Même si le sujet ne fait plus l’actualité les drogues synthétiques demeurent un véritable fléau pour Maurice. Au centre d’une partie des débats parlementaires la semaine dernière, ces substances restent au cœur de nombreux drames dans des familles mauriciennes. Certaines pleurent leurs morts, d’autres vivent l’enfer alors que ces produits relativement bons marchés restent facilement disponibles. Quoi qu’en disent les autorités, la situation est hors de contrôle.

Le décès par overdose d’un jeune de 17 ans le samedi 11 juillet rajoute à de nombreux autres en quelques mois, est révélateur de l’ampleur que prend la drogue de synthèse à Maurice. Une mère ayant perdu son fils récemment nous raconte son calvaire. “Je suis toujours en état de choc, j’ai l’impression de vivre un cauchemar et que je n’arrive pas à me réveiller. Mon fils était mineur, je ne sais pas comment, ni depuis quand il consommait de la drogue synthétique. Il est décédé d’une overdose il y a quelques mois. Ma douleur est immense, je m’en veux de ne pas avoir su, j’aurais pu le sauver.”

5 overdoses par semaine.

Comme cette mère de famille éprouvée par le décès d’un de ses fils, ils sont nombreux à avoir perdu un enfant dans les mêmes circonstances ces dernières années. La situation est on ne plus urgente. “Je l’ai dit à plusieurs reprises, il y a 15, 20 ans de cela, nous avions 5 décès par overdoses par ans, de os jours nous avons 5 par semaine. Même si les cas ne sont pas révélés officiellement comme tel, nous sommes au courant qu’il s’agit bien de drogues synthétiques quand nous interrogeons les proches des victimes”, indique Danny Philippe, coordinateur du projet Développement, Rassemblement, Information et Prévention (DRIP).

En effet, comme nous l’avions déjà fait ressortir précédemment, dans les cas de morts par overdose, les résultats de l’autopsie attribuent les décès à l’oedème pulmonaire mais il n’est pas toujours relié à une overdose. De la même manière, on nous signale que c’est difficile de détecter les substances présentes dans les drogues avant consommation également. Le FSL affirme pourtant que le laboratoire de médico légale est très bien équipé pour détecter et analyser les drogues synthétiques. “Le FSL a analysé plus de 5000 cas de possession de drogues synthétiques depuis 2013 et le FSL reste le centre de référence dans la région pour les tests de drogues synthétiques. Les cas des pays voisins sont envoyés au FSL pour confirmation.” Or, il nous revient que le ministère concerné n’a pas les moyens de faire cela. Ceci parce que les appareils recommandés dans le National Drug Master Plan il y a deux ans, qui auraient pu aider à déceler les substances dans des cas d’intoxication aux drogues synthétiques, se font toujours attendre.

Selon nos renseignements, les matières premières pour la fabrication de drogues synthétiques se présentent sous plusieurs formes, en poudre, en liquide ou en crystaux.

Dans tous les cas, la vente des drogues synthétiques se fait dans beaucoup de cas au clair. Dans les rues, dans les écoles, sur les lieux de travail, les drogues synthétiques pullulent. À un point que la situation échappe au contrôle des autorités. Leur prix défiant toute concurrence, Rs 100 dans beaucoup de cas, incite les consommateurs à se tourner vers elles. “D’autant plus que 2 à 3 personnes peuvent se contenter d’une seule ‘cigarette’”, affirme Danny Philippe.

Poudre et feuilles séchées.

Selon les autorités les cannabinoïdes synthétiques restent la drogue synthétique les plus couramment rencontrées sur le marché mauricien. “Des produits de type amphétamine tels que la MDMA, l’extase et des hallucinogènes tels que le LSD ont également été détectés dans des saisies de drogue.” Elles soutiennent également que les drogues synthétiques saisies par le service des douanes au niveau de l’importation sous forme de poudre tandis que les drogues synthétiques saisies par l’ADSU se présentent principalement sous forme de feuilles séchées.

Les composants de ces drogues restent méconnus rendant la prise en charge médicale plus compliquée.

