoigne d’un cas au sein d’un groupe hôtelier, où il a des pressions sur les employés pour prendre leur distance de leur syndicat. Et ce, en dépit du fait que l’Employment Relations Tribunal ait émis un ordre pour la reconnaissance du syndicat. « C’est dommage que certaines mentalités n’aient pas évolué. Certains se croient encore à l’époque de l’esclavage. Pourtant, ces mêmes personnes, lorsqu’elles sont à la tête d’organisations patronales, peuvent critiquer le gouvernement. Là, personne ne peut rien leur dire », s’étonne-t-il.

Atma Shanto se dit tout de même déterminé à continuer son combat. Il indique qu’il était encore adolescent quand il a participé à sa première manifestation. « C’était la grève des étudiants de 1975. J’étais en Form 3. Je me rappelle comment les éléments de la Riot Unit avaient bloqué le pont de Grande-Rivière-Nord-Ouest pour empêcher les étudiants de traverser le pont et la rivière pour manifester. Les plus grands menaient la marche et essayaient même de passer par la rivière. C’est un événement qui m’a marqué et qui m’a poussé vers l’engagement plus tard », se souvient Atma Shanto.

Au cours de sa carrière de syndicaliste, Atma Shanto dit avoir vécu des moments forts, comme les deux grèves de la faim, avec les employés d’Innodis, d’une part, et les licenciés de la Central Water Authority (CWA), d’autre part. Il évoque également des moments plus tristes, comme ce jour où il a été conduit à la prison de Beau-Bassin. « Un responsable des ressources humaines avait porté plainte contre moi suivant une manifestation qui avait eu lieu longtemps avant. En cour, on m’avait imposé une caution et une reconnaissance de dettes. J’ai refusé. On m’a alors envoyé en prison. Je suis monté dans le gros fourgon noir. J’avais le coeur gros quand on est passé devant ma maison, à Petite-Rivière. Ma vieille mère de 80 ans avait été très marquée par cet événement. »

On se souvient que par la suite, Ashok Subron avait payé sa caution pour qu’il soit libéré le lendemain. Atma Shanto affirme avoir reçu beaucoup de sympathies et de marques de solidarité à cette occasion. Il se dit cependant intrigué par le rôle de la police, qui n’hésite pas à agir quand il y a des manifestations, mais qui ne fait rien quand il y a des employés qui portent plainte contre leurs patrons, dit-il. « Pourtant, la loi fait provision pour que la police enquête dans de telles situations. De même, j’ai déjà reçu une lettre d’un ancien commissaire de police qui a affirmé avoir donné instruction à toutes les stations d’ouvrir une enquête quand il y a une plainte sous la loi du travail. Mais dans le concret, on ne voit jamais rien », s’insurge-t-il.

Atma Shanto témoigne qu’en ce moment même, son passeport se trouve en possession de la police, suite à une enquête sur une manifestation des chauffeurs de taxi devant les locaux de la National Land Transport Authority (NLTA), à Cassis. « Peut-être que si j’avais mon passeport en main, j’aurais pu me faire soigner à l’étranger. Mais je n’ai pas eu cette chance », se demande-t-il.

Il affirme qu’il n’est pas découragé pour autant et qu’il continuera à lutter avant autant de détermination qu’avant. « Rien ne pourra m’arrêter. Je suis déterminé à continuer ma lutte tant que ma santé me le permettra. Mon plus grand souhait est de pouvoir reprendre mes activités à 100% et prendre mon bus pour venir au bureau. Je ne baisserai pas les bras », soutent-il avec force.

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