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Arts et Arts et scènes : Les traditions populaires à Rodrigues, un patrimoine à sauvegarder

Mieux penser et faire vivre durablement le patrimoine rodriguais (chants en kreol, danses, musiques et autres pratiques culturelles) pour favoriser la transmission : c’est l’objectif visé par la Troupe Ganding de Rodrigues. Histoires, chants, expressions ont été collectés auprès des grandes personnes. L’appropriation et la recréation d’un répertoire traditionnel autour de la fête populaire Bananin s’inspirent de témoignages qui ont nourri une comédie musicale de Marcel Poinen, Bananin Koste, présentée au Caudan Arts Centre le week-end dernier. Un spectacle autour de la fête profane qui a replacé le spectateur dans un « temps passé », lui permettant d’en faire l’expérience.

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« Bizin protez nou fami, pa ignor so valer… Nou finn rasanble anba pie Ganding, get komedi Yaya kouma letan lontan li ti fer konpot ek so zingredian kalbas… », chantent les comédiens de la troupe rodriguaise, de passage à Maurice. Ganding, c’est aussi le nom d’un arbre menacé de disparition à Rodrigues et qu’il faut préserver. Si le théâtre rodriguais n’en est qu’à ses premiers pas, Marcel Poinen, installé dans l’île depuis quelques années, n’a pas manqué de l’inclure dans un spectacle cent pour cent rodriguais, une première, autour de la fête, une « soirée dramatique et musicale ». C’est le théâtre dans le théâtre, une forme de mise en abîme dont la fonction est d’amuser, au même titre que les autres divertissements, mais qui consiste aussi à reprendre sur scène le folklore rodriguais pour en assurer la transmission.

Scènes comiques et dramatiques s’entrelacent, faisant appel à l’émotion et plongeant dans une histoire dans les années 1970, alors que Rodrigues était dévasté par un cyclone. Dans le village de Saponaire, au mois de décembre, Monsieur François Requin veut marier sa fille Garet à Ti-Zom, un fils de riche de la Montagne. Un mariage « arrangé » avec mille péripéties et servi par le jeu fascinant des comédiens-chanteurs rodriguais. À la fois ludique, éducatif, Bananin Koste se veut populaire, adressé au « plus grand nombre ». Le spectacle a déployé sa magie à Maurice, sur la scène du Caudan Arts Centre. Activité rassembleuse s’il en est une, cette comédie musicale populaire ne déçoit pas avec ses tableaux installés aux abords d’un village où les habitants cultivent un esprit de communauté. En quelques minutes, les personnages réussissent à nous faire vivre les émotions d’une maison de planteur dont le quotidien est dicté par les chants, danses, palabres, disputes. Le cochon rôti est prêt, le rhum est servi, les femmes ont revêtu leur plus beaux habits pour accueillir « Bananin » au son des pétards.

Marcel Poinen, metteur en scène, a dégagé les traits caractéristiques de la fête qui se résume à la musique, à la danse, etc. Loin de se réduire à de l’art pour l’art, le théâtre rodriguais est hautement ludique et riche en informations telles la recette de cette fameuse compote qui fait partie des rituels liés à la fête à Rodrigues et tout ce qu’on appelle le folklore au sens noble du terme. La Troupe Ganding entend valoriser ces formes traditionnelles (l’art du peuple) en les identifiant. On a appris que c’est en parcourant les cahiers de souvenirs de son épouse que Marcel a découvert ces petites histoires entourant le Bananin rodriguais, comment les « grandes personnes » célébraient cette fête autrefois. Les témoignages ont été compilés dans un document de 150 pages qui a donné naissance à une comédie musicale. De ces recherches autour du patrimoine culturel rodriguais, le théâtre est devenu une source de transmission identitaire avec son capital à la fois dramatique, artistique, symbolique, linguistique et le travail émotionnel, en équipe, des artistes qui ont provoqué les ressentis des spectateurs. 

L’œuvre se crée, se transforme et acquiert, en dernière instance, une unité. Ainsi, le spectacle est le lieu de cristallisation et d’articulation de divers éléments qui s’interpénètrent, s’interpellent et se complètent. Une fois l’œuvre créée vient l’heure de l’échange et de la confrontation avec le public dans la région. C’est ce que souhaite Marcel Poinen !

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