La difficulté de la lutte contre ces drogues se situe également dans le fait que leur composition sont très méconnus. D’ailleurs, selon le United Nations Office on Drugs and Crime (UNODC), il existe plus de 800 types de drogues synthétiques qui circulent à travers le monde. Ce qui rend le contrôle des produits très compliqué. “La drogue synthétique est l’une des rares où nous ne connaissant pas les composant contrairement à l’héroïne ou la cocaïne. Quand vous en consommez, vous ne saurez pas ce que vous ingérer, souvent c’est après le décès qu’on finit par savoir”, dit Danny Philippe. Les autorités font elles état de 25 drogues synthétiques identifiées dans des saisies de drogue par la police. “Ces molécules ont des propriétés chimiques et pharmacologiques telles qu’elles imitent l’effet de drogues spécifiques telles que le cannabis, l’héroïne et la cocaïne.”

Accessibles à bas prix, les drogues synthétiques se vendent comme des petits pains.

Intoxications intenses.

Ces dernières années, de nombreuses vidéos ont circulé sur les réseaux sociaux montrant des individus en plein délire suspectés d’avoir consommé de la drogue de synthèse. Cela arrive lors des intoxications intenses causées par des doses trop élevées présente dans la substance. Une source proche du ministère attribue cela à la manière que ces produits sont importés. “Quand ces substances arrivent dans un piment par exemple, celui qui va aller doser n’a aucune idée de la quantité présente. C’est ce qui créé ces épisodes et trop souvent des overdoses.”

Pourtant, ces effets visibles au plus grand nombre, combiné au nombre de décès qui ne cesse d’augmenter, ne semble pas décourager de nouveaux consommateurs. Ce qui indique qu’il y a une grosse faille dans la sensibilisation par rapport à ces drogues. D’ailleurs, le rapport 2019 de la National Human Rights Commission attire l’attention à ce sujet. “Des campagnes de sensibilisation à propos des effets préjudiciables de l’abus de drogue, doivent être organisés régulièrement, avec les parents, professeurs et étudiants principalement, à travers les Parents Teachers Associations”, Peut-on y lire.

Recommandations de la NHRC.

Parmi les autres recommandations, la NHRC préconise que des modules spécifiques soient ajouts au manuel pour professeurs ; que les représentants des groupes religieux et socio-culturels doivent adopter une approche didactique et coopérative envers les toxicomanes, avec l’objectif de leur pourvoir une assistance au lieu de les marginaliser ; de fournir un encadrement adéquat de base aux travailleurs sociaux afin de s’assurer de leur participation dans les programmes préventifs primaires ;  la sensibilisation des employeurs du secteur privé afin qu’ils soient mieux équipés pour identifier les employés qui pourrait potentiellement être des toxicomanes ; l’amendement des lois pour que la réhabilitation des jeunes deviennent prioritaire, au lieu de les envoyer aux Réhabilitation Youth Centre ou Correctional Youth Centre et, dernièrement, que le curriculum des écoles incluent la prévention de la consommation des drogues.

Cerise sur le gâteau, dans son allocution au Parlement mardi dernier, le Premier ministre, Pravind Jugnauth, a avancé que “des trafiquants ont été avertis à l’avance des descentes de l’ADSU.” Une indication claire que le combat contre la drogue est loin d’être gagné. Parfois également, comme le démontre de nombreux cas d’arrestations intervenus ces dernières années, des policiers sont impliqués. Ce qui donne une idée de l’ampleur du problème et des difficultés qu’il présente.

Revoir la politique de drogue.

Pour franchir un palier dans cette lutte de tous les instants, les travailleurs sociaux et ONG réclament que les autorités revoient notre politique contre les drogues. “Il faut cesser d’envoyer des consommateurs de drogue en prison et décriminaliser la drogue. Il y a beaucoup plus de consommateurs de drogues en prison que de trafiquants. La criminalisation instaure un sentiment de peur chez le consommateur. Si son copain fait une overdose en sa présence, il préférera, par crainte de se faire arrêter, s’en aller et fermer les yeux plutôt que d’alerter les secours, ce qui pourrait sauver la vie de ce dernier. C’est déjà arrivé et cela risque de souvenir de nouveau”, dit Danny Philippe.